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CHAPITRE IV

bond. Le fossé derrière lai, il aperçut un petit mur que lui avait masqué un épais buisson de nopals et d'abricotiers sauvages. Rebondir de l'autre côté pour regagner son delta, c'était risquer de se rompre le cou, car cette fois l'espace lui manquait pour prendre un élan, et, dût-il réussir, il se retrouvait encore devant la rivière infranchissable.

Dans cette position, fort embarrassé de son rôle, et ne se doutant guère qu'il avoisinait de si près les jardins d'été du pacha, il aperçut une porte basse, cintrée, pratiquée dans le petit mur; il la poussa machinalement, et, à sa grande joie, elle s'ouvrit devant lui.

Il existe autour de Sivas, et surtout sur les bords de la rivière, des enclos où des cultivateurs, chrétiens pour la plupart, font venir, à grand renfort d'eau, les légumes qui servent aux approvisionnements des marchés de la ville, et ces poncires énormes, ces pastèques savoureuses, ces dattes et ces pistaches, dignes de rivaliser avec celles d'Alep et de Damas. Ferdinand crut être arrivé devant une de ces exploitations appartenant à des chrétiens. La négligence apportée dans la fermeture des portes l'affermit dans son idée ; il entra.

Alors, pour la première fois, il se trouva

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face à face avec Baïla, nonchalamment assise sous le platane.

Plus surpris que charmé à la vue de la gracieuse odalisque bariolée de rouge et de noir, effrayé de la rencontre, il ne sut que balbutier quelques paroles en rapport avec le désir véhément qu'il avait d'échapper sain et sauf à cette périlleuse bonne fortune qu'il n'était pas venu chercher. Égaré ensuite dans les dédales du jardin, il se retrouva devant Baïla et sa négresse; enfin, regagnant non sans peine la petite porte encore ouverte, il s'épouvantait de nouveau de ce double obstacle du fossé et de la rivière qui s'opposait à sa fuite, quand au milieu des vapeurs du soir il vit un homme s'avancer mystérieusement vers le delta, en traversant le Kizil-Ermak à un endroit guéable, que Ferdinand ne soupçonnait pas.

Cet homme, bostangi chez le pacha, volait les fruits de son maître pour aller les vendre à la ville. C'est lui qui avait laissé tout contre la petite porte cintrée, laquelle ne servait d'ordinaire qu'à l'entretien des fossés. Après avoir, ce jour-là, à son insu, indiqué à Ferdinand le moyen de sortir d'embarras, c'est lui encore, c'est ce voleur de fruits qui, plus tard, enfermé par Baïla entre la crainte d'une dénon-

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