‹ L'esclave du pacha;Chapitre 65 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

à voir, vous qui les aimez, not' demoiselle.

Adèle jette un regard de colère à sa servante, et, sans lui répondre, elle rentre chez elle, s'y enferme et se met à pleurer de dépit, de douleur. Elle se sent irritée contre tout le monde; contre ce Brulard, si grossier dans ses plaisanteries ; contre ce chanvrier, la cause première de ses chagrins; contre sa servante, qui a su sa mésaventure sans doute, et qui prend à tâchée de la lui rappeler. Mais c'est surtout à Martine qu'elle en veut : se moquer d'elle ainsi! faire de Charles Doisy son complice , pour la rendre la fable et la risée de la maison, du village et peut-être de la ville, même de la cour, s'il en faut croire ce vilain meunier!

Comme elle se désole , elle entend la voix de son père ; il est de retour, il la demande.

Essuyant ses yeux à la hâte , pour qu'il ne puisse voir qu'elle a pleuré , elle s'empresse d'aller au-devant de lui, dans un couloir obscur qui précède sa chambre. Sans lui adresser un mot, afin de lui dérober l'émotion de sa voix, elle lui jette aussitôt ses bras au cou, l'embrasse et pousse un cri.

C'est que des moustaches ont effleuré sa joue, et son père n'en porte pas ; c'est qu'un sabre a retenti sur les carreaux du couloir, et son père,

pour toute arme, n'a qu'un couteau de chasse. Cependant, c'est bien la voix de son père qu'elle a entendue !

Effrayée , haletante , elle retourne précipitamment dans sa chambre et tombe évanouie sur une chaise.

Quand elle rouvre les yeux, elle voit près d'elle, devant elle, Charles Doisy. Il était seul dans la chambre, seul avec elle ; il lui tenait la main et la contemplait silencieusement, avec un de ces regards expressifs et prolongés où l'àme se glisse tout entière.

Encore pleine du trouble causé par son évanouissement , Adèle croit être abusée par un rêve , elle sourit , et , avec un geste de tête familier , elle répond à ce regard qui semble l'interroger.

Dans ce moment, M. Bampierre rentre avec Mariotte, tout effarée... Il vient d'aller chercher de l'eau fraîche, des sels, du vinaigre.

— Ah ! te voilà revenue à toi, enfin , pauvrette, s'écrie-t-il en la retrouvant les yeux grands ouverts et le sourire sur les lèvres. Pardon , jeune homme , de vous avoir laissé là en guise de garde-malade ; mais , vous savez , il y a des moments où , ma foi, bonsoir au cérémonial; puis, dans nos villages, voyez-vous,

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