‹ L'escoufle;Chapitre 12 sur 49 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

chose avec résignation, sans lui faire de scène. Il s'adoucit, et, s'excusant, lui dit : « Dame, pardonnez-moi ; j'ai voulu « vous dire que vous pouviez vous en faire faire une pareille. « — Si je savais où on les vend, j'aurais bientôt fait d'en avoir « une aussi belle. » Le comte de Saint-Gilles, alors, lui parla d'Aelis, la plus belle et la plus sage de tout le royaume, et l'engagea à la prendre parmi ses demoiselles. La comtesse s'empressa d'accepter la proposition. Dès le lendemain elle envoya chercher les deux femmes par des messagers, à qui elle remit cent sous de monnaie du Mans, pour payer leurs menues dettes l. Aelis et Isabel ayant fait leur visite d'adieu à la dame de Montpellier et réglé toutes leurs affaires, partirent pour Saint-Gilles où elles furent reçues à grand honneur (v. 6i58).

Revenons maintenant à Guillaume, qui eut bien des maux à souffrir en cherchant son amie. D'abord son beau mulet mourut ; lui-même fut un an malade à Rome a ; enfin il fut dépouillé de son argent dans un bois. Il avait cherché Aelis pendant sept années entières. La nécessité lui apprit alors à gagner sa vie. Pendant toute une saison il fut employé, à Saint-Jacques, chez un bourgeois qui tenait hôtel pour les pèlerins. Un jour, il reconnut le mulet d'Aelis, sur lequel était monté un pèlerin qui se rendait au moutier. Il apprit que ce mulet avait été acheté six ans plus tôt à Toul, et que celle qui l'y avait amené se nommait Aelis. Il se désola d'avoir été chercher si loin celle qui était si près. Il prit congé de son maître, et suivit le pèlerin jusqu'à Toul. Mais

i. A cette époque, où le numéraire était rare, on avait toujours des dettes en garantie desquelles on donnait quelque objet en gage : « Tenez, voilà pour acquitter vos gages, » dit Guillaume le Maréchal à ses compagnons, en leur donnant de l'argent qu'il vient de prendre à un voyageur (Hist. de Guillaume le Maréchal, v. 6834). Philippe de Novare tire une comparaison de l'usage de payer ses dettes quand on changeait de pays (Les quatre âges de l'homme, édit. de la Société des anciens textes, g 180).

1 . Il est curieux qu'il n'ait pas eu l'idée d'aller voir sa mère.

là il ne trouva que la vieille, chez qui il passa une nuit, songeant à son amie. Le lendemain il partit, suivant le grand chemin de France (v. 6467).

Dans l'espoir de retrouver son amie, il fit vœu d'aller en pèlerinage à Saint-Gilles. Il voyagea tant, par le chaud et par le froid, qu'il finit par y arriver. Il entra dans le moutier, comme on chantait la grand'messe. Ayant accompli son vœu et fait son offrande, il pria le saint de lui faire trouver un hôte qui eût besoin de ses services. Gomme il sortait de l'église, un bourgeois qui l'avait remarqué, et que son air affligé avait frappé, l'engagea à son service, pour cinquante sous par an. C'était un hôtelier qui logeait les pèlerins. Pendant trois mois Guillaume resta dar^s la maison, mettant de côté tout ce qu'il gagnait pour reprendre plus tard la recherche de son amie. Il en était bien près, mais il n'en savait rien. S'il quitte la ville, il s'éloignera d'elle. Mais, si quelque vieux péché ne lui nuit, la protection du saint, qui l'a conduit jusque là, le fera arriver à bon port. Un jour des pèlerins français vinrent prendre hôtel dans la maison où il était. Le cheval de l'un d'eux se blessa, en marchant sur un clou. Un maréchal fut appelé, et déclara que ce serait long à guérir. Le pèlerin n'avait pas le temps d'attendre. Il vendit son cheval pour peu de chose à Guillaume, et en acheta un autre. En moins d'un mois le cheval fut guéri (v. 6673). Un jour d'hiver, Guillaume vit passer des hommes à cheval qui portaient des faucons. Le maître fauconnier suivait à distance, portant sur chaque poing un oiseau. Il attendait un valet et s'impatientait de ne pas le voir venir et d'avoir deux faucons à porter. Guillaume proposa ses services, qui furent agréés. Il retourna à l'écurie, prit son cheval, et porta le faucon avec une aisance qui fit l'admiration de tous. Guillaume de son côté était ravi de cette promenade. Ils firent un long tour par la campagne sans rien trouver. Ils s'en retournaient, quand le faucon de Guillaume commença à s'agiter comme s'il voyait quelque chose. Guillaume obtint la permission de le lâcher, assurant qu'il saurait bien le

Page 1