ANALYSE DE L*ESCOUFLE XXI
n'y avait au monde femme qui pût lui être comparée. L'empereur et l'impératrice étaient morts, et à leur place s'étaient établis cent seigneurs ou plus. Les Romains se réunirent en parlement et décidèrent d'envoyer à Guillaume des messagers pour lui proposer la couronne. La joie des deux époux fut tempérée par le regret qu'ils avaient de quitter leurs sujets. Aelis choisit vingt demoiselles qu'elle emmena à sa suite, et ils partirent avec les messagers de Rome, laissant les Normands dans la désolation. Puisse Dieu les pourvoir d'un autre seigneur, puisque celui-ci les a abandonnés (v. 8767) I
Quand la nouvelle se fut répandue à Rome que Guillaume et Aelis allaient arriver, la joie fut plus grande que lorsque Tristan emmena Iseut. La comtesse de Gênes (la mère de Guillaume) se rendit à Rome avec toutes les dames qu'elle put assembler en son pays. Elle embrassait son fils et sa bru ensemble. Il n'y avait en Rome tour dont on n'apportât les clefs à Guillaume. La joie était universelle. Le roi de Sicile chevauchait à la droite d' Aelis, et ils avançaient escortés de ducs et de comtes. La réception fut plus brillante encore qu'à Rouen. Toute la ville était jonchée de glaïeuls, de jonc et de menthe (v. 8837). Guillaume annonça qu'il tiendrait cour pour son couronnement à la Pentecôte. C'était dans quinze jours. Si bref que fût le terme, la cour fut magnifique.
Aelis y fut resplendissante de beauté. Le pape les couronna au milieu d'un grand concours d'archevêques, d'évêques et d'abbés. Les jongleurs n'y furent pas oubliés. On les voyait traînant des étoffes de soie garnies d'hermine. Puis il y eut des danses, des combats d'animaux, des tournois. Guillaume distribuait l'argent comme s'il en pleuvait. Au bout de quinze jours la cour se sépara. Guillaume et Aelis gardèrent la seigneurie de Rome tout leur vivant. Je ne vous dirai pas ce qu'ils firent. Je ne le sais point. Il me faut donc faire fin. Mais personne ne pourrait demeurer en vilenie pourvu qu'il écoutât ce roman et les grandes mer-