CHAPITRE IV
subite, dont elle n'eut pas de peine à démêler la cause première.
Le capitaine expliqua tout et présenta la note.
Après l'avoir parcourue :
— Notre intéressant libérateur n'aura pas perdu pour attendre, dit la marquise de l'air le plus gracieux.
Elle sonna et fit mander le ministre de la guerre, qui se trouvait justement sous sa main.
— M. de Paulmy, lui dit-elle, vous devez avoir quelque lieutenance de cavalerie à votre disposition ?
— Et à la vôtre, madame, répondit le galant ministre en s'inclinant.
— Eh bien ! donc, faites droit à ce placet, et sur-le-champ. Nous vous en saurons gré, notre cousin.
Dampierre et sa fille retournèrent bientôt à Béthizy, enchantés de la façon dont avait tourné la visite à madame de Pompadour.
Depuis deux jours, ils étaient de retour de leur voyage à Versailles, lorsque Martine Brulard, qui depuis longtemps n'avait pas mis les pieds au château de la Douye, y arriva.
Martine avait des chagrins ; ses yeux rotrges et son air effaré le disaient assez,
2o2 HISTOIRE DE MA. GRAND TA'TE.
Dès quelle se trouva seule avec Adèle, elle éclata.
Son père venait d'apprendre par un des hussards de Berchiny que Charles Doisy, après s'être signalé au combat de Hamelen, y avait reçu une blessure grave... mortelle sans doute.
A ce coup de foudre inattendu, à cette nouvelle qui menaçait de renverser toutes ses espérances de bonheur, Adèle poussa un cri et se jeta dans les bras de Martine en fondant en larmes.
Martine, qui était venue chercher des consolations et peut-être faire montre de sa douleur, se trouva vivement blessée en voyant mademoiselle Darnpierre plus affectée qu'ellemême, et elle la quitta, persuadée que plus que jamais elle avait en elle une rivale et non plus une amie.
Adèle, de jour eu jour, devenait plus triste et plus abattue ; elle passait des heures entières devant son portrait, peint par Charles Doisy.
Un matin , le lieutenant des chasses reçut une lettre cachetée de noir. Il déjeunait en tête-à-tête avec sa fille lorsque cette lettre lui fut remise par Mariotte.
Dès qu'Adèle vit le cachet de deuil, sa pensée se reporta naturellement vers Charles