‹ L'esclave du pacha;Chapitre 28 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

est venu mêler ce jeune homme à toutes ses préoccupations , à tous les événements de sa vie de recluse.

Sans recourir au moyen dangereux d'une feuille de haschich glissée dans son narguilé, ou d'un grain d'arsenic fondu dans une dose de thériaque, maintenant son imagination sait créer pour elle un monde charmant et nouveau. Elle poursuit follement ses rêves vaniteux de la conquête du Sivas. Elle se voit transportée dans une autre contrée du globe, à Paris , où chacun librement peut venir admirer sa beauté , naguère la propriété d'un seul. Recevoir les hommages de tous, faire battre mille cœurs à la fois, tout en réservant le sien à l'objet aimé, ah! n'est-ce pas pour une femme la gloire et le bonheur sur la terre?

Mais ce rêve ne pouvait-il donc se réaliser sans l'intervention d'une armée?

Cette réalisation de sa chimère , Baïla l'attendit quelque temps , puis quand elle cessa d'y croire, l'ennui , le terrible ennui revint la saisir. Une sorte de langueur maladive l'accabla. Elle chercha une cause à sa souffrance, et cette cause, elle ne voulut la voir que dans les murs du harem , qui pesaient sur elle et l'étouffaient.

Le sultan Mahmoud, dans les derniers temps de sa vie, avait permis à ses femmes de franchir les portes du sérail, bien escortées et surveillées toutefois ; depuis lui, de jeunes dignitaires de la Sublime Porte , partisans déclarés du nouvel ordre de choses, avaient à leur tour essayé de cet usage. Baïla le savait, elle résolut de conquérir pour elle cette douce liberté.

Au premier mot qu'elle en dit au pacha , celui-ci , la regardant avec des yeux fauves et flamboyants , jura par Mahomet et les quatre califes , c'était son serment redoutable, que si toute autre de ses femmes lui eût fait une demande semblable, sa tête aurait déjà sauté sous un coup de yatagan.

Baïla se garda d'en parler de nouveau ; mais le refus du maître donna au désir dont elle était possédée une intensité dévorante. Elle aussi jura, non par les quatre califes, mais par son vouloir de femme , d'arriver à son but , quelque chemin qu'il lui fallût prendre, quelque péril qu'il lui fallût braver.

L'idée seule de cette nouvelle lutte qui s'engageait suffit pour la guérir à moitié de sa langueur.

Quel élait-il , ce but? Elle eut d'abord à

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