LVVMBITION DE CERTAINS COURTISANS NOUVEAUX VENUS
Saiijre / (i)
De tant de Cavaliers qui vont avec des bottes, A faute de souliers, et n'ont faute de crottes, (2)
(i) U Espadon, hy on, 1619 et éditions successives. — Reproduite en 1620 dans les Délices Sutyriques, et séparément, en 1622, sous ce titre : Le tableau des ainbitien.T de la Cour, nouvellement tracé du pinceau de la Vérité, par maistre Guillaume, à son retour de l'autre monde. Les quatre premiers vers et les quatre derniers manquent dans cette édition séparée. La Satire XlVde Régnier parut aussi sous le nom de M' Guillaume, avec ce titre : Satire de mattre Guillaume contre ceux qui déclamoient contre le gouvernement. Au sujet de M« Guillaume, Fou de cour, sous le nom duquel paraissaient des pasquins et des pamphlets, qu'il débitait lui-même sur le Pont-Neuf, voir notre éd. des Satyres de Signgne, et le travail de M. Jules Mathorez dans le tome II de la Revue des Livres Anciens (1914)- D'après un passag-c de la « Troisième Journée » des Caquets de l'accouc/iée (1622), un libraire réformé de la rue Saint-Jacques aurait publié cette satyre sous le titre de Discours du Courtisan à la mode : « J'ai veu aussi, dit la femme du Conseiller, un discours du Courtisan à la mode, imprimé il n'y a pas long-temps, lequel n'estoit autre chose qu'un extrait ou transcrit de l'Espadon salyrique mot pour mot, ce qui ne se devroit tolérer : car c'est tromper et abuser le monde... » Cette édition, qu'aucun bibliographe n'a encore rencontrée, ne doit pas être celle du Tableau des ambitieux de la cour, attendu que l'auteur des Caquets dit qu'elle est transcrite mot pour mot. Ed. Fouruier-, dans ses Variétés ITisl. et Litter. t. IV, p. 33, a reproduit assez iue.\actemeat le Tableau des ambitieu.v de la cour.
Uu vers 5 au vers i4, cette satire rajqielle les vers 217 à 328 de la Salure VI de Rcsrnier, eux-mêmes imités du Mauro. Elle peut passer pour une transposition burlesque de la Sat. Mil de Juvénal : Nobilcs. Mais il est certain que son auteur s'est surtout inspiré de divers passages de Régnier.
(2) Correction. Tous les textes portent :
A faute de souliers et non faute de crottes,
La Satyre de Jean Le l^lanc que nous avons découverte dans ses
L ESPADON SATYRiyUE
De tant qui vont à pied à faute de chevaux (Cavaliers, postillons, n'ont faute d'animaux) : (3)
œuvres {La Neotoinachie Poétique du Blanc, Paris, iGio), mais qui fut reproduite auonynie dans les i'a^yre^ Bastarder,, i6i5, puis ajoutée à la suite des œuvres de Reirnier, 1616, et qui fut enfin mise au nombre de celles-ci par les Elzcviers : la Satyre, de Jean Le Blanc (J'estois sur le l'ont Neuf) contient deux vers dont d'Estcrnod s'est directement inspiré :
Soit durant le beau temps, soit durant que les crottes, Ont leur siège à Paris, il marche avec des bottes. Cette pièce de Jean Le Blanc, toujours amputée de ses premiers vers, est une imitation de la VllI" Sat. de Keg-nier, dite de l'Importun.
Du Lorens, le meilleur élève de Rcernicr, qui convient des emprunts qu'il a faits à son maître et des tournures bouffonnes qu'il a prises à Berlhelot, a imité par deux fois ce passag-e de d'Esternod, cf. Les Satyres, i633, Sat. IL
Tel y scroil cncor, n'cstolt que tant de crottes L'obligeoient en tout temps d'aller avec des bottes.
Satyres de Dulorens, 1646, Sat. IX :
Tel y seroit encor, n'cstolt que tant de crottes
L'obligcoienl au mois d'Aoust à demander ses bottes,
Et, faute de cheval, à piquer le pavé,
Pource qu'il n'éloii pas un peu si relevé
Que ce jeune frisé monté comme un saint Georg'e,
Tout rayé de clinquatis et qui d'aise regorge.
(3) Corrections. Tous les textes portent :
Cavaliers, postillons, non faute d'animaux.
Nous avons mis une parenthèse. L'auteur veut ici parler des vrais cavaliers et postillons, et non de ces faux g-entilsliommes qui n'ont môme point de monture.
La Satire de d'Esternod a été imitée dans un Chant Royal de la Muse Normande (réimpr. de 1891, Soc. Roucnn. de Biblioph. t. I. p. 149)- Le collecteur de la Mnze Normande était David Ferrand, poète lui-même, et éditeur du Satirique Jean Auvray. Voici l'arg'ument et une strophe de ce Chant Royal.
L'autlieur descrll les Vilains boit':: à faute de souliers.
Satlrtcum de liotlbus
Contre un nombre de fripponniers.
Qui se botent in crottbus
Pendant qu'on refait leurs souliers.
Qui ne riroit d'un subject si comique De voir des fous trancher des estaliers. Battre du pied une couche héroïque ?
