‹ L'esclave du pacha;Chapitre 48 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

leur arrivée en France. Je le pressai de questions à ce sujet , et d'abord très-inutilement.

Nous venions de déjeuner, en plein air, sur la pelouse du Butard, et mon botaniste, dans une exaltation difficile à décrire, n'était alors préoccupé que d'une trouvaille qu'il venait de faire sous la table même qui nous avait servi pour notre repas. C'était une petite plante à feuilles velues et lancéolées , aux fleurs d'un jaune pâle, marquées d'une tache violette à la base de chacun de leurs cinq pétales.

— CistiiS guttatus! Helianthemum gitttatum ! s'écriait-il avec des élans de surprise, des cris, des gestes impossibles à traduire pour quiconque n'a pas la botanique au cœur. Je croyais qu'il n'existait que dans les montagnes de î'Ànti-Taurus, d'où j'en ai rapporté si précieusement un échantillon unique ! C'était ma plus belle conquête végétale , et voilà que je le retrouve ici, au Butard, à Luciennes, banlieue de Paris, sous la table d'un cabaret ! Est-ce que ça devrait être? Le Taurus et le Butard en rivalité de productions ! c'est à s'y perdre ! Fiezvous donc à l'Asie Mineure !

— Mais, de l'Asie Mineure, lui dis-je alors en l'interrompant avec ténacité, avec obstination, vous m'avez rapporté une histoire dont

les héros m'intéressent vivement. Veuillez , je vous prie, me donner de leurs nouvelles.

— Ils se portent parfaitement bien , merci , me répondit-il.

— Je ne vous demande pas des nouvelles de leur santé, mais de leur sort.

— Ah î ce qu'ils sont devenus? oui , je comprends.

Puis, me regardant d'un air moqueur, et poussant un éclat de rire :

— Eh ! mais, reprit-il, pour peu qu'ils aient, comme nous, l'habitude de causer beaucoup en mangeant, ils achèvent de déjeuner ici près.

— Comment ! quoi ! m'écriai-je, ces gens de la fontaine au Prêtre ?

— Justement. Vous voyez bien que vous n'aviez pas deviné. Mon prétendu confiseur, le soi-disant garçon limonadier , n'est autre que mon ami Ferdinand Lasserre, notre martyr chrétien ; et sa compagne, par vous si légèrement qualifiée de grisette ou de comtesse sans préjugés, c'est Baïla, l'ex-favorite de Djezzar, pacha de Sivas ; Baïla la Mingrélienne, la rose de l'Inéour, la colombe aux serres d'épervier î

Après m'avoir administré cette moquerie, bien méritée sans doute, mon ami se décida

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