‹ L'esclave du pacha;Chapitre 88 sur 124 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les traits délicats de la jeune fille, son teint frais et ses cheveux abondants ; elles ne sont plus inspectées qu'après coup, à la légère, et perdent évidemment à la comparaison.

Les femmes qui jettent les yeux de ce côté s'étonnent à la vue d'Adèle, de son canezou à ia vieille mode de l'année dernière, de ses cheveux sans poudre, de sa robe sans cerceaux, de ses manches courtes, sans salin et sans dentelles, ornées seulement d'une rosette pleureuse.

Comment cette créature se trouve-t-elle là, sous la garde de la vicomtesse de B*** et de la baronne K***? On flaire la province : on critique, on médit, et, pour humilier la vicomtesse :

— Mademoiselle est votre parente?

— Pas du tout ! je ne connais même point cette petite.

Et jetant, en guise d'adieu, un regard de dédain sur la pauvre enfant, les deux dames respectables se hâtent de renoncer à un voisinage si dangereux, et dont leur vanité souffrait doublement.

Deux mousquetaires prennent leur place.

Par bonheur pour Adèle, ils ne sont pas de la bonne espèce. Communs et bêtes, eux-mêmes

212 HISTOIRE DE MA GRA^S d'tANTE.

provinciaux, encore encrassés, ils ne savent adresser à la jeune fille que des balourdises incapables sans doute de la séduire, mais suffisantes pour l'effrayer.

Un autre leur succède. C'est un jeune homme au costume élégant, mais débraillé ; aux allures hardies et conquérantes, mais dégingandées, et dont les grands airs de cour ne laissent pas que de sentir quelque peu le tripot et le brelan.

— Vous êtes seule, ma charmante? dit-il à Adèle.

— Non, monsieur, répond-eîle en balbutiant, comme pour invoquer l'appui de son protecteur absent ; je suis venue.avec le capitaine Pardaillan, qui m'a laissée... parce que...

— C'est justement lui qui m'envoie, pour vous tenir compagnie, ma toute belle. Comment vous nomme-t-on?

— Adèle Dampierre , répond ingénument la pauvre fille.

— C'est ça... Diable ! beau nom ! Et M. votre père appartient au château?

— Il est lieutenant des chasses, monsieur.

— C'est ce que je voulais dire. Diable ! belle position. Eh bien, charmante Adèle, je vous ai reconnue rien qu'à vos cheveux. Je vous dé-

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