Tels qui n'ont pas une vieille bourrique, Marchent bottez par faute de souliers. Faut-il aller pour cbouse d'importance
DE CLAUDE d'eSTERNOD 5
Les plus sots sont ceux-là qui se vantent sans cesse De leurs extractions, sans argent, ny noblesse; Oui présument, boufîs de magnanimité, (4) Faire jambes de bois à la necessit'' ; Pauvres et glorieux, veulent pousser fortune A conlre-fil du ciel, qui leur porte rancune; Font la morgue au destin, et, chetifs obstinez. Fourrent jusqu'au retraicl leurs satyriques nez.
Ils font les Rodhomonts, les Rogers, les bravaches; Ils arboriseront quatre ou cinq cents pennaches (5)
Au Pontautoii, à Caën ou à Constance,
Quelque Bouillais esl un coclie pour eux,
Diguant après la mazelle en paiçnotles,
C'est ce qui fait remarquer si nombreux
Un las de gueux ennoblis par les bottes. On consultera le pasquin en prose antérieur à VEspadon : La grande propriété des bottes sans cheval en fout temps, nouvellement descouverte, avec leurs appartenances, dans le grand magasin d"s esprits curieujc. Paris, 1616 (reprod. dans les Variétés Hist. et Littér. d'Ed. Fournier, t. VI, ^tg). Le X' Livre de Francion contieDl aussi un discours satirique à la louanfre des bottes, dont quelques passag-cs rappellent d'Esternod (Cf. éd. Emile Colombey, Delahays, i858, p. 422).
(4) Expression reprise par l'auteur des E:rercices de ce Temps, Antrot de l'Esperonnière, ce qui prouve, une fois de plus, que la i" édition de ce recueil est postérieure à 1919. Cf. Satyre IX, Z,e Débauché : v. 29 :
Bouffi d'ambition, d'amour, de frénésie, Cf. du m^me, Le Poëie :
Bouffis d'ambition ! cela n'cstonne point Les sages
(5) Cf. Rcg-nier. Sat. VIII, v. 9-10 :
Quand un jeune frisé, relevé de moustache, De galoche, de botte et d'un ample pennache.
Boileau a repris ces vers de Hei,''nier dans sa HI» Sat. : Quand un des campagnards, relevant sa moustache, Et son feutre à grands poils, ombragé d'un panache.
Imité par .Ican Auvray. dans ses Chevaliers sans Reproche (s. d. vers 1G22, et le Banquet des Muses, 1O23) :
Que ces grands avalleurs de charrettes ferrées Qui passent tout le monde au til de leurs espées,
6 l'espadon SATYKIOUE
Au leste sorcillcux d'un chappcau de cocu,
Et n'ont pas dans la poche un demy quart d'escu.
« Monsieur, vous plairoit-il me payer? » Il réplique :
« Je n'ay point de inonnoye », au courtaud de boutique;
Puis, pompeux, se bradant avecques majesté.
Dira à son valet : « Suis-je-pas bien botté?
Fraisé comme Medor? N'ay-je pas bonne grâce? »
— « Sçay-mon, dit le laquay, mais garde la besace !
De gripper la fortune assez vous essayez; (6)
Mais tandis les marchands veulent estre |)ayez.
Et n'y a dans Paris tel courtaud de boutique
Oui, vous voyant passer, ne vous fasse la nique.
Et ne désire bien ([ue tous les courtisans
Fussent aussi taillez conune les païsans.
Ces fendeurs de nazcaux, que l'on voit aujoiird'iiuy
Vençer à prix d'arpont Jes passions d'aulriiy,
Qui n'ont de leur estoc que l'cspée et la cappe,
Gens de feu et de corde, aillent chez le Satrape
Les fendre jus(ju'aux dents, et que leurs pensions
Soient prises désormais sur les prétentions
Du grand Souldan de Perse, ou qu'ils aillent, bravaches,
Sur les murs du grand Cayre arborer leurs pennaches. Voir aussi, du même, dans L'Escuellc (Banquet des Muses), ce passag-e, d'ailleurs imité de divers auteurs :
Qui sçait bien dompter sa rotonde.
Négliger un peu ses rebras,
Bransler le corps, faire un cinq pas,
Trousser les crocs de sa moustache,
Leurrer l'oyseau, porter pennache,
Mordre en riant, pezer ses mots,
Kt dire chouze à tout propos :
Il est en France un g-rand maistre. (Sic. Vers faux) Imité, de même, par Du Lorens, Satyres, i646, Saf. XVII :
Pour faire les vaillans ils ont de grands pannaclies; Imité aussi par Ang-ot l'Esperonriière, Exerc. de ce temps, Sut. X
Un jeune cavalier, relevé de pennache,
La botte blanche en jambe et la gaule à la main. Et, enfin, par Du Lorens, i646. Sut. XVII :
Pour faire les vaillans ils ont de grands pennaches; (6) Var. (Lyon, 1626) :
De gripper la fortune assez vous l'essayez.
DE CLAUDE d'eSTERNOD 7
Oui, taillables des grands, n'ont point d'autres querelles Que tailles et qu'imposts, que gets (7) et que g-abelies. L'on ne fait rien pour rien, et, pour l'odeur du gain, Le manœuvre subtil prend l'outil en la main. Mais vous, guespes de Cour, g-loutonnes sans pareilles. Vous mangez le travail et le miel des abeilles, (8) Et ne ruchez jamais, ny d'esté ni d'hiver.
