‹ L'esclave du pacha;Chapitre 73 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

du vieux château de la Douye, elle ne reparut point.

Déjà le cavalier avait franchi la vallée d'Àulonne ; il atteignait la lisière de la forêt lorsque , jetant un dernier regard vers Béthizy et cette maison qu'il venait de quitter, il vit à une petite fenêtre ogivale , qui faisait saillie dans la partie la plus haute des combles, un mouchoir blanc s'agiter.

Ce qu'il ne vit pas , c'est que ce mouchoir était trempé de larmes.

A quelques mois de là, l'époque de la Saint- Louis venue , la tête de la capitainerie des chasses et celle de la maîtrise des eaux et forêts de Compiègne se transportèrent à Versailles, pour y présenter leurs hommages au roi, à l'occasion de sa fête.

M. Dampierre, espérant distraire sa fille de certains accès de tristesse et de taciturnité qui depuis quelque temps, sans raison apparente, semblaient s'être emparés d'elle, avait jugé à propos de l'emmener avec lui.

182 HISTOIRE DE MA GRAND'tANTE.

Adèle n'avait jamais habité que le couvent des dames de Crépy et le vieux château délabré de la Douye ; son plus grand voyage avait été de l'un à l'autre. Le mouvement d'une ville comme Versailles, le tableau, si nouveau pour elle, de toute cette population de courtisans, chamarrés de plumes, de croix, de rubans, devaient la guérir indubitablement de son ennui. Mais le plus difficile n'était point d'arriver à Versailles ; c'était de pouvoir s'y loger.

La ville regorgeait de monde.

Dans le château, les ministres occupaient des mansardes ; les duchesses, des greniers; dans les communs, au chenil comme aux écuries, chiens et chevaux s'étaient vus forcés de céder un peu de leur logement aux gens les mieux titrés de France. On tenait à pouvoir dire qu'on avait été hébergé par Sa Majesté.

Au chenil comme au château, on était chez le roi ; mais je pense qu'il était plus facile de dormir dans l'un que dans l'autre.

La ville présentait un spectacle non moins curieux.

Les maisons bourgeoises étaient transformées en auberges, les boutiques en cabarets, les rues en réfectoires. Plus de trente mille honnêtes citoyens y dînaient gravement sur le pouce.

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