‹ L'espadon satyrique. Première éd. critique, d'après l'éd. originale de 1619, avec une pref. une bibliographie, un glossaire, des variantes et des notesChapitre 10 sur 54 · PREFACE XXV · texte numérisé non relu

PREFACE XXV

Je resens galoper dedans ma fantasie

Sur un genêt d'Espagne, enfant d'Andalousie,

U Alexandre Espagnol, Soleil de l'Univers.

Le Franc-Bourguignon consacre 2i5 pag-es de prose entremêlée de vers français et latins, « du plus recherché g-alimatias, des plus basses injures et des plus fades louang-es », dit Fevret de Fontelte, aux avantages des alliances que le poète chanta dans leS Désirs Amoureux. La Satire commencée s'y montrer contre le protestantisme, et fait concevoir que ce fut peut-être un sentiment relig^ieux qui détermina l'enthousiasme du poète pour le mariage de Philippe d'Autriche et d'Elisabeth de France. Claude Ouanteal, salinois, son parent, y prononce à son propos les noms de Catulle et de Virgile, sans que d'Esternod s'en soit jamais justifié par ses œuvres; il lui consacre encore ce sonnet ampoulé :

A MONSIEUR DESTERNOD

Sieur Dalaize, Salegret, Refranche, Malan, etc.

Desternod, ton esprit, arsenac de prudence, Donne à penser à ceux qui ont la gloire au cœur. Puisque les plus subtils te donnent tout l'honneur, T'admirant bien plutost qu'imitant ta science.

Le François t'a donné le prix de l'éloquence, L'Espagnol t'a quitté son martial humeur; Ainsi temperes-tu le froid par la chaleur. Et joints, par tes escrits, l'Espagne avec la France;

XXVI l'espadon SATYRîOUE

Peu s'en faut qus le Turc ne suive son Lycambe, Tant archiloque Va pressé par son ïambe ; Ce sont des actions clignes cVestonnement.

Deffaire et faire tout, disposer de V Europe, Joindre ensemble deux Rois, partager VEtiope, Madame en est l'esprit, et toy le truchement.

C'est dans le CaihoUqne franc-comlois, dédié à Claude d'Achey, abbé et seigneur de Baume, et publié en 1619 (16), l'année de V Espadon, que Claude d'Eslernod se révèle poète satirique. Le Catholique franc-comtois est une petite satire de quinze strophes octosyllabiques, dirig-ée contre Vapostat Léandre^ (( autrement dict, Constance Guénar. » Avec les œuvres précédentes, elle fournit la preuve que Claude d'Esternod ne s'est pas converti au protestantisme : qu'il ne faut donc pas le confondre avec un Claude Esternod(i7) qui fut rejoint en Suisse par des Esternod de Franohe-Gomté devenus religionnaires, lesquels s'installèrent auprès de la branche vaudoise, elle-même réformée.

Constance Guénard, l'objet de la satire, se retira vers la même époque que les seig-neurs d'Esternod. Il était né à Dole en i584. Après de brillantes études, il

(16) Lyon, pour Antoine Robin, 1619, in-S" de 3i pp. chiff. La première pièce, pp. 5-27, est en prose : Le Franc-Comtois catholique, contre l'Apostat Leandre, autrement dict, Constance Guénar, traistre à Dieu et à sa pairie ; ensuite vient un sixain de J. Mang-inelle : Tout ainsi que l'Amour fat cause que Leandre; puis la satire A messieurs les Prétendus Reformez, etc., devenue la Satyre XVI de VEspadon; Anagrame : Constance Guénar, Enragé, Satan, Cocu; Sonnet : Qui ne le cr tindroit pris? c'est un monstre Guénar.

(17I Ancêtre direct du D"' A. F. C. d'Eternod.