Quand ils sont attachez à leurs pièces de fer.
Et qu'ils ont au costé (comme un Pédant sa verge)
Joyeuse, durandal, haute-claire, et flamberge,
Ils présument qu'ils sont tombez de Paradis,
Ils prisent les ducats pour les maravedis. (9)
Les simulacres vains des faux Dieux de la Chine
Ne s'oseroyent frotter contre leur élamine,
Et Maugis le sorcier, prince des Sarrazins,
Ny le fameux Nembroth, n'est pas de leurs cousins;
Bragardants en courtaut de cinq cents richetales,
Gringottans leur satin comme asnes leurs cimbales,
Piolez, riolez, fraisez, satinisez,
Veloutez, damassez, et armoisinisez.
(7) Lire : guets, c'est-à-dire robligalion de monter la garde.
(8) Imité par Sonnet de Courval, dans s& Satyre Quatriesme, Contre les Officiers de Judicature :
Ou, comme ces freslous et guespes bourdonnaates, Vous laschez d'eflleurer le suc plus savoureux. La cire et le miel des plaideurs mal-lieureu.\.
Jean Auvray a, lui aussi, imité ce passage dans les C/ievaliers sans reproc/ie :
Au reste, ces frellons consomment en délices Le journalier labeur des abeilles nourrices.
(fj) Var. (Le Tableau des Ambitieux) :
Us pissent les ducats pour les maravedis.
8 l'espadon satyrtque
Relevant la moustache à coup de mousquelade, (lo) Vont menaçant le ciel d'une prompte escalade, Et de bouleverser, cracque ! dans un moment, Arctos, et Autarclos, et tout le firmament.
La maison de Cecrops, d'Atrée, de Tantale, Champig-nons d'une nuict(ii), leur noblesse n'ég-ale ;
(lo) Jean Auvray s'est encore souvenu de ce passag-e, dans ses Chevaliers sans Reproche :
et tandis des g'avnchcs
Qui n'ont jamais appris qu'à trousser leurs moustaches, A dompter leur rotonde, à cajoler en cour, A godronner leur fraize et à faire l'Amour...
Du même. Le Magnanime :
Mais un sol à vingt-cinq carrats, Pourveu qu'il jure à tour de bras, Qu'il sçache dompter sa Rotonde, Qu'ils soit gautfré tous les matins. Et qu'en moustaches il abonde, II fera la nique aux Destins.
La g-aillardise de ce vers et le pittoresque du pennache ci-devant ont beaucoup frappé Angot l'Espcronnière. Cf. LeGenlilhonune, pass.: Tournent les yeux, relevant leurs moustaches.
Branler le corps et tresser sa moustache. Leurrer l'oiseau et porter grand pennache,
Voir aussi le Poète, du même :
Fanfarons de couchette emplumez de pennaches. Qui, faute d'entretien, relèvent leurs moustaches;
(il) Cf. Regrnier, Sut. //, v. 218 :
Naissent en une nuict, comme les champignons. Auvray a directement emprunté cette expression à d'Esternod (Chev. sans Reproche) :
Champignons d'une nuict, charlatans, gens d'affaire, Il l'emploie encore dans les Peines Infernales :
Vous, Docteurs à la haste. Apostats malheureux,
Champignons engendrez en une nuict ou deux,
Et dans le Magnanime :
-Mais, pour flestrir ces Champignons li ne faut qu'une matinée.
Enfin, dans VEscuelle :
Souvent, ces Cornettes de Cour, Ces petits Champignons d'un jour
Ils sont, en ligne oblique, issus de rarc-en-ciel (12). Leur bouche est l'alambic par où coule le miel; Leurs discours nectarez sont sacrosaincts oracles, Et, demi-Dieux çà bas, ne font que des miracles. Mais un lion plustost me sorliroit du eu (i3) Que de leur vaine bourse un misérable escu !
Ils blasphèment plus gros, dans une hostellerie, Que le tonnerre affreux de quelque artillerie : « Chardious ! morbious! de pocab-de-bious! Est-ce là appresté honnestement pour nous? Torchez ceste vaisselle, ostez ce sale linge : Il ne vaut seulement pour attifer un singe! Fi, ce pain de Gonés 1 apportez du mollet. Grillez cet aucosté (i4) ; sus, à boire, valet! Donne-moy ce chapon au valet de l'estable. Car c'est un durandal, il est plus dur qu'un diable!
Dans l'Espadon Sa(. de 1622, Hesançon l'emprunte lui aussi à d'Esternod. Cf. Sa/yres des Temps à Théophile :
Champignons avortés des humeurs d'une nuict, Cette expression fit fortune auprès de la plupart des satiriques. On la retrouve dans le Gu'UJC Ra/raischi, de Garaby de la Luzerne (Essais poétiques, Paris, 1G42; Sat. inédites, Rouen, 1888) : Vois-tu ce champignon, ce germe d'une nuict, (12) Cf. Régnier, Sat. X, v. 18 :
Se va préconisant cousin de Larcanciel Cette expression a été imitée à deux reprises par Du Lorens, entre autres, dans ses recueils de 1624, Sut. V, L. II, et de 1646, Sat. XlII.
