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CHAPITRE III

— Vous apprendre à pleurer sur votre vie passée, vous aider à vous laver de vos souillures, vous sauver, et sauver avec vous et par vous nos frères les chrétiens du Sivas !

— Va-t'en, apôtre du démon-, retire-toi, insolent ! répète la belle odalisque en s'enveloppant alors d'elle-même dans ses voiles , en se cachant de son mieux aux regards du profane ; va-t'en , et sois maudit!

— Non , vous ne me chasserez pas ainsi , disait le jeune enthousiaste ; vous m'entendrez ! Dieu, qui m'a inspiré l'idée de la sainte mission que j'accomplis en ce moment, va changer votre cœur ; il le peut, il le fera !

— Ton Dieu n'est pas le mien, impie!

va-t'en.

— Ah ! ne blasphémez pas contre le Dieu de vos pères , ne mentez pas ainsi aux saintes croyances qui , peut-être , même à votre insu, sont restées dans votre cœur. N'est-ce pas vous qui , dans un coin retiré de vos jardins, avez dressé la plus humble des croix, sans doute pour y venir prier en secret?

Ce mot, ce souvenir du rameau d'azaléa qui faisait passer soudainement dans la mémoire de la jeune odalisque toutes les chimères de son amour fantastique , toutes les espérances ,

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toutes les illusions qui s'étaient groupées pour elle autour d'une seule idée ; le dépit de voir ainsi s'effacer tous ses rêves; l'effrayante pensée du péril qu'elle a recherché , qu'elle a bravé, qui la menace encore en ce moment même , et le tout pour arriver à une pareille déception, pour trouver un apôtre dans l'amant qu'elle attendait , troublèrent à ce point ses esprits que sa voix, s'élevant par degrés, sembla devoir aller jusqu'au delà de son pavillon éveiller les esclaves qui dormaient.

Pour essayer de la calmer, le geste suppliant, l'étranger fit un pas vers elle :

— N'approche pas! lui cria l'odalisque.

Et se levant, frémissante, elle appela Mariam. Elle se disposait à sortir en faisant retentir encore ses imprécations, quand la portière, brusquement soulevée, le pacha parut tout à coup entouré de soldats et portant à sa ceinture un arsenal complet d'armes de toutes sortes.

Soit que la colère de la Mingrélienne fût arrivée à son paroxysme, soit que le sentiment de la conservation s'éveillât impérieux en elle et la rendît impitoyable :

— Tuez-le! tuez-le!

Et du doigt, elle désignait le malheureux Français aux vengeances du pacha.

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