‹ L'esclave du pacha;Chapitre 42 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

effort pour s'interrompre dans sa colère, il se replaça plus à l'aise entre les genoux de sa favorite, passa sa main, en signe de caresse, sur la crinière de son lion, et quand il eut aspiré deux ou trois bouffées de son latakié :

— Voyons, sois sincère, reprit-il, et n'aggrave pas ton crime. Tu sais bien que d'un musulman on ne fait point un chrétien, comme d'un chrétien on ne peut faire un juif. La loi de Moïse a préparé celle de Jésus ; celle de Jésus n'était que le second échelon de celle de Mahomet ; dans cette route-là on ne redescend pas ; on monte.

— J'espérais du moins, dit le captif, te rendre plus favorable à mes frères...

— Sont-ce donc là tes frères , toutes ces bandes de chacals qui se mordent entre eux , toutes ces races d'infidèles qui oublient leur propre loi? De quoi se plaignent-ils? De quelques-uns j'ai fait de bons chrétiens par le martyre; de quelques autres de bons musulmans, par la persuasion. D'ailleurs, es-tu donc un de leurs prêtres? Non ! loin de là ! Tu n'es qu'un de ces frivoles Européens qui viennent essayer de propager parmi nous leurs usages impies ; laisse de côté la ruse et le mensonge : tu as entendu parler de la beaut" de celte esclave

(il tourna la tête vers Baïla), et, au prix de ta vie, tu as voulu en saturer tes yeux? N'est-ce point cela ?

Le jeune homme fit un signe négatif; le pacha n'en tînt nul compte et poursuivit :

— Eh bien , es-tu satisfait? Tu dois l'être ; car lu l'as vue. Vos femmes d'Europe sont-elles à ce point à dédaigner qu'il vous faille venir chez nous pour nous ravir les nôtres? Jusqu'à ce jour, vous n'avez eu de convoitise que pour nos chevaux. Comment as-tu trouvé moyen de correspondre avec elle? Quel a été ton guide? De quelle façon t'a-t-elle d'abord accueilli ?

Semblable au tigre qui , de l'œil et de l'oreille, épie le moindre cri, le moindre mouvement de la proie qu'il veut saisir, Djezzar guettait une parole d'aveu, un signe dénonciateur de la part de l'interrogé.

Il ne l'obtint pas de ce côté; mais il sentit , sous lui , frissonner les genoux de Baïla.

— Chrétien, reprit-il, je te le répète, sois sincère ; dis-moi quel espoir tu avais conçu ; dis-moi qui t'a introduit dans ces lieux ; nomme tes complices, et, quelle que soit ta faute, je mettrai dans l'autre balance ta jeunesse, ton titre consulaire , quoique ta présence ici la nuit, au milieu de mon harem, me donne le

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