(i3) Le D' Clirisostome Matanasius, pseudonyme qui cachait Thémiseul de Saint Hyacinthe, aurait pu faire un plaisant rapprochement entre ce vers et les vers i2a-i23 de la Sat. II de Juvénal, dont c'est peut-être la parodie...
(i4) Lire haut-costé. Cf. Glossaire. C'est d'ailleurs le texte des A mbitieux de la Cour,
C'est quelque crocodil ! Tau, tau! pille, lévrier! (i5) Que ce cocq-d'Inde est flac! Va dire au cuisinier S'il se dupe de nous, s'il sçait point qui nous sommes, Et luy dis si l'on traitte ainsi les gentils-hommes ! »
L'hoste qui ne cog"noit qu'énigme au taffetas : « Gentil-homme? Monsieur, je ne le sçavois pas; Et quand vous seriez tel, c'est assez bonne chère ! Monsieur, que Dieu pardoin à feu vostre grand père ;
11 estoit bon marchand : j'achetay du tabit Du pauvre sire Jean pour me faire un habit. Il m'invita chez luy à curer la mâchoire; Mais, là, le cuisinier n'empeschoit sa lardoire, N'ayant d'alebrotté (i6) que trois pieds de mouton. Et, au sortir de \h, payer demy teston.
L'on n'y regarde plus, soit sot ou gentil-homme,
Massette de Régnier, on prend garde à la somme : (17)
Car selon que l'on frippe on paye le gibier.
Le noble tout autant que le plus roturier.
Quand c'est semblable laine, autant verd comme jaune.
Ainsi, bien maniuit vosire grand |)ere l'aune. »
A vray dire, ces fats sont quelquesfois issus D'un esperon, d'un lard, d'un ventre de merlus,
(i5) Var. (Lyon, 1G2G) :
C'est quelque crocodil ! Tau! pille, lévrier! Leurier, au xvi», était dissyllabe.
(16) CorrectioQ. Les textes donnent : d'allebotter. Var. (Ambitieux de la Cour) :
N'ayant albotté que trois pieds de moutons,
(17) Cf. Rtgaitr Macttte, Sat. XIII, v. 2i3 :
Laissez la mine à part; prenez g'arde à la somme, lUche vilain vaut mieux que pauvre gentil-homme :
DE CLAUDE d'eSTERNOD 1 I
D'un clistere à bouchon, d'un soulier sans semelle,
D'une chausse à trois plis, d'un cheval, d'une selle.
D'un fripier, d'un g-rateur de papier mal escrit.
D'un moine défroqué, d'un Juif, d'un Antéchrist,
D'un procureur crotté^ d'un pescheur d'écrevice,
D'un Sergent, d'un bourreau, d'un maroufle, d'un Suisse;
El cependant, ils font les beaux, les damerets.
Et nepourroyent fournir que deux harencssorels. (i8)
Mais lisez vos papiers, vos pancartes, vos tiltres,
Et vous vous trouverez tous issus de belistrcs.
Mille fois plus petits encor que des cirons.
Et plus nouveaux venus que jeunes potirons.
Qu'il vous faut humer frais, comme l'huitre en escaille,
Et que vostre maison n'est pas un anticaille.
Venons sur mémento^ nous sommes tous cinis,
Mais d'un raverlerh g-ardez d'estre punis.
Qui fait plus qu'il ne peut au monde de despenre.
Il a plus qu'il ne veut, quelquefois, d'indulg'ence, (19)
Pour amortir l'org-ueil de mille vanitez,
Considérons jadis quels nous avons estez,
Et, faisant à nature une amende honorable,
Dis, superbe : « J'estois vilain, au préalable
Que d'estre g-entil-homme; et, puisque, de vilain,
Je me suis anobli du jour au lendemaiji,
(18) Vor. [Dél.Sat., 1620):
Et ne pourroieot fournir pour deux harencs sorets.
(19) Var. (Ambiiieux de la Cour) :
U u'a plus qu'il ne veut au monde d'indul^enco.
Du jour au lendemain je peus chang-er de liltre, Et de petit seigneur devenir grand belitre, Et en siècle d'airain chang-er le siècle d'or, Et devenir soudain de consiile Rellior. »
J'ay veu des pins fort hauts élever leurs perruques
Par sus le front d'Iris, et, tout d'un coup caduques,
Arrang-ez sur la terre, et ne servir qu'au deuil
D'un cadaver puant, pour faire son cercueil.
J'ay veu de Pharaon les pompeux exercites,
Et contre Josué les fiers Amalechites,
Gipper, tripcr, friper; et, aprcs un combat.
Je passe de rechef, et ecce non eral. (20)
Sur la flotante mer je voyois un navire
Qui menaçoit la terre et les cieux de son ire;
Mais, tout soudain, rompant le cordage et le mast.
Je cherche mon navire, et ecce non erai.
J'ay veu ce que j'ay veu, une rase campagne
Enceinte devenue, ainsi qu'une montagne.
Qui, pour mille géants, n'enfanta qu'un seul rat;
Où est-il? Je reg^arde, et ecce non erat.
Bref, que n'ay-je pas veu, que ne contemplc-je ores?
