‹ L'espadon satyrique. Première éd. critique, d'après l'éd. originale de 1619, avec une pref. une bibliographie, un glossaire, des variantes et des notesChapitre 34 sur 54 · LE PARANYMPHE DE LA VIEILLE QUI FIT UN BON OFFICE · texte numérisé non relu

LE PARANYMPHE DE LA VIEILLE QUI FIT UN BON OFFICE

Satyre II {i)

Sur un vieil rebec plein de rouilles, Plus que la Royne des andoûilles, Niflesest, vieil et ancien, Je veux chanter la Rhétorique D'une vieille médaille antique, (2) La seule cause de mon bien.

Ne pense point, vieille Savate, Que ma Muse soit tant ingrate Qu'elle t'aye mise en cubly :

Je veux chanter par tout le monde

(i) L'Espadon, Lyon, 1619 et (''dilions successives. — Reproduite dans les Délices Sutyriques, 1G20; La Quintessence Salyrique, 1622, et Le Parfait Macquercau suivant la Cour, 1622. Cette Satire se ressent de l'influence de Reg'nier, de Siçogne et de Fernando de Rojas, l'auteur de la Célestine.

(2) Cf. Sig'og'ne, La Grande Sauvage :

Les traits de sa médaille clique.

Maynard, Satyre contre une vieille ridée (Cab. Satyr. 1618) :

Vieille médaille dédorée, /</. nis. 884, DilJl- Nat. (anonyme) :

Médaille antique et dédorée, Monlg-aillard, Contre une vieille sempiternelle {Suppl. aux Bigarrures, lOi/t).

Vieille médaille de la nuit,

a4 l'espadon satyrique

Ta sapience, et la faconde, En crieur de verre joly. (3)

Toute cesle sotte canaille,

Qui va criant : « Huitrc en escaille!

Ciboules! La mort aux souris!

Mes beaux navets! Ma grosse guigne! (4)

Ne chanteront, ô mère digne!

Que tes vertus dedans Paris.

Pies, corbeaux, hiboux, corneilles, Viendront nicher dans nos oreilles, Ne crofiassant que tes vertus, Nous asseurans, en leur ramage, Que tu as fait, par ton langage, Cent mille hommes becques-cornus.

Nos pigeons, nos oysons, nos canes.

Nos chiens, nos chevaux, et nos asnes.

N'entonneront autres chansons; Les aveugles, sur leur vielle.

Ne chanteront autre nouvelle En mendiant dans nos maisons.

Mille farceurs, et mille masques, Sur leurs petits tambours de Basques,

(3) Cri rural des marchands verriers. Auvray l'a reproduit dans les Verriers :

0 gentil joly verre, ù joly gentil verre, Joly verre gentil, gentil verre joly !

(4) Var. {Quint. Sat.) :

Mes beaux noiiets ! ma grosse guigne !

DR CLAUDE d'ESTERNOD 25

Te chanteront en leurs plan plans ; Le fri fri de nos lichefrilçs, Et le glou g-lou do nos marnniles, En bouilliront plus de mille ans.

Régnier, Berthelot, et Sigongne, Et dedans l'hostel de Bourg-ongne, Vautret, Valerant, et Gasteau, Jan Farine, Gautier Garguille, Et Gringalet, et Bruscambille, En rimeront un air nouveau. (5)

Souris^ en leurs tendres cassines, Pitois, belettes, martes, foynes, Et les chats en leur miaou, (6) Les oyseaux en leur tirelire.

Nous entendrons chanter et bruire Tes prouesses sur le filou.

Tues plus fine, vieille drogue, Que Moregard, cet astrologue Qui fit jadis un Roy en l'air; Tu es plus fine que la lirousse, Et que César, qui va en housse, Dans le Sabat, comme un esclair.

(5) L'énumt'-ration de celle strophe fui imitée par Jean Auvray, dans le Tomheuu (l'Anrjnulevent :

Il ny eul jamais Tabarin, Galiuellc, ny Tiirliipin, Gros Uuillauiric, ny Jean Farine, Plus; farcy de bouffons propos, Aussi fut-il Prince des sots Uoyaume plus jjrand que la Chine.

(6) Ce vers manque daos les Satyres Am. et Gai. 1721.

26 l'espadon satyhioite

Geste vieillesse vénérable Est plus sçavante que le diable, Et Belsebul n'en sçail pas plus; Car le miel coule de ta lang-ue, Tout ainsi qu'en la caquessangue De nos fesses coulent le flus. (7)

Tes mots coulent, vieille Druide, (8) Mieux que la veine Emorhoïde D'un vieil podagre estropié ; Tes mots roulent comme des boules :

Le renard qui preschoit les poules (9) N'avoit pas tant estudié.

