‹ L'esclave du pacha;Chapitre 46 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

martyr, qui d'un mot pouvait la perdre, et qui allait mourir, mourir par elle, pour n'avoir pas voulu le prononcer, ce mot !

— Obéiras-tu ! dit le bourreau avec un geste de rage impatiente.

La main de Baïia descendit seulement de l'épaule de Djezzar, et s'égara, furetante, parmi les armes qui formaient un arsenal à sa ceinture.

— Tu trembles? tu ne veux donc pas? tu l'aimes donc? lui cria-t-ii enfin.

— Oui , je l'aime! répondit la Mingrélienne. Et, bondissant tout à coup, elle enfonça la lame du yatagan en pi< ine poitrine du pacha.

Quoique frappé à mort, il fit encore un mouvement pour saisir son dernier pistolet ; mais, sur un geste de Baïia, le lion Haïder, excité de nouveau à la vue du sang qui jaillissait, se ruant sur son maître, se fit sa part.

Tandis que Ferdinand Lasserre, épouvanté du double meurtre, fermait les yeux, en roidissant d'horreur ses bras garrottés, la Mingrélienne, douée tout à coup d'une incroyable présence d'esprit, rassembla à la hâte, dans un coin de la salle, les légers meubles et les étoffes qui s'y trouvaient; elle y mit le feu, et saisissant par ses liens le jeune Français plus mort

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que vif, elle l'entraîna vers une issue secrète qui conduisait au logis de la négresse abyssine.

Le palais de Kizil-Ermak, de construction turque, c'est-à-dire bâti en bois , fut presque entièrement consumé.

Le lendemain, sur le méidan de Sivas, les colporteurs de nouvelles s'évertuaient à définir les causes de ce grand événement. Les uns se bornaient à dire que le pacha avait été étranglé par son lion et que, dans la lutte des deux bêtes féroces, une torche renversée avait été la cause de l'incendie.

Les autres , raisonnant d'après les us de l'ancien régime ottoman , et se prétendant mieux informés, racontaient qu'un homme, portant l'habit d'un Franc, après avoir assez longtemps séjourné dans la ville, afin d'écarter les soupçons sur le but de sa mission secrète, s'était introduit auprès du pacha et jusque dans son harem ; lorsque celui-ei,avait ordonné à ses esclaves de le décapiter, le prétendu Franc, qui n'était autre que le capidgi-béchi du sultan , l'exécuteur de ses arrêts de mort , avait montré son kat-chérif ' , et la tête seule de Djezzar était tombée. Le feu avait pris au palais au milieu du désordre, et le capidgi-béchi,

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