Et, avant que mourir, que ne verray-je encores?
Le monde est un théâtre où sont représentez
Mille diversitez de foux et d'éventez. (21)
(20) Cf. Psaume XXXVI: « Vidi impiurn superexaltatum, et elevatum sicut cedros Libani; et transivi, et ecce non erat. » On se souvient de la sublime traduction de Racine, au III* Acte û'Eslher :
Je u'ai fait que passer, il n'ctoit di^jà plus.
(21) Horace : tota vita fabula est.
DE CLAUDE d'eSTERNOD i3
0 constance inconstante ! ô leg'cre fortune ! (22) Oui donne à l'un un œuf, et à l'autre une prune; Oui fais d'un Charpentier un brave Mareschal, (23) Et qui fais g-aloper les asncs à cheval ; Qui fais que les palais deviennent des tavernes; Qui, sans miracles, fais que vessis sont lanternes ; (24) Qui fais que d'un vieil gant les Dames de Paris Font des gaudemichis à faute de maris; Que le sceptre d'un Roy se faict d'un mercier l'aune; Que le blanc devient noir, et que le noir est jaune ; Qui change quelquesfois les bonn^ets d'Arlequins Aux couronnes des Roys, et les Roys en coquins, (26) Les marottes en sceptre, en tripes les andoûilles, Les chaperons en houpe, en glaives les quenouilles. Le rosti en boulli, une fille en garçon. Le Loutre en bon castor et la buse en faucon. (26)
Je suis, sans y penser, des Stoïques escoles; Je croy ce que disoient ces sçavans Picrocoles, Qui, sans hypotequer cinq cents pieds de mouton Où l'on n'en voit que quatre, arrestez au fatum, Disoyent de toute chose : « Ainsi plaist à fortune! »
(22) Var. iDél. Sat. 1620) :
O constance inconstance ! ô leg-^re fortune !
(23) Sans doute Concini, Marrchal d'Ancre, gendre d'un menuisier florentin.
(24) Correction. Dans tous les textes :
Qui sans mirades, fais que vessies sont lanternes;
(25) Var. (Tableau des Ambitieux) :
Aux Couronnes des {frands, et les grands en coquins,
(26) Texte des Délices Sai. 1G20. Dans la i" édition et le Tabl. des Ambit. :
Le coutre en bon castor, et la buse en faucon.
i4 l'ksi'adon satyrique
Que si quelqu'un çardoit les brebis à la lune, (27) Pendillant tout ainsi qu'un bordin vermoulu, Ils repliquoyent : « Ainsi fortune l'a voulu! » Si d'autres ils sentoyent, de qualité fort basse, Elever jusqu'au ciel leurs grands becs de bécasse, Ils disoyent, en voyant ce Crœsus dissolu : « Que voulez-vous? ainsi fortune l'a voulu ; Donnant, comme elle veut, à chacun sa chacune : Car tel ne cherche rien qui rencontre fortune. Et souvent, c'est à ceux qui ne la cherchent pas Qu'elle fait les doux yeux de ses doubles ducats. »
Ha! que si l'alchimie avoit, dans sa cabale.
Geste pierre trouvé, qu'on dit philosophale,
Les doctes porteroyent jusques au ciel leurs nez.
Et Chimistes, sans plus, se diroyent fortunez;
De fortune ici bas l'on ne parleroit mie :
Ceux-là seuls seroyent grands qui sçauroyent l'alchimie.
Vous ne verriez alors tant de doctes esprits, Bottez jusqu'au genoûil des crottes de Paris, Mal peignez, déchirez, le soulier en pantoufle. Les mules au talon, n'ayant rien que le souffle. Et, le foiiet en la main, pauvres prédestinez. Recouvrer au Landi deux carts d'escu rognez, Pour se traicter le corps le long d'une semaine, Domine, sans conter ny l'huile ny la peine, Les plumes, le papier, l'ancre de son cornet. Un sol pour degresser les cornes du bonnet,
(27) Cf. Oudin, Cariositez Françaises : « Garder les moutons à la lune^ id est, estre pendu. »
DE CLAUDK D ESTERNOD li)
Deux sols au savetier, qui son cuir rapetasse, Un double au Janiteur, pour balier la classe. Sans conter le barbier, tpii luy pend au menton Une barbe de bouc, d'Albert, et de Platon; Un pair de rudiments, un bon Jan Despautaire, Et mille autres fatras qui sont dans l'inventaire D'un pédant affamé comm' un asne baudet, Plus amplement à vous (jnœ glosa recliidet. (28)
Mais aujourd'huy, l'ont tient à mespris la science, (29) Et fortune ne rit, sinon à l'ig-norance. Un homme bien versé, ce n'est rien qu'un Pedan; Les asnes vont en housse, et tout est à l'encan. La vertu, sur un pied, fait sentinelle à l'erle;
(28) Var. (Lyon, 1G2G) :
Plus amplement à vous qua^ cluusa recludel.
(29) Cf. Régnier, Sat. IV, v. loi (imité de Du Bellay) :
Inutile science, Ingrate et mesprisce, Et surtout le vers 52 et suivants de la Sai. III nn /Ifurquis de Cœuvres, dont notre auteur a fait une amplification tout au long- de sa pièce :
Puis, que peut-il servir aux mortels icy-bas,
Marquis, d'eslrc sçavant, ou de ne l'eslre pas?
