CHAPITRE IV
socier à ces dangereuses tentatives. Vaincu enfin par ses instances, il le mit en relation avec l'Abyssine, mais c'est à quoi se réduisit son rôle. Usé parla persécution, devenu craintif et prudent, le vieillard tenait à la vie, qui lui échappait. Il avait coutume de dire que l'Eglise conquérante ne doit compter que sur ses fraîches recrues, plus ardentes que les autres, et que le martyre ne convient bien qu'à la jeunesse.
C'est par Mariam alors que Ferdinand apprit que cette favorite, venue de laMingrélie, et sur laquelle il avait fondé toutes ses espérances chrétiennes, n'était autre que la démoniaque odalisque rencontrée par lui dans les jardins de Kizil-Ermak.
A quelque temps de là, la nouvelle ayant circulé que Baïla, à la suite de Djezzar, avait traversé la ville dans son palanquin et devait la traverser encore pour retourner vers le palais d'été, il s'était placé sur son passage. Mariam, quoique ébranlée par ses ardentes et pieuses sollicitations, n'avait point encore parlé de lui a sa maîtresse; mais il crut voir la preuve du contraire dans le mouvement de la jeune femme vers lui, et ce fut dans cette conviction qu'il tira de sa poitrine et fit briller à
ses yeux ce bijou, qui n'était autre qu'une petite croix dorée qu'avait portée sa mère, et qui ne le quittait jamais.
On sait comment tourna l'exécution de cette sainte et audacieuse entreprise, dont Ferdinand Lasserre, à cette heure, vient de subir les premières et terribles conséquences, et prévoit le dénoûment.
Quand, après son supplice préparatoire, les mains solidement liées derrière le dos, il fut ramené devant le pacha, celui-ci était encore étendu sur ses coussins ; sa tête, et le bras qui soutenait le narguilé , reposaient sur les genoux de la Mingrélienne, et son lion, ïïaïder, allongé sur ses pattes, le museau contre terre, les yeux à demi fermés , était couché près de lui.
Sur un geste du maître, les esclaves se retirèrent. La scène qui allait suivre ne voulait pas de témoins.
Le pacha, la Mingrélienne, le chrétien et le lion demeurèrent seuls.
Baïla avait senti disparaître sa confiance. Une seule révélation du prisonnier pouvait être pour elle un arrêt de mort; et, cachant sa pâleur sous les plis redoublés de son voile, le cœur palpitant, elle attendit le résultat de l'interrogatoire, en attachant son regard plein d'anxiété sur le captif.
— Quoi ! j'aurais risqué de mourir pour entendre un sermon de ce triste prêcheur ! se disait-elle; que ne l'ont ils tué quand j'en ai
donné Tordre! ou que n'a-t-il succombé sous le fouet des cawas!
Cependant, en le voyant le corps sillonné de stigmates bleuâtres, la chair gonflée et saignante, se tenir là, dans cette salle, comme s'il n'en était pas sorti pour être livré aux bourreaux, comme il y était avant l'arrivée du pacha , avec son même maintien , avec son même regard timide, qu'il n'osait lever vers elle, elle se sentait émue de quelque pitié.
— Chrétien, dit le pacha, quel motif t'amena dans ce lieu ?
— Son salut , répondit le captif en tournant un instant ses yeux vers le sofa occupé par l'odalisque ; et les reportant sur Djezzar : Le tien peut-être, ajoutait-il.
— Quoi! chien fils de chien que tu es, tu pensais faire de moi un vil Nazaréen, et pour me convertir à ta secte de maudits, tu profilais du temps de mon absence?
— J'ai dit la vérité, répondit le jeune homme , aussi vrai que Jésus-Christ est le rédempteur du monde !■
— Tu mens! cria le pacha, aussi vrai qu'il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu et que Mahomet est son prophète.
Après ce mouvement, il sembla faire un