‹ L'esclave du pacha;Chapitre 8 sur 124 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

descendit. C'était un pourvoyeur de harems , alors en tournée de ce côté.

■ — Vendez-vous du miel ? dit-il au maître de la chaumière , qu'il trouva sur le seuil de sa porte.

— J'en recueille du blanc et du rouge.

— En pourrais-je goûter?

L'honnête Mingrelien lui en apporta un échantillon de chaque couleur.

— J'en voudrais voir d'une autre sorte, dit l'homme au turban, avec un coup d'œii significatif.

— Entrez alors , répondit le père de Baïla. Et tandis que l'étranger franchissait le seuil

de sa maison , courant au logement occupé par sa femme :

— Alerte ! lui dit-il , voici les noces de ta fille qui se préparent ; le marchand s'est présenté j il est en bas ; habille-la et descends avec elle.

A la vue de Baïla, le marchand ne put retenir une exclamaiion admii ative ; puis, presque aussitôt, par manœuvre commerciale, il hocha la tète , en feignant de l'examiner avec plus d'attention.

Pendant cette inspection, la rougeur couuait le front de la jeune fille ; le père et la

mère , cherchant à lire la pensée secrète du marchand dans ses yeux et sur son visage , gardaient un silence émotionné , priant tout bas leur saint patron pour la réussite de l'affaire.

L'homme au turban , changeant d'allure , et comme s'il n'était venu en effet que pour s'approvisionner de miel, s'empara de l'un des deux échantillons déposés sur une table , et, après l'avoir effleuré du doigt, il le dégusta.

— Ce miel est blanc et d'assez bel aspect , j'en conviens ; mais il manque de saveur. Combien la grande mesure?

— Douze mille ! se hâta de crier la mère.

— Douze mille paras?

— Douze mille piastres !

Le marchand haussa les épaules.

— Vous le garderez pour votre usage, bonne femme.

Puis il se leva et se dirigea vers la porte.

La femme fit signe au mari de ne point le retenir.

En effet , comme elle l'avait prévu , il s'arrêta avant de toucher au seuil , et se retournant vers le maître de la maison :

— Frère en Dieu , lui dit-il , je me suis reposé chez vous ; en échange de votre hospita-

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