Cipri, ci mi, que quelque fille T'a approché d'un fil d'esg-uille, (10) Les talons luy deviennent cours : (11) Fourrez dedans, branlez la queue,

{-]) Var. (Quint. Sat.) :

En nos fesses coulent le flus.

(8) Cf. Sig'og-ne, Satyre (notre éd. p. 22)

Car, pour entendre ces harangues,

Il oust fallu le don des langues

De l'un et l'autre testament.

Ou tirer des fosses humides

Nos grands Pères, les vieux Druides,

Pour luy servir de truchement.

(9) Var. (Lyon, 1626) :

Le renard qui preschoit aux poules

(10) Va. (Dél. Sat.) :

T'ait approché d'un fil d'esguille.

(11) Expression très fréquente chez les satiriques et les auteurs licencieux du temps. Cf. Glossaire. Voici à ce sujet un quatrain des Proverbes d'Amour {Muse fotastre, i liv. 1600) :

La femme pour tomber souvent à la renverse N'est pas plus à blasnier en matière d'amour ; Le se.\c a de nature ainsi 1rs talons cours : Il n'est si bon charLier qui quelquefois ne verse.

Car la voilà toute estendue Au plus petit de tes discours.

Lucrèce fait bien de la sotte, Et ne veut pas qu'on la biscotte; Mais je mettray, pour un chequin, Que si de loy elle s'acoinle, Vous la verrez aller, main jointe, Prier d'amour le bon Tarquin.

Pauline fait bien la sucrée, En dedaig-nant d'estre bourrée Par Decie, noble Romain; Mais je gage que sans Anube Geste cruelle eust faict le Cube, En t'acointant, d'un tourne-main.

Comme après la lyre d'Orphée Suivoit une Roche coi fiée :

Ainsi, auprès dettes patins.

Courtisent paillards et ribaudes.

Ainsi qu'autour des chiennes chaudes Vont abayanl mille mastins.

Pour la Mule, qui rien n'eng^endre, Si elle veut ton conseil prendre, La matrice luy enflera.

Et tu feras, contre nature.

Que quelque vieille créature De deux cents ans, enfantera.

Si dessus un troupeau de chèvres Quelques mots sortent de tes lèvres, En humeur sont tous les bouquins :

Ils vont hélant, branlant leurs queues, Pour baiser leurs Dames barbues De leurs sales villebrequins.

Dans la maison tout multiplie,

Le Piiieon en hyver parie,

Quelque veau naist tous les beaux jours.

L'œuf est lousjours au cul des poules,

Et le bien vient à grandes foules

Où sont log^ez ces yeux d'amours. (12)

(12) Pour cette strophe et la précédente, cf. Motin, Muses gaillardes, 1609 (Regrets sur la Du Moulin); et Suppl. aux Bigarrures, 1614, où la pièce est siffnée. Ce passag-e suivant de Motia paraît être inspiré de la IV" Folastrie de Ronsard, p. 44, de notre éd. 1920.

Elle fut d'attraits si pourveue Qu'un printemps sorloil de sa veue Dont les Iraicts d'amour s'aug'meotoienl, El comme en la saison nouvelle, Les animaux ù l'entour d'elle Les uns sur les autres montoient.

Imité par .lean Auvray, dans le Tombeau d'Angoulevent, déjà cité :

Son persuader fut si doux, Qu'il en meltoil en rût les loups, Les thoreaux, et les cerfs rapides.

Couplant plus de culs deux à deux Qu'on ne voit dans les fresnes creux, L'Esté, joindre de cantarides.

A l'odeur de ses vestements Les chevaux sailloient les juments, Les poissons frayoient aux rivières.

Et les Asnes, d'Amour touchez, Baudouynnanl dans les marchez.

En rompoienl sangles et croupières.

Cependant, tous ces auteui-s, y compris d'Esternod, amplifient Fernando de Rojas. Cf. La Gélestine, éd. Germon de Lavigne, acte I, p. 27.

DE CLAUDE d'eSTERNOD 29

Sans pislacho, sans canlharide, (i3) Elle vous rend le flanc humide, Plein de semence, et bon paillard, Et, quoy qu'on le fasse sans cesse, Sur la croupe ny sur la fesse Vous n'en avez pas moins de lard.

Qu'un vieil chastré, privé d'andouille.

Contre elle un peu son cas chatouille, Il n'est jamais de frigidis ; Mesme, au pays où elle hahite, Tous les hongreS;, pour son mérite.

Ont ja perdu tous leurs credis.

Quoy que vieille sempiternelle, (i4)

Geste vieille et paillarde et belle,

Autant qu'elle a esté jamais.