SI l'i science pniwre, njfreuse et mesprlsée
Sert au peuple de fable, aux pins çrands de risée?
Si 1rs g-ens de Latin, des sots sont dénisrcz ?
Et si l'on est Ijocleur sans prendre ses devrez?
Pourveu qu'on soit morganl, qu'on bride sa mousiaclic,
Qu'on frise ses cheveux, (pi'on porte un çrand pannaclie,
(Ju'on parle liarratroiiyn, cl qu'on suive k- vent :
Kn ce temps du jourd'nuy l'on n'est (pie trop S(;avanl.
Im siècle les mignons, (Ils de la poulie bl;inclic.
Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche;
En crédit eslevez ils disposent de tout,
Et ii'enlreprenncul rien qu'ils ne viennent à bout.
Mais quoy, me diras-tu, il t'en faut autant faire.
Qui ose, a peu souvent la fortune contraire.
Importune le Louvre, et de jour et de nuict ;
Perds pour l'assujettir cl la table, et le lict ;
Sois entrant, efTronté, et sans cesse importune :
En ce temps l'impudence csleve la fortune.
ï6 l'espadon satvkiqub
Madame de Faveur lient partout cour ouverte, (3o) Et dans les mag-istrats parents fourrent parents, Ainsi que l'on entasse en cacque les harents. Suivant comine poussins sous Taisle de leur mère. Tout va au g-rand galop, par compère et commère ; Le vieillard Phocion, et le docte Gaton, N'y ont pas du crédit pour un demy leston. Dans ces jeunes conseils la vieillesse ravasse; Quelque riche bedon, fol et jeune coiiillasse. S'il a, sans droit, sans loix, quantitez de ducats, Se fera préposer à dix mille Advocats, (3i) Qui auront dans l'esprit la science et l'escole De Jason, de Gujas, de Balde, et de Bartole. (32) L'univers, aujourd'huy^ est sans foy et sans loy ; La vertu de ce monde est quand l'on a dequoy ; (33)
(3o) Correction. Le texte porte : Madame de faveur... Var. (Le Tableau des Ambilleux) :
Madame la faveur licut par tout cour ouverte,
(3i) Var. (Le Tableau des Ambitieux) :
Se fera proposer à dix mille Advocats
(32) Cf. Régnier, Sat. IV, v. 48-5o :
Si j'eusse estudié,
Jeune, laborieux, sur un banc à l'escole,
Galien, Hipocrale, ou Jason, ou Bartole, Les vers suivants se ressentent de cette Satire de Régnier, ainsi que d'un passai^e de Macette, que nous signalons. On remarquera, en outre, que le dequoy se retrouve au vers iGo de la Macette, comme au vers i4A de la Sat. III au Marquis de Coeuores.
Jean Auvray, daas ses Chevaliers sans Reproche, s'est inspiré à la fois de Régnier, et d'Esternod :
Que l'on renverse donc les fameuses escolcs
Des Universitez : arrière les Bartolcs,
Les Baldes, les Jasons el les Justinians,
L'homme est fol d'employer le meilleur de ses ans
A fournir des cayers, et vivre en solilude
Sur les livres relants d'une poudreuse esludc,
Eté
(33) Imité par Du Lorens, Satyres, 1646, Sat. XVII :
Que pour eslre honnestc homme il faut avoir dequoy.
Le sçavoir est un fat, l'argent nous auctorise ; L'on ne peint la vertu avec la barbe grise : Son habit est de femme, et jeune est sa beauté. Pourquoy les femmes donc n'ont ceste dignité, Pluslost que ces friands hobereaux de la Beausse, (34) Oui de l'homme n'ont rien que le simple haut-de-chausse? Que si cela est vray, pensez-vous, Courtisans, Sans argent ny faveur parvenir de cent ans? Pensez-vous, sans argent, noblesse, ny doctrine. Obtenir des estats sur vostre bonne mine? Que, pour friser, porter belle barbe au menton, Un banquier vous voulust prester demy teston? (35) Vous estes de grands sots, si de ces ombres vaines Vous allez repaissant vos travaux et vos peines. Pour faire rien de rien, il faudroit estre Dieu ; Mais vous n'avez argent, ny sravoir, ny bon lieu. Tu viens, accompagné des neuf Muses d'Homère, (36)
(34) Texte des Dél. snl., i6;'-o. Dans la i" édition :
Plutost que ces friands obereaux de Beausse,
(35) Cf. Régnier, Macette, Sat. XIII, v. 229-232 :
Tous ces beaux sufflsans dont la cour est semée, Ne sont que triacleurs et vendeurs de fumée. Ils sont beaux, bien peignez, belle barbe au menton ; Mais quand il faut payer, au diantre le teston ;
(3G) Texte des Délices Sulyr. 1620. Dans la i" édition :
Tu viens, accompagné des neuf Muses, Homère, Repris et développé par Jean Auvray, dans les Chevaliers sans Reproche :
Ces hommes
De l'ingrate forlunc œilladcz de travers, Homeres, pour du pain composeront des vers, La pauvreté en croupe : et tandis des gavaches, Qui n'ont jamais apris qu'a trousser leurs moustaches, A dompter leur rolonde, à cajoler en cour, A godronner leur fraize et à faire l'Amour, Tiendront les premiers rançs, respondront les oracles, Et par tels jeunes saints se feront les miracles.
