‹ L'esclave du pacha;Chapitre 45 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

retenir par la crinière son lion qui, animé par Ja vue du sang, s'élançait avec un rugissement vers le corps du Maronite.

— Qu'on emporte cette charogne , dit Djezzar au maugrebin , et qu'on nous laisse !

Le cadavre emporté, le maugrebin sorti, revenant au lion qui, la gueule entr'ouverte, les lèvres crispées et pantelantes , poussait de rauques soupirs et dardait ses regards étincelants vers cette proie qu'on lui enlevait :

— Holà ! dit-il en le flattant du geste et de la voix, holà! patience, Haïder, ta part te sera bientôt faite ; tu ne perdras pas à l'échange.

Il reprit alors sa position première; et tandis que le lion, retenu par lui, continuait de rugir sourdement, les yeux tournés vers une large tache de sang restée sur le tapis, s'adressant à Baïla , sans paraître se douter des émotions de terreur dont était agitée sa belle esclave :

— Oui, à nous trois le giaour! chacun sa part ! A moi sa têle, au lion son corps, et à toi, ma rose de l'Inéour, ma fidèle, à toi son cœur! Ce cœur, ne te l'a-t-il pas donné? Eh bien! va le prendre !

Baïla, indécise, troublée d'horreur, ne savait quel sens attacher à ces mots.

— Va le prendre, répéta Djezzar; tiens,

regarde, impuissant à se défendre, ne semble-t-il pas te l'offrir de lui-même? Va, mon âme, et si ton poignard ne suffit pas à l'œuvre, sers-toi du mien.

L'odalisque se pencha vers lui :

— Tu te joues de moi , Ali , n'est-il pas vrai? lui murmura-t-elle à l'oreille.

— Ne m'entends-tu pas, ou ne veux-tu pas me comprendre ? répondit-il d'une voix formidable. Que cet homme meure, qu'il meure de ta main , sur-le-champ, sinon je te croirai sa complice, et ta tête tombera avant la sienne, je te le jure par Mahomet et les quatre califes !

N'ayant plus qu'à choisir entre donner la mort ou la recevoir, Baïla sentit un froid glacial dans ses veines ; son front se couvrit d'une pâleur livide.

— Tu hésites ? dit le pacha.

Elle porta une main tremblante à son poignard.

— Prends le mien , reprit-il.

La main de Baïla retomba sur l'épaule de Djezzar et y resta quelque temps comme paralysée ; ses yeux troublés se levèrent furtivement vers le jeune Français, ce matin encore l'objet de ses rêves d'amour 5 vers ce jeune

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