‹ L'escoufle;Chapitre 19 sur 49 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

Le Busard est une œuvre médiocre, dépourvue d'imagination, et on y chercherait vainement les fines analyses psychologiques dans lesquelles se complaît le poète français. On ne peut supposer que l'auteur allemand ait gâté à plaisir son modèle. Tout porte à croire qu'il n'a pas connu notre roman français. C'est précisément ce qui donne de la valeur à son poème, que nous pouvons avec vraisemblance considérer comme la reproduction plus ou moins exacte du conte auquel fait allusion l'auteur de YEscoiifle l. Ici encore on peut se demander si ce conte, qui devait être français, était écrit, ou si l'auteur allemand ne l'a connu que par tradition orale. Mais le poème allemand, non plus que le poème français, ne fournit pas d'indice qui permette de résoudre la question.

L'enlèvement d'un anneau par un oiseau de proie, ayant pour conséquence la séparation de deux amants qui finissent par se retrouver après les aventures les plus variées, était un procédé d'une application trop facile pour qu'on le laissât tomber promptement en désuétude. Il a été introduit dans V Histoire de Pierre de Provence et de la belle Maguelone, fille du roi de Naples, roman en prose qui ne paraît pas, en la forme que nous connaissons, plus ancien que le milieu du xve siècle. Dans ce récit, les anneaux (car il y en a trois) sont retrouvés dans le ventre d'un brochet. Un

i . Je suis en désaccord sur ce point avec M. d'Ancona qui, dans ses Poemetti populari italiani, p. 421 (voir la note suivante), exprime l'opinion que le Busard dérive de VEscouJle.

récit analogue, mais qui par certains côtés se rattache de plus près au conte du prince Camaralzaman, fait le fond de la Storia di Oitinello e Giulia, poème italien en octaves, mainte fois imprimé depuis la fin du xve siècle, et dont M. d'Ancona a publié une nouvelle édition, précédée d'une intéressante préface, en 1867 '.

Dans ces divers ouvrages l'enlèvement de l'anneau par un oiseau de proie est essentiel à l'action. Il l'est particulièrement dans YEscoufle et dans le Busard, où l'oiseau ravisseur est cause d'abord de la séparation, puis enfin de la réunion des deux amants. C'est là un trait ingénieux qui se trouvait sûrement dans le conte perdu que l'auteur du Busard et celui de YEscoufle ont connu. Mais ailleurs, la perte d'un objet précieux ravi par un oiseau n'est plus qu'une circonstance accessoire se joignant à bien d'autres malheurs qui viennent coup sur coup fondre sur un homme jusque-là puissant et heureux, et qui, s'étant soumis avec résignation aux décrets de la Providence, retrouve, par des voies pour ainsi dire miraculeuses, tout ce qu'il a perdu, sa femme, ses enfants, sa richesse, et même son anneau. Le moyen âge nous

1. La Storia di Ottinello e Giulia, poemetto populare in ottava rima riprodotto sulle antiche stampe. Bologna, presso Gaetano Romagnoli, 1867. In-120, xLvn-27 pages, volume lxxxiii de la Scelta di curiosité letterarie inédite 0 rare. Une deuxième édition, où la préface est entièrement refondue, a été publiée par M. d'Ancona dans ses Poemetti popolari italiani (Bologne, 1889), pp. 393 et suiv. Voir le compte rendu de cet ouvrage par G. Paris, Romania, XIX, 5o8.

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