‹ L'escoufle;Chapitre 14 sur 49 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

qui eut lieu au bout d'une quinzaine et où il fit chevalier Guillaume, qui se trouvait être son cousin, le feu comte Richard étant fils de sa cousine germaine. Aelis et Guillaume y distribuèrent de riches dons, et ce dernier retint, pour former sa mesnie, les chevaliers que le comte de Saint- Gilles avait adoubés en même temps que lui. Puis ils partirent en grand appareil pour la Normandie, où le comte voulait faire reconnaître Guillaume comme seigneur. La comtesse les accompagna un bout de chemin et se sépara en pleurant d'Aelis et de Guillaume (8080).

Le comte de Saint-Gilles et sa suite poursuivirent leur voyage et arrivèrent devant Arques. Ils se firent connaître. Le châtelain témoigna toute sa joie de voir l'héritier légitime du comte Richard et lui fit hommage pour le château. Guillaume lui en donna aussitôt l'investiture. Ce fut l'occasion de grandes réjouissances. De là on dépêcha des messagers à Montivilliers et à Rouen. Les bourgeois de Rouen lui envoyèrent les clefs de leur ville. Bientôt après Guillaume y fit son entrée, au milieu de la joie universelle, l'archevêque venant à sa rencontre. On lui fit, ainsi qu'à Aelis, des présents qui valaient plus de mille marcs. Lui de son côté n'était pas en reste de générosité, et tous disaient que son père revivait en lui. C'est alors qu'eurent lieu les noces de Guillaume et d'Aelis. La fête dura bien quinze jours (8332). Puis le comte de Saint-Gilles s'en retourna. Aelis le chargea de présents destinés à la comtesse et à ses demoiselles. Guillaume lui fit don du riche anneau que l'escoufle avait enlevé. Lui et le comte de Saint-Gilles se firent faire des armes pareilles en témoignage de leur mutuelle affection et en raison de leur parenté (v. 8449). Lorsqu'ils se séparèrent, il y eut bien des larmes versées (v. 8489).

Guillaume et sa femme résidèrent trois ans en Normandie, aimés de tous pour leur bonté et leur largesse. Entre-temps la Renommée avait porté aux Romains la nouvelle que la fille de leur seigneur était devenue comtesse de Rouen, et qu'il

n'y avait au monde femme qui pût lui être comparée. L'empereur et l'impératrice étaient morts, et à leur place s'étaient établis cent seigneurs ou plus. Les Romains se réunirent en parlement et décidèrent d'envoyer à Guillaume des messagers pour lui proposer la couronne. La joie des deux époux fut tempérée par le regret qu'ils avaient de quitter leurs sujets. Aelis choisit vingt demoiselles qu'elle emmena à sa suite, et ils partirent avec les messagers de Rome, laissant les Normands dans la désolation. Puisse Dieu les pourvoir d'un autre seigneur, puisque celui-ci les a abandonnés (v. 8767) !

Quand la nouvelle se fut répandue à Rome que Guillaume et Aelis allaient arriver, la joie fut plus grande que lorsque Tristan emmena Iseut. La comtesse de Gênes (la mère de Guillaume) se rendit à Rome avec toutes les dames qu'elle put assembler en son pays. Elle embrassait son fils et sa bru ensemble. Il n'y avait en Rome tour dont on n'apportât les clefs à Guillaume. La joie était universelle. Le roi de Sicile chevauchait à la droite d'Aelis, et ils avançaient escortés de ducs et de comtes. La réception fut plus brillante encore qu'à Rouen. Toute la ville était jonchée de glaïeuls, de jonc et de menthe (v. 8837). Guillaume annonça qu'il tiendrait cour pour son couronnement à la Pentecôte. C'était dans quinze jours. Si bref que fût le terme, la cour fut magnifique.

Aelis y fut resplendissante de beauté. Le pape les couronna au milieu d'un grand concours d'archevêques, d'évêques et d'abbés. Les jongleurs n'y furent pas oubliés. On les voyait traînant des étoffes de soie garnies d'hermine. Puis il y eut des danses, des combats d'animaux, des tournois. Guillaume distribuait l'argent comme s'il en pleuvait. Au bout de quinze jours la cour se sépara. Guillaume et Aelis gardèrent la seigneurie de Rome tout leur vivant. Je ne vous dirai pas ce qu'ils firent. Je ne le sais point. Il me faut donc faire fin. Mais personne ne pourrait demeurer en vilenie pourvu qu'il écoutât ce roman et les grandes mer-

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