CHAPITRE IV
ciation et l'espoir d'une récompense, devait introduire le Français dans les jardins et jusque dans le pavillon de la favorite.
Parvenu au delta, le bostangi tira de dessous un amas de ronces pendantes une longue planche dont il se servit pour franchir le fossé; il la déposa ensuite derrière le massif de nopals et d'abricotiers sauvages , où justement Ferdinand se tenait caché.
Dans ce concours de circonstances inespérées qui venaient coopérer à sa délivrance, celui-ci vit un miracle du ciel. Cette planche devenait une arche de salut pour lui ; il s'en servit à son tour, et grâce au gué de la rivière, que le bostangi venait de lui révéler , après s'être égaré quelque temps dans des sentiers inconnus, après avoir lutté de nouveau contre le Kizil-Ermak, qui, comme un serpent à la poursuite de sa proie, se retrouvait partout sur sa route et semblait vouloir l'envelopper de ses détours et de ses replis, il échappa enfin à tous les dangers de sa malencontreuse promenade.
Rentré à Sivas, dans la maison du consulat, il eut à se féliciter doublement d'y être arrivé sain et sauf, quand il apprit que ces jardins où il s'était si follement aventuré n'étaient rien moins que ceux de Djezzar-Pacha.
Mais cette femme qu'il y avait vue, qui pouvait-elle être?
Quand il songeait à sa rencontre avec l'odalisque, il croyait maintenant avoir rêvé, ou qu'une vision l'avait abusé.
Elle réapparaissait à son esprit sous une forme multiple. Il la revoyait semblable à une bacchante , sa coupe à la main , indolemment accroupie sur sa peau de tigre ; puis, comme une péri, comme une ondine, se montrant à lui à travers les reflets dorés du soleil et les arcs-en-ciel du petit bassin de marbre ; puis enfin, dans sa troisième transformation, debout, sévère, irritée, lui ordonnant la fuite, et le menaçant du poignard.
Toutefois, son imagination chaste et calme ne prêtait nul charme à cette triplicité de formes. Il se demandait, au contraire, si cette vision ne lui avait pas présenté un emblème de tous les vices réunis? L'ivresse, la luxure, la paresse, la colère ! Il trouvait moyen de compléter les sept péchés capitaux.
Dans ces jardins maudits, habités par le persécuteur des chrétiens, n'était-ce pas le démon lui-même qui s'était fait voir à lui?
Ainsi, tandis que Baïla faisait de lui un être à part, un être merveilleux, dont elle honorait