‹ L'esclave du pacha;Chapitre 64 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qui mériterait de l'être sous bien d'autres rapports.

Mariotte, la servante de M. Dampierre, était du Meux, et mêlait volontiers à la langue commune les expressions naïves de cette vieille langue picarde, comme avait fait son compatriote Jean Froissart, dans un style différent, toutefois.

— Faut croire que c'te visite mangera , reprit-elle, puisque le devineur a parlé de mettre le plus gras à broche?

— Le devineur ne sait ce qu'il dit !

— Oh ! not' demoiselle , père Hubert n'est point un bourdeur ; c'est un malin qui oncques ne se trompit jamais sur ce qui doit avenir. Il y a deux ans, à la ducasse de Saint-Martin, il était à boire un souquet avec des compères, chez Moutonnet, le charron, qui vend du vin ; v'ià qu'il se met tout de suite à crier : « Aïe!

— Qu'est-ce que c'est? lui disent les autres.

— Aïe ! qu'il répète ; il y a dans ce moment une branche et une jambe qui se cassent. » En effet, entrementes qu'il parlait, à deux lieues de l'endroit où il se trouvait, le fieu de la grande Durande, en allant dénicher des agaces, avait eu une branche qui s'était brisée sous lui tout de même, et en tombant, il s'élail cassé, nenni la

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162 HTSTOIRE DE MA GRATTANTE.

jambe, mais quasi le bras , dont il restait tout affolé. Vous voyez ben que père Hubert ne se trompe jamais. C'est un vieux qu'en sait, et les Bruiard ne l'ignorent point. Sans ça, pourquoi qu'ils le garderaient chez eux , où il ne gagne même son nutriment, n'étant bon qu'à rouir un petit le chanvre ?Mais ils craignent qu'il ne leur soit à nuisance, à eux ou à leurs animaux, qu'il ne leur jette un sort ; et pourquoi qu'il ne le ferait pas, lui qui, à la main, prend les oisias qui volent, lui qui va à la chasse sans rets, sans fusil et sans furons? Il sait si bien charmer le gibier, rien qu'avec des mots, que pour le prendre il n'a qu'à ouvrir son bissac; les lapins viennent à grand'foison, d'eux-mêmes, se bouter dedans, pour sa pourvéance. Moutonnet l'a vu! Adonc, c'est pour vous dire, not' demoiselle, que le monde que nous allons avoir à dîner fera chair piteuse si on ne met le chapon à la broche tout d'suite. M'est avis qu'il faudrait encore un petit d'autre chose. Le maître apportera peut-être une darne de venaison ; mais un bon poisson n'aurait pas été mésavenu. Si j'avais su ça au matin , Babet a passé devant notre ménil , venant de Boneuil , et elle avait des murènes, des anguilles, comme vous dites, qui vous auraient fait plaisir

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