‹ L'esclave du pacha;Chapitre 72 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

gagé à elle d'honneur, et, chez lui, tout ce qui touchait à l'honneur allait jusqu'à l'exaltation.

De même qu'il admirait la pudique naïveté de l'une, il avait su gré à l'autre de ses avances, de son audace passionnée ; il s'en était bien trouvé , et sa vanité y avait eu son compte. Philosophes, psychologues, chimistes du cœur, vous qui savez de quels éléments se compose l'amour, c'est à vous de nous dire pour quelle dose y entre la vanité.

Si notre jeune maréchal des logis se sentait entraîné vers Adèle par un sentiment plus doux , plus épuré , plus vif peut-être , ses instincts moins élhérés, plus positifs, le reportaient vers Martine. La première avait pour lui le charme de la nouveauté; la seconde, la force de l'habitude. Il rêvait de Béthizy, mais c'est vers Glaignes qu'il se dirigeait d'ordinaire. Adèle était sa poésie; Martine, sa réalité. Quand son âuie était en joie, celle-ci lui venait la première à la pensée ; quand un sentiment de tristesse et de mélancolie le prenait, c'est l'image de celle-là qui lui apparaissait pour s'associer à ses peines.

Voilà pourquoi, depuis quelques jours, c'est Adèle qui triomphe dans son cœur; pourquoi, à force de la voir des yeux de l'âme, il a pu se

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passer d'elle pour faire son portrait; pourquoi, enfin , contristé , accablé , par une pensée poignante, étrangère à son double amour, à la veille de se séparer de toutes deux , c'est vers Adèle seule qu'il est venu.

La guerre de Hanovre, la guerre de sept ans allait s'ouvrir. En prenant congé de ses nouveaux amis, Charles Dwisy, non sans étouffer un soupir , leur annonça que le lendemain il partait pour les bords du Rhin.

— Mais il me semblait que deux escadrons de votre régiment devaient seuls se mettre en route, et que le vôtre restait à Compiègne? lui dit M. Dampierre. C'est du moins ainsi que me l'a conté Pardaillan, votre capitaine et mon ami.

A ce nom de Pardaillan, le visage du jeune homme se colora subitement.

— J'ai obtenu de quitter ma compagnie, répondit-il, pour passer dans une autre qui part sous les ordres de notre lieutenant-colonel , M. Toit. Je vous le répète , il faut que je sois officier ou que je me fasse tuer !

Il pressa la main de son hôte et se disposa à faire ses adieux à la jeune fille; mais elle n'était plus là, et le père, le valet et la servante eurent beau l'appeler, la chercher partout, dans sa chambre, dans le jardin, d'un bout à l'autre

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