16 L ESI'AUON SATVKiyUE
Mais tu n'apportes rien : rien l'on ne te révère,
Tu n'es qu'un Triboulet, et quant et quant, pour lors,
Avecqnes tes neuf S(eiirs, tu sortiras dehors.
Dieu d'amour peut beaucoup, mais monnoye est plus forte.
L'arg-ent est tousjours bon, de quelque part qu'il sorte. (37)
N'espérez seulement un estât de Sergent,
Si, pour vous faire tel, vous n'avez de l'arg-ent;
Si Cartier chez le Roy vostre bon heur recouvre,
Sera au Chastclet plustost que dans le Louvre.
Alors vous ne vivrez, n'ayant pas le dequoy
De vous entretenir, sinon du pain du Roy :
Là, vous n'aurez besoin de chevaux, ny de guides.
Exempts de gets, d'imposts, de tailles et subsides. (38)
Tous ces esprits falots, boufîs comme bêlons.
Oui veulent estre Roys de simples Pantalons, (39)
Qui le fient de porc veulent nommer civette.
Et faire un brodequin d'une simple braycllc,
Imilé par Du Lorens, Satyres, 1C24, Sat. VIII (Liv. I) :
Mais Homère, à leur çoiist, n'est qu'un homme de paille,
D'Eslernod dé%'eloppc Ovide (.4m. FAeg. VIII) : Qui dabit, ille niag-no sil major Honiero.
(37) Var. {Le Tableau des AmbUieux) :
L'argent est toujours bon, de quelque lieu (ju'il parte. Cf. Reg-nier, Mncetie, Sat. XIII, v. 207-210 :
Il n'est que d'en avoir : le bien est toujouis bien.
Et ne vous doit chaloir ny de qui, ny combien,
Prenez à toutes mains, ma fille, et vous souvienne,
Que le gain a bon goust, de quelque endroit qu'il vienne, lîrosselte, qui cite d'Eslcrnod dans ses lîcmai-i/ues sur R.cg'iiier, fait remarqiier que c'est là un mot de Vespasiea ; il rappelle le vers de la Sat. XIV de Juvcnal :
... Lucri bonus est odor ex re
Qualibet...
(38) Var. {Le Tableau des Ambitieux) :
Exempts de guets, d'impost, de tailles et de subsides.
(39) Var. {Le Tableau des Ambitieux) :
Qui veulent estrc grands de .simples Pantalons,
DK CLAUDK D ESTERNOD IQ
Oui de l'esclat d'un pet veulent poser un cas, (4o)
Et d'un maravedis faire mille ducas;
Tous ces dresseurs d'espoirs, ces foux imaginaires.
Ces courtisans, parez comme reliquiaires.
Ces fraisez, ces Medors, ces petits Adonis, (4ij
Qui portent les rabats bien froncez, bien unis,
Ces fils g-auderonnez d'un patar la douzaine, (^2)
Voycnt presque tousjours leur espérance vaine.
Que celle qu'enfanter se promet un Géant (43)
Ne produira sinon du fumier tout puant,
Lequel, pour tout g-uerdon, donnera la repeuë
A quelque nez camard, qui ja en esternuë.
Avecques leurs espoirs les courtisans sont foux;
Que bienheureux sont ceux lesquels plantent des choux!
Car ils ont l'un des pieds, ditRabelay, en terre.
Et l'autre, en mesme temps, neTesloig-nedeg-uiere. (44)
Il n'est que le planclier des vaches et des bœufs;
J'ayme-mieux qu'un harenc une douzaine d'œufs.
(4o) Var. {Le Tableau des Ambitieux) :
Qui de l'csclal d'un pet veulent peser un cas, (4i) Texte des Dél. Satyr. 1620. Dans L'Espadon :
Ces Haisez, ces Medors, ces petits Adonis, Cf. le 8" Sonnet d'Estat, dans notre éd. de la liouqiUnnde et autres Gaillardises de P. de Ronsard, Paris, l'Edition, 1921. Ce sonnet de Pasquier fut enregistré par l'Estoille en 1577 :
Ils yront, non feront, ces Courtisans gorriers.
Ces fraizés, ces frizés, ces abbateurs de filles.
Ces musqués, ces mas(iués, nouveaux inigaous de villes,
(42) Var. (Le Tableau des Ambitieux) :
Ces fils gauderounez d'uu Fater la douzaine, (Lyon, 162C) :
Ces fils gauderonnez d'uu patat la douzaine, (43). Var. (Tableau des Ambitieux) :
Que celle qu'enfantant se promit un géant (44) Var. {Tableau des Ambitieux) :
Et l'autre en mesme temps ne s'éloigne de guierc
Et je m'aimerois-mieux passer de molu' fresche (45)
Que d'hazarder mon corps à praciiquer la peschév
Ostez-moy cest espoir, car je n'espère rien
Que d'eslre un pauvre Job, sans secours, el sans bien ;
Que fortune tousjours, qui de travers ni'ag-uetle.
