‹ L'esclave du pacha;Chapitre 24 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Après quelques paroles à peine articulées :

— Qui peut le savoir? dit la négresse.

— Toi , reprit Baïla; je parierais que tu en sais plus que tu ne m'en as raconté.

— J'avoue , ajouta Mariam après .une dernière hésitation, qu'un des delhi-baehs, témoin de l'affaire , a répété devant moi que le fugitif lui avait semblé avoir le visage d'une grande blancheur pour un Asiatique.

— Tu vois bien, Mariam, dit nonchalamment Baïla , tout en caressant l'éventail de plumes qu'elle tenait à la main.

— S'il en est ainsi , reprit la négresse , je plains le sort du pauvre jeune chrétien ; mais du moins nous voilà hors de danger et je pourrai dormir maintenant; car depuis sa double apparition dans le jardin , je n'ai fermé l'œil qu'à moitié. Je craignais toujours une imprudence de sa part... ou de la vôtre !

— Peureuse !

Et Mariam aida Baïla à disposer sa toilette de nuit.

Au petit jour, la Mingrélienne quitta sa couche solitaire ; car Djezzar s'était reposé , seul aussi , de son côté , des fatigues de la chasse ; elle alla réveiller sa négresse et loutes deux descendirent au jardin. Baïla donnait pour pré- .

texte à sa promenade le besoin de respirer l'air frais du matin.

Elle se dirigea d'abord vers le kiosque, puis vers le plateau sur lequel elle s'était assise naguère; elle jeta un coup d'œil autour d'elle , sur les massifs de fleurs et d'arbustes , sur le petit bassin de marbre cipolin , et son regard s'arrêta quelque temps attentif sur les deux palmiers, comme si, entre leurs colonnes, sous leur verte ogive, quelqu'un devait se montrer encore.

Puis alors, elle marcha vers l'endroit où l'azaléa couvrait de son ombre et de ses fleurs la dernière trace de l'étranger; elle brisa une de ses branches, l'effeuilla, la rompit en deux, mit les fragments en croix, au moyen d'un cordon emprunté à la pelisse qui la couvrait ; puis cette croix, elle l'implanta sur l'empreinte déjà aux trois quarts effacée.

Tout cela fut fait par elle sans affectation de sentiment, d'un air calme et presque dégagé.

A la vue de cette croix, Mariam, née chrétienne, en Abyssinie, où le culte catholique est généralement suivi, se signa, après avoir toutefois jeté un regard d'inspection autour d'elle. Baïia se contenta de pousser un soupir, soupir de l'enfant qui voit finir un jeu dont il s'est

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