LANGUE ET VERSIFICATION LI
avec l'un de ses composés. C'est ce que nous observons ici : entendent-tendent 9-10, recorder-acorder 1 1-2, remaint-maint 19-20. Il n'y a là rien que de fort usuel : je veux seulement remarquer que l'abus de ces rimes ne va jamais jusqu'à l'équivoque, comme dans le Barlaam et Josaphat de Gui de Cambrai, par exemple, ou dans les poésies de Rutebeuf.
Il est admis dans l'ancienne poésie française, au moins dans la poésie narrative, qu'un mot peut rimer avec lui-même, pourvu qu'il soit employé chaque fois dans un sens différent. L'auteur de YEscoufle abuse parfois de cette licence. La nuance qui distingue laisse au v. i3 de laisse au v. 14 est légère. D'autres fois, la différence est nulle. Ainsi sont termine les vers 397-8, 467-8, etc. Dans le second exemple, il est une fois employé comme verbe substantif et une fois comme verbe auxiliaire, mais au premier exemple l'emploi est, à chaque vers, celui de l'auxiliaire. Orent (prêt. d'avoir) rime avec lui-même aux vers 445-6, ioo5- 6, i3o3-4, etc. ; de même ensamble, 249-50, seure (sur), 1223-4, fïa?îce, 3609-10, etc. Dans quelques cas on serait tenté de corriger le texte : je crois toutefois que ce serait prêter au poète des scrupules qu'il n'avait pas. C'est seulement quand à la répétition de la rime se joint le défaut du sens qu'on peut risquer une correction.
On trouve çà et là quelques légères traces d'assonances, surtout dans les finales féminines : vache rime avec barnage, 721 ; sache (ind. pr. de sachier)