Ne courbant point sa droite espaule, (i5)

Ayant, comme Amadis de Gaule,

La barbe blanche et le leinct frais.

(i3) Cf. Motin, Muses gaillardes, 1609, pièce citée ci-Uessus Elle fait, avec son lani^açe, En un jour, sans heibe ou breuvage, Ne secours de pistaclie ou d'dMif, Plus naislre de seinance humaine...

(i!\) Cf. Montg-ailiard, Œuvres, iGûG, ei Hupl.aux Bigarrures, 161/) Contre une vieille riche :

Image de la mort, vieille sempiternelle, Expression très fréquente chez les satiriques. Cf. Délices Salyr. 1620, et ms. 884, Bibl. Nal. (anonyme) : Geste vieille scm|iiternclle, Qui n'a que les os et la peau, A bien le naturel fort beau, Mais sa nature n'est pas belle.

(i5) Var. [Quint. Sut.) :

Ne combat point sa droite espaule.

3o l'espadon satyrtque

Quelquefois donc, à faute d'autre, Dessus sa cuisse l'on se veautre; Nous la baisons, vieille qu'ell' est; Elle nous dit : « J'entends l'escrime », Et nous aussi, sur la maxime Que vit bandé n'a point d'arrest.

Plustost sorcier d'elle est le diable Qu'elle n'est sorcière, et taillable De ce rusé maistre Gonnin ; Trop peu rusée est la sorcière :

Elle prendroit à la pantiere De tous les diables le plus fin.

Au sabat, la bande sorcière Du diable baise la croupière.

Idolâtrant un bouc cornu ; Mais, tout au contraire, le diable Offre la chandelle à son rable.

Et, tout dévot, la baise au eu.

Elle cause bien à merveille; Sur le printemps, la douce abeille Vient picourer sur ses estrons Le miel, amy de la nature.

Que, par après, en confiture. Avidement nous dévorons.

Que si son cul le miel distille.

De sa bouche faicte en eslrille (i6)

(i6) Cf. Siffog-Qe, Desdain {Œuor. Satyr. L'Edition, 1920), p. 70 Voslre estomac, faict en estrille.

DE CLAUDE D'eSTEKNOD 3i

La manne coule à plein vaisseau, Et le nectar, et l'ambrosie Dont Juppiter se rassasie.

De la morve de ses naseaux.

Si sous les plis de sa chemise Un petit pet elle org-aniso.

Vous jug-erez parfaictement Que Pindare, ce docte Chantre, Pince sa lyre dans son ventre.

Tant elle pette artistement.

Bref, il y a quelque mystère En tous les faicts de ma Commère, Et, comme en l'alphabet hebrieux Chaque lettre a son sens mystique.

Ce vieil Sing-e Cabalistique Est tout aussi mystérieux.

Bref, je te suis tant redevable, Vieille pfus fine que le diable.

Pour avoir faict l'amour pour moy, Que tu seras mon Connestable, Et mise à ma première table.

Si quelque jour l'on me faict Roy.

S'il faut qu'un jour, vieille, tu meure. Puisque mourir c'est chose seure.

Tu mourras dans nostre cartier ; Puisque tu as, toute la vie.

Tant aymé la fauconnerie.

Je te feray part du gibier.

32 l'espadon SATYI\I(JUE

Tu m'as pipé, par Ion adresse, Vieille Sybile, une Déesse Que j'iionore plus que mes yeux, El faut-il pas, en recompence, Que je preste toute assistance Au foible trot de tes ans vieux?

Puisse-tu donc, vieille Cibele,

Vivre lousj ours comme immortelle;

Que la puce, mal à propos,

Le morpion, ny la punaise.

Ne viennent point troubler ton aise, (17)

Ta pasture, ny ton repos !

Dieu le doin escuelle profonde, (18)

Et le ventre à la table ronde.

Et de ton dos la long-e aux feux ; (19)

Dieu te rende, toute ta vie,

De riiospital comme bannie,

Pour ne mourir entre les g-ueux !

Qu'à la tig-ne, qu'à la podairre, A la migraine, à la cbirag-rc.

De t'olTencer soit interdis; Et, après la mort filandriere, Deux asnes, dans une litière.

Te portent droict en paradis !

(17) Ce vers manque dans la Qainlesaence Sityriquc.

(18) Cf. RciTQier, Macetle, Salyr. XIII, v, 93 :

Dieu le doinl, pour guerdou de tes œuvres finales,

(19) Texte du Quint. Sa/. Dans la i" édition :

Et de ton doz la longe au feux ;

DE CLAUDE d'eSTERNOD .S3

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