CHAPITRE I
frapper ses regards; enfin, encore indécis et balbutiant de confuses paroles, il franchissait le portique des palmiers, quand la négresse s'éveilla tout à coup.
A la vue d'une silhouette d'homme qui s'allongeait dans l'enceinte, elle bondit sur ellemême en poussant un cri d'effroi.
— Qu'avez-vous donc, Mariam? lui dit Baïla en se plaçant devant la négresse, sans doute par un sentiment de miséricorde envers l'imprudent.
— Mais cette ombre... ne la voyez-vous pas? C'est celle d'un homme !
— D'un bostangi : quel autre oserait se montrer ici ?
— Mais les bostangis eux-mêmes s'en garderaient! le maître ne leur a-t-il pas interdit l'entrée de ces jardins lorsque nous y sommes.. . lorsque vous y êtes ? Un homme est venu, vous dis-je ; j'ai vu l'ombre !
— Eh ! de quelle ombre parlez-vous? Tenez, regardez.
Et Baïla s'effaça de devant la négresse.
— J'ai vu I répéta la négresse.
— L'ombre d'un arbre; oui, c'est possible.
— Les arbres ne courent pas, et celle-là semblait courir.
— Vous avez rêvé, ma bonne Mariam.
Et Baïla lui soutint si bien que personne n'était venu, qu'elle n'avait rien vu, sinon en songe, que Mariam, par soumission, feignit de le croire, et toutes deux se disposèrent à regagner leur logis.
Elles étaient à mi-route, lorsque, au détour d'une allée, la négresse poussa un nouveau cri, et, désignant du doigt un individu qui se sauvait à toutes jambes :
— Ai-je rêvé cette fois? dit-elle.
Et elle allait appeler à l'aide, au secours, quand l'odalisque, lui mettant la main sur la bouche, lui ordonna dese taire. Mariam était dévouée corps et âme à sa maîtresse, elle obéit.
Rentrée dans son appartement , Baïla réfléchit à son aventure. Les aventures sont rares dans la vie du harem. Celle-là l'intriguait grandement et l'eût même inquiétée si elle n'avait eu d'autres soucis en tête.
Les soucis à leur tour vinrent occuper sa pensée.
En y songeant, elle se dépita , elle s'emporta, elle froissa les riches étoffes qui se trouvaient sous sa main. Elle pleura même , bien plus de colère que de douleur.
Depuis la veille, Baïla doutait de sa beauté ;