‹ L'esclave du pacha;Chapitre 37 sur 124 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

d'un sermon de l'abbé Lacordaire, la résolution lui était venue de se faire prêtre.

Le seul parent qui lui restât, son oncle, récemment nommé au consulat dîme des villes importantes de l'Asie Mineure, ne trouva rien alors de plus à propos que de l'emmener avec lui, en qualité d'élève consul. Il espérait le distraire de ses pieuses abstractions, le faire renoncer à ses projets, et même le conquérir au doute, à la vue de toutes ces sectes de chrétiens schismatiques qui peuplent l'Orient.

L'oncle était philosophe.

Mais dans le cœur du néophyte la foi se ranima plus vive, au contraire, en approchant de ces lieux saints où les vérités évangéliques avaient étendu leurs premiers rameaux et porté leurs fruits les plus savoureux. Pour lui, les sommets du Taurus s'illuminaient des clartés du Thabor et du Sinaï. Plus que jamais affermi dans sa vocation première, sous son costume de diplomate, il vêtit le cilice et se promit, puisque l'occasion s'offrait à lui, d'accomplir, en dépit de son parent et dans le secret de sa pensée chrétienne, un noviciat signalé par des travaux apostoliques.

Après s'être perfectionné par la pratique dans la langue turque et l'arabe vulgaire, Fer-

dinand Lasserre se mit à visiter à Sivas et dans les environs les sectateurs des différentes églises dissidentes: arméniens, grecs, maronites, nestoriens, eutychéens et même les catholiques latins, séparés de Rome seulement par le mariage de leurs prêtres. Il allait vers eux pour opérer des conversions ; il en revenait plus effrayé encore de leur misère que de leur ignorance, et, véritable apôtre, il y retournait moins pour les prêcher que pour les secourir.

Monté sur un léger batelet qu'il avait appris à manœuvrer à la manière orientale, avec la rame au gouvernail, il suivait un jour le cours de la rivière Rouge, et rêvant le désert, un ermitage dans quelque thébaïde, il se créait dans l'avenir un bonheur ascétique trempé d'eau claire, lorsque la rame se rompit entre ses mains. Sa barque, en échouant, le jeta sur un petit pan de terrain, endetta, placé comme une île entre le Kizil-Ermak et un fossé régulièrement creusé.

Ferdinand n'était pas nageur habile; mais, malgré la gravité ordinaire de ses pensées, il était bon sauteur ; il mesura tour à tour de l'œil la rivière et le fossé, et, la question décidée en faveur de ce dernier, il le franchit d'un

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