‹ L'espadon satyrique. Première éd. critique, d'après l'éd. originale de 1619, avec une pref. une bibliographie, un glossaire, des variantes et des notesChapitre 11 sur 54 · PREFACE XXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXIX

Il ne faisait, cependant, que suivre l'exemple de ses aînés, Régnier, Sig-og-ne, Motin et Berthelot. Ceux-ci se croyaient eux-mêmes dans la véritable tradition de la Satire française, que Ronsard, avec le Livret de Folastries (19), renouvela des anciens recueils et des gaillardises de Clément Marot. Le Discours préliminaire aux Œuvres Complètes de Sigogne (20) expose la conception que l'on se faisait alors de la Satire, selon l'étymologie communément acceptée. Satijra, au lieu de Satura, « parce que, dit Vauquelin de la Fresnaye, les vers alloient et sautoient d'un vice à l'autre suivant la coutume des Satyres ». Sans revenir sur cette dissertation, il convient d'ajouter que de là vint la croyance qu'un satirique ne pouvait se dispenser de mêler la licence à la censure, et que son style dût être bas et commun ; l'on pensait encore que la licence ou la fantaisie, à elles seules, relevaient naturellement de la Satire. Régnier, qui s'éleva plus haut dans le genre, trouvait encore trop de discrétion dans Horace. C'est pourtant l'auteur de Macelie qui s'est le j)lus approché du véritable style satirique, lequel n'est pas destiné au chaste lecteur.

Ce que Boileau écrivait de Régnier, tout en lui rendant un éclatant hommage, La Bruyère le [)ensait aussi de Rabelais, qu'il renvoyait à la canaille, à

(19) Voir la préface de cette éd., par Fernand Fleuret et Louis Perceau. L'Edition, Paris, 4> rue de Furstenberg', 1920.

(20) Gliez le int-rue éditeur, Paris, 1920. On trouvera dans celte préface un tableau de la Satire à l'époque de Kegriier, qui disiJCuse de le reproduire dans cette étude.

XXX l'espadon satyrique

cause de certains passag-es — procès de g^rammaire, dit Pierre Bayle, qu'on peut faire à un auteur qui n'a point suivi la politesse la plus raffinée du style, et à quoi les mœurs n'ont point de part (21). Mais, en vérité, ce n'est pas qu'un procès de grammaire, c'est celui d'un genre littéraire qui, comme tous les genres, eut son style propre. Sitôt qu'il en fut privé au nom des convenances, il devint l'Épitre ou le Discours moral, et, peu après, s'éteignit de la maladie du sommeil avec l'académisme.

Claude d'Esternod a pourtant trouvé d'ardents défenseurs en Pierre Louys et Remy de Gourmont. Le premier l'a qualifié de « maître en l'art lyrique » ; le second lui a consacré une petite étude dans ses Promenades littéraires. C'est, dit-il, un « poète d'une singulière virilité et d'une souplesse rare..., un autre Régnier, moins soutenu sans doute, mais moins monotone, parfois aussi solide et doué d'un certain lyrisme grimaçant. Plus que chez Mathurin Régnier, la rime est chez d'Esternod inattendue; elle vient de loin souvent, ce qui fait les belles rimes. Sa langue est plus osée, plus pittoresque, pleine de mots parlants, d'amusantes images... Si d'Esternod avait voulu brider sa c phantaisie » et s'appliquer au langage à la mode, il eût, tout comme les autres poètes de son temps, estimés des professeurs de littérature, ordonné de placides odes amoureuses... »

La louange de Remy de Gourmont est excessive et disproportionnée, autant que son jugement sur

(21) Sur les obscénités, Gay, 1879.

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