‹ L'esclave du pacha;Chapitre 89 sur 124 · CHAPITRE lit 21ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE lit 21ô

clare, foi de chevalier d'Annezay, que depuis feu la reine Bérénice, jamais chevelure plus délicieusement plantureuse que la vôtre n'a paru à une cour quelconque, et que vous avez bien fait de ne pas Fenfariner , quoi qu'en puissent dire les jalouses. Je comprends seulement d'aujourd'hui que le costume de notre mère Eve pouvait bien être plus convenable qu'on ne le suppose méchamment. Ah! les beaux cheveux ! J'en dirais probablement autant de vos yeux, s'ils daignaient un tantinet se tourner de mon côté. Pardaillan me les a vantés.

A ce nom, invoqué là sous un motif si singulier, Adèle releva la tète involontairement, et la vue du chevalier, loin de l'intimider d'abord, la rassura au contraire. Le désordre de sa toilette, la pâleur maladive de son teint, lui inspirèrent une sorte de commisération pour le pauvre jeune homme. Elle le crut souffrant, et cette idée suffit à lui donner confiance.

Enhardi par les apparences, le chevalier hausse d'un ton sa parole comme son regard. Il se rapproche d'Adèle qui , devenue plus clairvoyante, afin d'éviter son approche, son contact, s'éloigne à mesure qu'il avance, et, dans son trouble, dans son émotion, recule au delà

même des limites de sa banquette, et tombe. On fait rumeur autour d'elle, on la relève.

— Un verre d'eau !

— Au buffet! disent quelques voix.

Un gros monsieur se présente ; il lui offre son bras. Encore tout ahurie, honteuse de sa position, de son isolement, de sa chute, la tête baissée, les oreilles écarlates, pour se dérober aux regards qui la bombardent de tous côtés, Adèle prend le bras du gros monsieur qui, charitablement, se dispose à la conduire hors de la galerie, car elle a besoin d'air; à la faire monter dans sa voiture, car elle peut à peine se soutenir; à la mener enfin à sa petite maison, car elle a besoin sans doute d'un abri.

Pendant ce mouvement, le chevalier d'Annezay avait disparu, car le gros monsieur, l'un des hommes les plus respectables de la finance, était son créancier en chef.

Le malin, mademoiselle Dampierre s'était trouvée au milieu d'une cohue de badauds, de bourgeois et de manants ; elle avait failli y être étouffée, y mourir de fatigue et de faim. Le soir, au milieu de cetîe foule aristocratique, dorée, titrée, blasonnée, de femmes élégantes et d'hommes comme il faut, elle a lieu de s'épouvanter bien davanlage.

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