‹ L'esclave du pacha;Chapitre 56 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

— Une des deux.

— Mais laquelle?

Le vieux se tut, et Martine ne put parvenir à lui faire rompre son silence.

— Eh bien ! dit-elle, puisqu'il arrive, et qu'il est destiné à l'une de nous deux, tirons l'amoureux à la courte paille!

Elle prit un brin de chanvre à l'une des javelles, le rompit en deux, cacha dans sa main les fragments inégaux, et ne laissant passer entre ses doigts que deux extrémités absolument pareilles, elle donna à choisir à sa jeune compagne.

Après quelque hésitation, celle-ci, excitée, raillée, poursuivie par Martine, se décida enfin, prit au hasard et tira la longue paille.

— Bravo ! bien joué, bien choisi ! cria la fille du meunier ; elle ne coiffera donc pas sainte Catherine. Voilà le futur trouvé!... Pourvu qu'il vienne!... pourvu qu'il plaise!... que ce ne soit pas un sanglier de Saint-Sauveur ou de Béthizy !... Oh ! pauvre mam'zelle Adèle, il n'y a pas à dire, il faudrait épouser tout de même... c'est le sort qui le veut.

Tandis qu'elle multipliait encore ses interprétations au milieu des éclats de rire, et qu'Adèle, immobile, les joues empourprées, regar-

dait son fétu de paille d'un air tout honteux et contrit, sans savoir si elle devait rire aussi ou s'alarmer, le galop d'un cheval se fit entendre ; à travers un flot de poussière, un uniforme de hussard brilla un instant, et bientôt Charles Doisy entra dans la cour.

Le beau régiment des hussards de Berchiny, changeant de garnison, était, depuis la veille au soir, installé à Compiègne, et notre jeune homme, récemment élevé au grade de maréchal des logis, n'avait eu rien de plus pressé que de venir faire briller ses galons à la ferme des Brulard.

A peine à bas de sa monture, l'œil animé, les bras ouverts à demi, il se dirigea vers Martine. S'apercevant qu'elle n'était pas seule, il fit un double salut et s'arrêta ensuite comme émerveillé à l'aspect de l'autre jeune fille^ qu'il n'avait d'abord qu'entrevue.

Adèle avait conservé sa couronne de bluets, sous laquelle ressortaient si bien ses beaux cheveux blonds, bouclés et abondants; le visage éclairé par un rayon de soleil et mieux encore par ces impressions diverses éveillées en elle, grâce à l'imprudence de Martine, à la prédiction du vieillard, à la présence du jeune homme, levant vers ce dernier un œil timide

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