‹ L'esclave du pacha;Chapitre 4 sur 124 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

fu m da fond d'une cassolette de porcelaine, et, sur la soyeuse peau de tigre qui lui servait de siège , semblèrent rouler de petites vagues étincelantes.

Quand le vent du soir, en se levant, agita doucement les fleurs et la verdure, mélangea toutes ces couleurs chatoyantes , toutes ces zones d'ombre et de lumière, oh ! n'était-il pas à regretter alors qu'un regard humain ne put contempler la belle odalisque, au milieu de ces magiques lueurs, resplendissante du triple éclat de ses pierreries, de sa jeunesse et de sa beauté?

Eh bien, ce tableau prestigieux, un homme en devait jouir, et cet homme ce n'était pas le maître!

Mariam, la vieille négresse, venait de s'endormir au pied d'un arbre, tenant encore à la main le petit mortier dans lequel au fur et à mesure des exigences de sa maîtresse, elle broyait le café ; Baïla, à moitié assoupie, tendait machinalement vers elle sa porcelaine de Chine, quand un étranger parut inopinément entre les deux palmiers.

A sa vue, l'odalisque crut d'abord rêver, puis, ensuite, retenue par un sentiment de terreur, peut-être de curiosité, elle resta en place, im-

mobile, sans articuler un mot. Seulement, la tasse qu'elle soulevait lui échappa des mains.

L'étranger, c'était un jeune Français, après avoir fait un mouvement comme pour s'enfuir, s'enhardit, s'approcha d'elle et, la pourpre au visage, la lèvre balbutiante, soit l'effet d'une trop vive émotion, soit excès de prudence à cause de la négresse, il s'enquit simplement auprès de Baïla du chemin qui pouvait le conduire à la ville.

Il s'exprimait fort bien en langue turque. Cependant celle-ci ne put croi re avoir bien compris . Quoi ! l'étranger, trompant la surveillance des gardiens, aurait franchi la double enceinte des jardins qui l'enfermaient ! il aurait bravé la mort, et tout cela pour lui demander son chemin !

Revenue au sentiment de sa situation, elle se leva d'un air irrité, tira de sa ceinture un petit poignard garni de diamants, un bijou plutôt qu'une arme offensive ou défensive, et lui fit impérieusement signe de s'éloigner.

Le jeune homme recula devant elle avec un maintien contrit, embarrassé, mais sans cesser d'attacher, d'une manière toute particulière, ses yeux sur la belle esclave. Il semblait ne pouvoir les détacher du tableau qui venait de

Page 1