‹ L'esclave du pacha;Chapitre 31 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

— Il a donc espéré nie revoir encore ? demanda-t-elle ensuite.

— Si on doit l'en croire , il donnerait mille fois sa vie pour la réalisation de celte espérance... et de l'autre !

— De quelle autre s'agit-il donc?

— C'est son secret, ce n'est pas le mien... J'en ai trop dit défi !

Elles furent interrompues. Mariam se retira à la hâte, et bientôt Baïla resta seule avec ce serpent de la curiosité qui lui rongeait le cœur.

Peu de temps après, durant la nuit, tandis que le pacha était dans la ville de Tocate, où les soins de son administration devaient le retenir plusieurs jours, un homme fut amené furtivement dans les jardins de la rivière Rouge. Un bostangi avait trouvé moyen de l'y introduire dans une caisse de fleurs.

Ce bostangi , gagné par de riches présents, le conduisit, par des routes alors désertes, jusqu'au pavillon occupé par la favorite.

Baïla était au bain lorsque sa négresse abyssine parut et lui fit un signe.

A ce signe , la belle odalisque, prétextant d'un besoin de repos, congédia ses femmes de service , après avoir toutefois fait natter ses

cheveux et s'être soigneusement fait parfumer le corps par elles.

Ses esclaves éloignées, aidée de Mariam, elle se rhabilla, mais tellement à la hâte que sa ceinture de cachemire , négligemment nouée, retenait à peine sa robe à moitié entr'ouverte ; et son long voile , répandu autour d'elle , cachait seul les trésors de ses épaules et de sa poitrine.

En se rendant vers la salle où l'attendait le visiteur mystérieux, elle s'arrêta. La respiration lui manquait ; un tremblement nerveux agitait ses membres délicats et courait en frissons sur sa peau, moite encore d'eau de rose et d'essence de santal. Portant la main à son cœur, comme pour en contenir les battements précipités ,

— J'ai peur ! murmura-t-elle.

— Que craignez-vous maintenant? dit en la soutenant sous les bras Mariam, dont le courage , comme par un jeu de bascule, semblait s'être affermi, exalté, tandis que défaillait celui de sa maîtresse : le pacha est loin ; tout dort autour de nous; ce Franc que vous avez désiré recevoir et que vous allez entendre , il a franchi , sans éveiller les soupçons, les portes du palais. Il vous attend. Il n'a pas tremblé pour venir, lui; les

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