‹ L'esclave du pacha;Chapitre 52 sur 124 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

défaillir, quand, la nuit venue, certains bruits se faisaient entendre du dehors. Ne se sentant plus protégée par les murs de son couvent, l'esprit plus impressionnable depuis sa douleur récente, elle ne rêvait que fantômes dans la maison, gobelins et farfadets dans les bois, loups-garous et sorciers dans les champs.

Pour son malheur, ces idées étaient en partie celles des gens avec qui elle avait à vivre.

A Béthizy, on croyait surtout à la bête de la Chambrerie. C'était une espèce de monstre, la ' transformation hideuse d'un ancien prieur du pays. Chambrerie ou prieuré avaient alors même signification. Ce prieur , épris d'un amour sacrilège pour une jeune religieuse, sa pénitente, avait trouvé moyen de l'attirer chez lui, à force de ruses et de faux prétextes. Bientôt éclairée sur ses projets, la jeune fille s'était sauvée à travers l'église et avait cherché un refuge au pied du maître-autel; mais jusque-là le monstre l'avait poursuivie. Elle était perdue quand, levant ses yeux éplorés vers l'autel, elle vit Jésus-Christ descendre de sa croix, saisir de ses deux mains ce bois qui avait été l'instrument de son supplice et en décharger un coup si violent sur la tête du prieur que celui-ci tomba mort.

154 HISTOIRE l)E MA GRATTANTE.

On ne pouvait le mettre en terre sainte ; il fut déposé sous la principale des pierres de Rhuys ; mais par la puissance de Satan, qui régnait de ce côté, il reparut bientôt sous la forme d'un animal immonde. Il se montrait, de préférence dans les ruines de la tour de Saint-Adrien, dont il habitait les voûtes souterraines. Il n'en sortait que lorsque quelqu'un du pays devait mourir bientôt. Alors il faisait entendre de sinistres hurlements en signe d'avis , et des cloches invisibles tintaient d'elles-mêmes dans les airs.

Trois jours de suite, la bête de la Chambrerie avait hurlé et les cloches avaient tinté pour la mère d'Adèle ; du moins on le disait ainsi, et la jeune fille crédule n'était que Irop disposée à ajouter foi à toutes ces choses surnaturelles. Qui eût pu combattre en elle ces fâcheuses impressions? Elle avait un frère, son aîné de dix ans ; mais ce frère, marié déjà, occupait un emploi dans une province éloignée; son père, lieutenant des chasses de la capitainerie de Compiègne, presque toujours hors de chez lui, aussi occupé de ses propres plaisirs que de ceux du roi, la raillait bien quelquefois sur ses folles terreurs et sur l'adhésion donnée par elle à toutes les superstitions populaires ; mais le

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