‹ L'esclave du pacha;Chapitre 86 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

torité dont il faisait rarement usage, tu as dû entendre que le récit du capitaine était entièrement confidentiel.

— Oui, mon père ; j'ai entendu... confidentiel... pour nous deux... puisque j'étais là.

— Elle a raison, dit Pardaillan. Allons, ma belle enfant, c'est moi qui ai des excuses à vous faire d'avoir tenu table si longtemps, sans songer que vous êtes venue à Versailles pour voir tout autre chose que deux vieux amis qui bavardent sans raison et qui boivent sans soif.

— Ah! que vous êtes bon!... oui, vous êtes bon, murmura la jeune fille. J'ai eu raison d'écouter, n'est-il pas vrai? puisque cela fait que je vous aime de tout mon cœur !

Et, par un mouvement rapide, elle s'empara d'une des mains du capitaine, et la baisa avant que celui-ci eut songé à la retirer.

— Que faites-vous, chère enfant? dit le capitaine ému lui-même.

Et, se retournant vers Adèle, il resta un instant stupéfait du caractère étrange et passionné que venait de revêtir sa beauté. Ce simple coup d'œil lui suffit pour lire entièrement dans le cœur de la jeune fille. Ces ennuis, ces souffrances inexplicables, qu'au bout

de plusieurs mois un père n'avait pu encore deviner, il les comprit sur-le-champ, et, se courbant vers elle :

— Je tiens plus que jamais à ce qu'il soit heureux! lui dit-il tout bas.

Élevant ensuite la voix :

— Vous n'êtes plus fatiguée, je l'espère, reprit-il, et vous ne gardez pas rancune à notre Versailles de vos mésaventures de la matinée? Allons, ma belle enfant, faites un bout de toilette, si bon vous semble ; votre père va passer son bel uniforme, et tous trois nous irons au parc, voir les illuminations, et même faire un tour dans la grande galerie du château, où j'ai mes entrées.

Pendant que ces paroles s'échangeaient entre son ami et sa fille, Dampierre, resté à table, avait avisé du coin de l'œil le verre, presque plein, envoyé par lui si injustement en exil. Il l'en faisait revenir peu à peu, et quand Pardaillan acheva sa péroraison, la paix était faite entre le vin de Roussillon et le lieutenant des chasses de la capitainerie de Compiègne.

Au moment de partir, Dampierre se sentit la tête lourde et embarrassée. 11 jugea prudent de rester au logis; mais ne voulant pas priver sa fille du spectacle féerique des illu-

Page 1