‹ L'esclave du pacha;Chapitre 29 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

s'examiner en elle-même pour bien le définir.

Du haut des terrasses du palais d'hiver, elle avait déjà parcouru des yeux une partie des monuments de la ville ; elle avait visité la citadelle , le caravansérai , la mosquée , à la suite du pacha. Ce n'était donc point là ce qui lui faisait aspirer après ce fantôme de liberté.

Restaient les bazars ; mais ce qu'ils contenaient de précieux ou de curieux en brocart, velours, pierreries, or ciselé, le maître ne s'empressait-il pas de le faire apporter au harem pour qu'elle eût à voir et même à choisir? De ce côté encore la privation se faisait peu sentir pour elle.

Les bateleurs , les jongleurs, les musiciens de la Perse et du Kurdistan, tout nain difforme, tout objet curieux qui traversait le pachalik , sur un mot d'elle avait son entrée au palais.

Elle arriva à celte conclusion logique, c'est que si elle avait désiré pouvoir visiter et parcourir Sivas , c'était dans l'espoir d'y retrouver son inconnu , de surprendre enfin la clef des mystères qui l'environnaient; et cet inconnu était certainement la seule des curiosités de la ville que Djezzar refuserait de faire venir à son palais pour le divertissement de sa favorite.

Mais une autre ne pouvait-elle aller à la découverte pour Baïla ? Elle songea aussitôt à Mariam.

Celle-ci, chargée en partie des achats et des approvisionnements du harem ; dispensée, par son emploi, par son âge, par sa couleur, par sa laideur naturelle, du cérémonial ordinaire , parcourait librement les rues et les marchés. Baïla connaissait son dévouement à sa personne, et, refusât-elle de la servir dans ses recherches , elle savait que la vieille négresse ne la trahirait pas. Elle lui en parla donc.

Prise d'un tremblement subit ,

— Par le saint Christ ! s'écria l'Abyssine, ah ! ne répétez pas cette parole, chère maîtresse ; résistez à la tentation, étouffez-la dans votre cœur; c'est une inspiration du mauvais esprit!... ou un effet de la Providence, peut-être, une volonté d'en haut! ajouta-t-elle en murmurant à voix basse, et comme s'apostrophant elle-même.

— Tu n'as rien à craindre, Mariam ; de quel crime seras-tu coupable pour avoir essayé de prendre quelques renseignements sur cet étranger ? Ne sait-on pas que les vieilles femmes sont curieuses ?

— Oh ! les jeunes ne le sont pas moins, reprit Mariam en jetant sur elle un regard de

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