‹ L'esclave du pacha;Chapitre 35 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le jeune homme arrêta un instant sur Baïia un regard triste et miséricordieux qui la fit tressaillir, puis il tendit la tête.

Un soldat leva son sabre ; Djezzar détourna le coup.

— Non, dit-il ; il ne faut pas qu'il meure si vite.

Et, promenant tour à tour sa prunelle investigatrice sur les deux soupçonnés , il murmura d'une voix cadencée cette phrase affreusement poétique :

— Son sang ne doit pas jaillir tout à coup, comme l'eau de la fontaine, mais couler lentement, comme celle de la source qui tombe goutte à goutte du rocher.

En Orient, la poésie se retrouve partout.

Ensuite, il dit quelques mots à l'oreille d'un esclave maugrebin placé près de lui , puis on emmena le chrétien.

Resté seul avec Bail a, Djezzar laissa d'abord rugir toutes ses passions jalouses ; mais avec lui, la favorite n'avait à redouter qu'une explication commençant par un coup de poignard.

Dès qu'elle le vit débuter simplement par des menaces et des emportements, elle cessa de craindre pour sa vie.

Prenant une attitude de surprise, une physionomie révoltée, tout en tâchant pourtant de se maintenir aussi jolie que possible, elle essaya de tirer parti de tous ses avantages, et

de faire valoir avec le Turc cette toilette pleine d'abandon, coquettement disposée pour le chrétien.

Djezzar, qui, ce jour même, était revenu de Tocate à Sivas, avait été instruit dans celte dernière ville des projets du Français pour pénétrer dans l'intérieur du harem ; mais il manquait de preuves sur la complicité de sa belle esclave. Baïla s'en aperçut. Ces preuves, celui qui aurait pu les donner, il expirait sans doute en ce moment. N'avait-elle pas d'ailleurs à se prévaloir de ses imprécations contre le giaour et de son mouvement de terreur et de fuite, dont le pacha lui-même avait été témoin ?

Aussi celui-ci sembla-t-il bientôt se laisser convaincre, et, les rôles intervertis, ce fut le maître qui, humble et suppliant, implorait tout basson pardon.

A l'innocence de la Mingrélienne il préparait cependant de terribles épreuves !

Déjà, s'irritant d'avoir été soupçonnée, Baïla élevait de plus en plus la voix.

— Écoute! dit le pacha, lui imposant silence du geste et semblant lui-même prêter l'oreille à un certain mouvement qui se manifestaitdu dehors.

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