‹ L'esclave du pacha;Chapitre 27 sur 124 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

vers ceux-ci? Elle leur devait une réparation. Peut-être le Franc avait-il été seulement blessé? D'une blessure bien légère alors , puisqu'elle ne t'a pas empêché de se trouver sur son passage tout à l'heure. Pourquoi légère? n'était-il pas capable , pour la voir, d'endurer la douleur, lui qui ne craignait pas de tout braver pour arriver jusqu'à elle? Mais quel objet a-t-il donc fait briller à ses yeux, la main sur son cœur et le regard au ciel? Sans doute un présent qu'il voulait lui faire, qu'il espérait pouvoir jeter dans son palanquin comme souvenir. Elle avait trop tôt laissé retomber ses mousselines étoilées d'or. Ou plutôt n'est-ce pas quelque bijou à elle, quelque joyau détaché de sa parure et trouvé par lui au pied du platane ou dans les allées du jardin ? Oui, et il le conserve comme une relique précieuse , comme un amulette préservateur , qu'il garde sur son cœur, car c'est de là qu'il l'a tiré, c'est là qu'elle l'a vu le replacer après son transport d'amour. Elle se demande ensuite ce que peut être parmi les Francs ce jeune homme resté debout, dans une attitude si fière , sur le passage du pacha, et que cependant les cawas ont semblé respecter. Oh! bien des secrets lui restent encore à pénétrer. N'importe ! quels que soient

le rang, le pouvoir de ce mystérieux inconnu, elle est pour lui l'objet d'un amour frénétique , elle n'en peut douter; sa vanité s'en glorifie, et, faisant, pour la seconde fois , entrer dans ses rêves un souvenir de l'Egypte et de Napoléon, elle en vient à se dire que si jamais son inconnu commandait une armée dans le pays de France, les Français pourraient bien, un beau jour, envahir le pachalik de Sivas.

Jusqu'alors , pour se soustraire aux influences narcotiques de la vie monotone du harem , Baïla avait eu recours à ses fantaisies de toute espèce , à ses caprices mille fois renaissants, à ses luttes, à ses bouderies , à ses révoltes, à ses tyrannies contre son maître, contre son lion , contre ses esclaves ; maintenant, son caractère semble se modifier : elle a repris près de Djezzar son humeur égale et indolente des premiers temps ; elle tourmente moins sa bonne Mariam et ses autres femmes de service ; son goût pour la parure semble même s'être amoindri : au lieu de quatre toilettes par jour, elle n'en fait plus que trois; elle est devenue grave , elle réfléchit , elle pense ; elle pense au giaour ; elle réfléchit au singulier enchaînement de circonstances qui , depuis quelques mois, malgré elle, par fatalité,

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