( ATHOLIQjyE

Connc rApofuit Lcan Jrc,

. Ù! ! i .frjcnî d:cï , C O N S T A N C r G V E î; A R . tr.nfr/L .} D.cu , c^ .ift J'iinc,

i C L A V D F d'Est t r n g d. Gc-nt'!lHV':MTi. }-r.inc-coniro;'.,.Sicur a'Ai.ulL^Rch-anchc,

f-y? L r o A\ l'eut A N T O I X r II o B 1 i\'

PREFACE XXVri

fréquenta les cours de la Faculté de droit, puis renonça à la tog-e pour revêtir la robe de capucin. En prononçant ses vœux au couvent de Dole, il prit le nom de Léandre, choix galant pour un moine. Le P. Léandre prêcha dans les grandes villes et fit valoir ses succès pour obtenir une chaire de philosophie, qui lui fut refusée. Blessé dans son orgueil, il s'évada du couvent et se rendit à Rome, afin de solliciter sa sécularisation. On le somma de retourner dans sa province, ce qu'il fit, mais sous un faux nom, et vêtu du costume séculier. La crainle de la pénitence le poussa chez les Cordeliers; puis, redoutant que ceux-ci ne le livrassent aux Capucins, il jeta le froc aux orties et professa ouvertement la religion réformée à Montbéliard, où il obtint un emploi de précepteur. Il se rendit ensuite à Baie, puis à Genève. Là, il fit imprimer, en 1618, sa propre apologie : Déclaration des causes de la conversion de Constance Giiénar. Le livre fut brûlé en place publique devant six mille témoins. Deux ans plus tard, Gratien de Montfort (18), provincial des Capucins, publia sous ce titre à la Garasse une réfutation de l'apologie : F^a Tarentule du Guenon de Genève, ci-devant nommé Léandre, et à présent Constant Guénar, hérétique, etc., contenant une entière réponse auœ causes impertinentes de sa conversion au calvinisme.

(18) Il était né à Monlfort, en Franchc-Comtc. et mourut à Salins' en lOfio. On a encore de lui Axtomatd philosophicn... Anvers, i6?.G, iD-8; A.xiomnta fheolor/ia..., in-8, ms. Bibl. de Besançon. La réfutation de Guénar parut sous le nom de Denix de Formont, anagramme de Montfort, S« Mihiel, 1620, in-8.

XXVIII l'espadon satyrioue

C'était, comme on le roit, une affaire locale qui prit quelque importance, et par quoi l'on remarquera qued'Esternod trouvait surtout l'inspiralion dans son milieu provincial. U Espadon lui-même contient nombre de pièces qui révèlent un auteur peu familier avec la vie que Ton veut à toutes forces lui faire mener à la Pomme de Pin, en compag-nie des salyriques notoires. Ces pièces sont rAnii-Mariage d^un cousin et dhine cousine de Paris, où le poète s' indigne trop facilement d'un fait que l'on ne réprouve ailleurs que dans les campagnes; le Mespjns d'une jeune fille de Languedoc, la Satire AY//d'un Advocat ignorant, qui rappelle les querelles et les animosités de petite ville, et enfin La Ouincaillère qui n'estoit ny riche nij noble.

Pour peu qu'un poète soit gaulois, la plupart des critiques le tirent du mauvais lieu pour le jeter à la Pomme de Pin, où ils lui entonnent à boire et le laissent ivre-mort. Ils ont mis là toute une compagnie, dont plusieurs ne se sont jamais vus de leur vivant ou ne pouvaient se supporter, comme Sigogne et Motin. Enfin, ces amis du pittoresque facile, discernent des écoles imaginaires dans un milieu créé par eux de toutes pièces; ils entendent même des conversations et notent des confidences dont ils tirent les conclusions les plus pauvres. De sagaces critiques s'y laissent prendre et la légende devient difficile à détruire. Ainsi M. Léon Levrault, qui a trop entendu parler d'ivrognes et de débauchés, ne veut-il voir en d'Esternod qu'un « malandrin de la Littérature, un gaudissart de la Satire... »

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