‹ L'esclave du pacha;Chapitre 57 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

et curieux à la fois, sans sortir de sa presque immobilité, elle le regardait avec cet air d'extase et d'étonnement dont on accueille celui qu'on attendait sans espoir de le voir arriver. Sur sa physionomie, dans son maintien, dans son geste, il y avait alors plus de grâce, plus de beauté qu'elle n'en avait jamais eu, qu'elle n'en devait jamais avoir peut-être ; car il en est de la beauté des femmes comme du courage des hommes ; elle a ses instants d'exaltation qu'elle emprunte aux grands mouvements de l'âme.

Quand elle eut pu remarquer l'attitude du jeune militaire, et quel regard répondait au sien, elle se troubla, et dans son trouble, elle laissa tomber le petit fétu de paille qu'elle tenait encore à la main.

Elle se baissa pour le ramasser.

Ce mouvement n'échappa point à Martine, déjà irritée de cette distraction qui avait paralysé le premier élan du jeune hussard ; à Martine déjà mécontente d'elle-même, à qui il fâchait d'être venue si mal à propos, par son épreuve de la courte paille, déranger un horoscope qui certainement ne pouvait regarder qu'elle.

La voix glapissante du meunier Bruîard qui

survint, mit fin à toutes ces émotions, ou du moins les fit rentrer au cœur de chacun de nos personnages. Il avait entendu le galop d'un cheval et accourait prendre connaissance du visiteur.

— Comment , c'est vous , farceur ! dit-il, lorsque, après un moment d'examen, il eut reconnu le jeune homme sous son nouvel uniforme. Est-il faraud ainsi! Ça lui va bien tout de même , n'est-ce pas, Martine?

Martine, modeste par mauvaise humeur, baissa les yeux sans répondre ; elle ne put néanmoins se défendre d'un sentiment de joie en entendant le jeune homme annoncer qu'il était de nouveau devenu le voisin de la ferme, puisque son régiment allait rester à Compiègne.

Ce sentiment de joie de Martine, une autre le partagea sans doute.

— Vive le roi! reprit le fermier-meunier; ainsi, l'ami, on vous verra de temps en temps, comme par le passé; vous viendrez encore dessiner notre ferme , notre grange , notre vache, notre moulin, tout croquer, comme vous dites, jusqu'à not' fille et not' femme. Mais, à propos de not' femme, va-t-elle être contenle de vous voir ainsi tout galonné! En-

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