CHAPITRE V
profitant du grand concours de peuple attiré par l'incendie, s'était échappé sous un nouveau déguisement.
Vingt versions circulèrent encore , qui , presque toutes , furent répétées alors par les journaux d'Europe.
Tandis qu'à Sivas, à Rocate, et dans les autres villes du pachalik, on se perdait ainsi dans des explications plus ou moins vraisemblables , Baïla et Ferdinand, qui, en effet, avaient trouvé moyen de s'enfuir du palais, grâce au désordre, à la foule et à leur travestissement, se tinrent d'abord cachés dans les montagnes situées au sud de Sivas, où des brigands curdes les prirent sous leur protection sans trop les rançonner ; puis ils trouvèrent un abri dans un couvent , puis vingt autres dans les cavernes ou sous les ombrages des bois d'Avanes, toujours en remontant les bords de la rivière Rouge.
Entrés enfin dans les États du schah de Perse, ils étaient revenus en France à la suite de la dernière ambassade.
De toutes ces cachettes, Ferdinand Lasserre sortit non sans y avoir quelque peu perdu de son ardeur de prosélytisme.
A travers les montagnes et les vallées , le
jour et la nuit, il avait voyagé, portant la tentation en croupe. Baïla était réellement devenue pour lui le démon qu'il avait rêvé.
Avec la belle Mingrélienne, sa libératrice et la compagne de sa fuite, marchant du même pas dans les mêmes sentiers, dormant sous les mêmes abris, soigné, pansé par elle, il lui avait été difficile d'empêcher son cœur de battre sous d'autres inspirations que celles de l'amour divin. Ferdinand avait vingt-cinq ans, et la reconnaissance a tant d'empire sur une âme généreuse !
Néanmoins , dans les premiers jours de leurfuite en commun, il était parvenu à convertir sa schismatique compagne, facile à persuader, par indifférence en matière de religion; mais bientôt, dit-on, elle l'avait converti à son tour. Ce qu'il y a de positif, c'est que le jeune homme ne revint pas seul en France; son passe-port, quand il le fit viser à Marseille, portait : M. Ferdinand Lasserre, élève consul, voyageant avec sa sœur.
Mon ami , l'illustre voyageur, m'avait déjà livré tous les documents de l'histoire que je viens de mettre en œuvre ; mais ma curiosité n'était pas encore pleinement satisfaite. Je voulais connaître le sort des deux amants à