Ne me voudra jamais baiser à la pincette ;
Et je mourray plutost sur un fumier mauvais
Que dans une cuisine, ou dans quelque palais.
Vous direz que je suis un baudet et un asne, (4^>)
D'attaquer de brocards la secte courtisane,
Veu mesme que je vais, il y a plus d'un an.
Botté, esperonné, ainsi qu'un courtisan;
Que c'est estre ig-norant, avoir i'ame peu caute,
Que reprendre l'autruy et ne voir pas sa fautes
Car de la sapience et le don et l'arresl,
C'est connoistre son cœur, et sçavoir qui l'on est. (47)
Il faut avant l'autruy soy-mesme se cog-noistre.
Et, comme Lamia, nous ne devons pas estre (48)
Des taupes dans chez nous et des linx chez l'autruy, (49)
(45) Correction. Les textes portent :... de moTtiëffesohe.
(46) Var. {Tableau des Ambitieux, 1622) :
Vous diriez que je sais un baiidel et un asne,
(4?) Var. {Tableau des Ambitieux, 1626) :
C'est cogaoistre son cœur, et sçavoir que l'on est.
(48) Var. {Tableau des Ambitieux, 162e) :
Et comme Lauria, nous ne devons pas estre,
(49) Var. {Dél. Sat., 1620) :
Des taupes dans chez nous et des linx chez au'lrhy, {Tableau des Ambitieux, 1622) :
Des laujjes dans chez nous et des lienx chez l'autruy, Par Lamia, il faut entendre Lnmie, spectre qifc l'antiquité représentait avec un visag-e de femme et gai se cachait dans les buissons pour dévorer les passants. Cette fable paraît avoir été formée sur celle de Lamia, reine qui fut transformée en lynx à cause de son
De peur qu'au charlalan qui ouvre son estuy Pour panser l'empesté, el luy-mesme a la. peste, (5o) L'on ne dise : « Monsieur, vous n'estes qu'une beste. Avant que de donner aux autres guerison, Monsieur le charlatan, medica te ipsuni t »
Il est vray, par ma Toy ! j'ay suivi ceste vie, Mais en après, messieurs, je n'en ay plus d'envie ; J'ay franchi ce fossé, et, en sortant du lieu. Je n'ay pas oublié mesme à leur dire adieu, Gomme fît à Marot le valet de Gascogne (5i).
caractère féroce et qui massacrait les enfants. Quand elle était ivre elle permettait de faire tout ce que l'on voulait, sans craindre de sa part aucun retour sur ce qui s'était passé durant son ivresse. Aussi mettait-elle avant de boire ses yeux dans un sac.
La Fontaine semble s'être inspiré du vers de d'Eslernod, Fables, Liv. I, f. 7, La Besace :
Lynx avec nos pareils, el taupes envers nous.
Cependant, ou cite un apologue de Gratianus à Sanclo Elia, intitulé Conspicilla,<( Les Lunettes», qui était peut-être connu du Fabuliste : Docere volait (philosophus) homines, in observandis aciibus proximi, oculos habere lyncœos, esse aquilas et aryos ; ad suas vero actiones esse talpas. »
D'Eslernod s'est plus certainement inspiré de ce passag'c de Rabelais, Liv. III, cbapitre xxv : « Il ne srait le premier Iraicl de pbilosophie, qui est Congnoy-toy. Et se g'iorifiaut veoir un feslu en l'oeil d'aullruy, ne veoit une grosse souclie laquelle luy pocbe les deux yeux... C'est une autre lamie, laquelle en maisons eslraiiçes, en publicq, entre le commun peuple, voyant plus penetrammcnt que unjj Lynce, en sa maison propre cstoit plus aveug'le que une Taulpe : chez soy rien ne voyoit )>.
(5o) Correction. Dans la i" édition :
Pour penser l'empester, el luy-mesme a la peste, Var. (Dél. Sat., 1620) :
Pour penser l'empeslé, el luy-mesme a la peste, [Le Tableau des Ambitieux) :
Pour penser l'erapescher, et luy-mesme a la perte, (ôi) Cf. L'Epitre de .Marot au Ilny pour avoir esté dérobé :
Finablemenl, de ma chambre il s'en va
Droict à l'eslable, où deux chevaulx trouva;
Mais vous quittez la cour el venez en Bourgong-ne
Sans adieu : autrement, vos créanciers mai ris,
Pour estre satisfaicts, vous rcndroyent à sainct l'ris. (52)
Laisse le pire, el sur le meilleur tiuinle, Pique et s'en va. Pour abréger le compte, Soyez certain qu'au partir du dict lieu N'oublia rien fors qu'à me dire adieu.
Imité par Aiig-ot l'Espcronnicre, Le De.shnuché : .le n'ay pas le loisir d'aller ouyr la messe. Mon congé m'est escrit, il faut quitter le lieu, Et, vallct de Marot, sortir sans dire adieu.
Egalemeot imité par Du Loreus, Satyres, i646. Sat. IX : Qui srait que de l'aris tel part, qui, de par Dieu, En valet de Marol, oublie à dire à Dieu.
(52) Les quatre derniers vers sont supprimes dans le Tableau des Ambitieux de la Cour, qui se termine par un adieu répété et à la lierne.
DE CLAUDE d'eSTERNOD 23