‹ L'espadon satyrique. Première éd. critique, d'après l'éd. originale de 1619, avec une pref. une bibliographie, un glossaire, des variantes et des notesChapitre 12 sur 54 · PREFACE XXXI · texte numérisé non relu

PREFACE XXXI

Régnier est imprévu; car Reg-nier n'est pas monotone : il pèche justement par excès de diversité. S'inspirant des satiriques latins et de l'axiome de Varron — .satura sive miœtura, — il croyait que la Satire dût être comme une prairie,

Qui n'est belle sinon qu'en sa bizarrerie.

Si la rime de d'Esternod est plus inattendue que celle de Reg-nier, laquelle, d'ailleurs, convient à son style nonchalant, c'est que l'auteur de VEspadon imitait directement Sigogne. Ce dernier imitait lui-môme les CapîtoU du Berni et de Sansovino, où les effets les plus plaisants sont obtenus par le disparate et les rapprochements forcés.

Reg-nier, s'il n'est pas le maître de Sigog-ne et de Molin, plus âgés que lui, n'eut de son vivant qu'un disciple, Claude d'Esternod. Mais c'est un disciple inconstant. Les Satyres I, IV, VIII et XV se ressentent de l'influence de Rcirnier, surtout la dernière, qui est une sorte de contrefaçon de Macette. Ce sont néanmoins les plus personnelles à côté des autres, où l'application à se rapprocher de Sigrogne est trop visible et ne donne que des résultats inférieurs aux premiers.

La personnalité de d'Esternod est tout de môme assez forte dans V Ambition de certains courtisans nouveau.T venus et dans ses pièces en mètre héroïque. Elle est faite d'une fantaisie cavalière, peu soucieuse de relier entre elles les idées ou les images; elle est surtout faite d'un verbalisme incorrect, mais extra-

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ordinaire, qui se grise de lui-même ou laisse aller les mots en liberté; d'un pittoresque colore, et d'une éloquence cahotique, qui atteint parfois à la grandeur. En voici quelques exemples, qu'il serait trop facile de multiplier :

Bragardants en courtaut de cinq cents richetales,

Gring-otans leur satin comme asnes leurs cimbales,

Piolez, riolez, fraisez, satinisez,

Veloutez, damassez, et armoisinisez,

Relevant la moustache à coup de mousquetade.

Vont menaçant le ciel d'une prompte escalade.

Ils blasphèment plus gros dans une hostellerie Que le tonnerre affreux de quelque artillerie : « Ghardious, morbious, de pocab-de-bious !

A vray dire, ces fats sont quelquefois issus D'un esperon, d'un lard, d'un ventre de merlus, D'un clistere à bouchon, d'un soulier sans semelle, D'une chausse à trois plis, d'un cheval, d'une selle, D'un fripier, d'un grateur de papier mal escril, D'un moine défroqué, d'un juif, d'un Antéchrist, D'un procureur crotté, d'un pescheur d'escrevice, D'un sergent, d'un bourreau, d'un marouffle, d'un suisse.

Moy qui coupe dans l'air dix mille caprioles, Moy qui rafle d'un coup tousjours mille pistoles, Moy qui n'ai jamais veu ny double ny liard, Moy qui suis Rhodomont comme Gastel Bayard, Moy qui passe en sçavoir les diables et les hommes,

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