L'ANÏIMARIAGE D'UN COUSIN ET D'UNE COUSINE DE PARIS
Satyre /// (i)
Vous espousez-donc ce fanlosme,
Fondée sur un axiome
Que chair du cul n'a point de sens,
Que le sansr, ny le parentale,
N'allèrent point un mariage,
Si vous faites quelques présens?
Ne doutez plus de la dispense; Auctorisez tost vostre olfence, Vos patentes ont eu leur seau ; Pendez, mon fils, pendez, ma fille.
Quatre jambons à la cheville Qui est sous un ventre de veau.
Mais, pour tronçonner voslre lance, Un petit cas de conscience :
Je vuideray sur le bureau, Et preuveray, en Philosophe, Qu'un inceste de telle estofe Est pire que tout un bordeau.
[i] L'Espadon, Lyon, 1G19 et t;ditions successives. — Ile|)ioduitc en 1620 dans les Délices Su/i/rif/ues, cl en 1622 dans la Quintessence Salyrifjue.
34 l'espadon SATYKIOUn
Je me porte bien, je demande, Tant j'ay la bedaine friande, Ne plus no moins qu'au carnavai, Mang-er la chair tout le caresme ; L'on le permet, mais à moy-mesme Le jugement, si je fay mal.
L'intention un chacun juge.
Si c'estoit après le déluge.
Si vous estiez Eve et Adam,
Je vous dirois : « Plus je n'en gronde,
Ne laissez point faillir le monde,
Ma cruelle, poussez dedans ! »
Mais à cette heure, que nous sommes Et tant de femmes et tant d'hommes !
Alliez-vous à vos amis ; N'allons chercher, Nerons sévères.
Contre le ventre de nos mères, Un inceste qui n'est permis.
Un bon chien couche avec sa mère.
Avec sa sœur, avec son frère, Mais, le chetif ! il n'en srait rien ; Moy, qui ay Tame raisonnable.
Si je commets chose semblable Ne suis-je pas pire que chien?
Ha I si j'estois que de vos pères Vous marcheriez tous en galères.
Et, pour oster un tel abus, A l'heure de vos espousailles.
DE CLAUDE d'eSTERNOD 35
Je vous ferois chastrer, canailles ! (2) Auprès du cul, tout rasibus.
Lors, petit foireux Misantrope, Petit modelle d'un Esope, Vous ne seriez plus amoureux; Au lieu d'un mig-non de couchette, Vous serviriez d'un eslaphette.
Ou d'un portier dans les Chartreux.
Vous seriezj^toute vostre vie, Dans les sérails de la Turquie, Un Enuque sans magasin ; Vous garderiez la jalousie.
Vous seriez un cheval d'Hongrie, Et non pas^un petit Roussin.
Encor, ce que pins je déteste.
C'est qu'ils disent : « Bran pour l'inceste 1
Sont des contes pour ravasser ;
Le péché est si près des fesses
Que seulement deux bonnes vesses
Nous suffiront pour l'effacer ;
ï Pour augmenter le parentage, Il se faut joindre d'avantage :
Le sang en sera plus espais. »
Vostre esprit seroit assez souple,
(2) Var. (Lyon, 1O26) :
Je vous feray chastrer, canailles !
Incestueux et maudit couple, Si le grand Dieu estoit niais 1
Mais ce Dieu a des Commissaires, Esbieres, bourreaux, et Notaires, Qui, vous faisant vostre procès.
Ne vous feront plus belle aumône, Sinon que chez Messer Plulone Ils puniront tous ces excès.
Gardez donc ceste tache d'huyle ; Sur vostre chef tombe la tuile ; Vous ferez un monstre d'enfant, Qui portera yeux de chouette.
Pieds de Icsard, cul de levrette, Gorg-e de loup, né d'elcphant.
Velu ainsi que la pelisse,
Il rampera en escrevisse.
Il grunnira comme un pourceau, (3)
Crotté ainsi qu'une gamache,
II pleurera comme une vache,
Et puis rira tout comme un veau.
Si, au moins, comme la vipère, En naissant il tuoit sa mère,
(3) Var. {Dél. Sut.) :
Il gTundera comme un pourceau, (Quint. Sat.) :
Il ffronde comme ua pourceau,
Vous ne verriez pas vos malheurs, Xv monstrer, dans un jeu de paume D'un Bateleur, maistre Guillaume, Ce monstre, né de deux pécheurs.
Mais ce qui plus me fait vous plaindre.
Le diable est fin : il est à craindre
Que l'avorton incestueux,
Après avoir tué son père,
Ne vueille encor baiser sa mère :
Une poule fait bien deux œux !
Je fremy, je pleure, je tremble, Je vay le trot, le galop, Tamble, Las! en changeant de qualité.
Ayant grand peur que, de poëte, (4) Je ne chante, comm' un prophète, Pour des fables la vérité. (5)
Que le sabat ne le permette ; Sorcier, nouez voslre éguillette, Commandez que ce limaçon Se retire dans sa coquille.
Et que ce fin manche d'estrille Devienne froid comm' un glaçon.
Las! que s'il fait le chicque chacque.
Son bagage soit mol et flacque,
(4» Var. (Dé/. Sal.) :
Ayant grande peur que, de poète, (5) Var. (Dé/. Sai.) :
Pour les fables la vérité.
38 l'espadon satvrioue
Comme un g-an qui n'a point de main, Et qu'il aye moins de furie Qu'une vieille pomme pourrie Pour canonner un mur d'airain !
Aymez-vous ce muet idole, Ce petit moucheron d'escole, Ce marmouset et ce g-rimau?
L'aymez-vous bien, ce beau bardache ?
Ah 1 vous avez des yeux de vache, Si vous aymez des yeux de veau ! (6)
Quand est de moy, si j'estois fille.
Que ma g-raisse, comme à l'anguille, Par la queue ne coulast pas, (7) Fut-il un Empereur de Romme, J'aymerois-mieux avoir un homme Que quatre cents mille ducas I
Que la veille de vostre nopce
Soit l'avant-jour de vostre fosse !
Et si vivez un an entier.
Que viviez en telles détresses
Que n'ayez, pour bouscher vos fesses,
Quatre fueillets de bon papier I (8)
(6) Var. {Dél. Sa(.) :
Si vous aymez les yeux d'un veau !
(7) Var. {Dél. Sat.) :
Par la queue ne coule pas,
(8) Var. {Quint. Sat.) :
Quatre fueilles de bon papier !
DE CLAUDE d'eSTERNOD SQ
0 prodige ! aymer sa cousine !
Où est la veng-eance divine?
Puisque vous vous dites Docteur,
Je jure, sur vos escritoires,
Que vos livres n'ont point d'histoires (9)
Pour y fournir quelque bon-heur.
Baldus, Cujas, Jason, Bartole, Et tous ces vieux pedans d'escole, Le droict Canon, le droit Civil, Considérant un tel inceste.
Mettront au bas de la requeste Pour un fiât un beau nic/til.
Pour ce péché, que je déplore, Abisma Sodome et Gomorre ; Est-il honneste qu'un parent Dessus sa parente se veautre, Comme on entasse l'un sur l'autre Dans une cacque les harens? (10)
Si jamais l'Antéchrist arrive, 11 naistra, dit-on, d'une Juifve, D'une Nonain, d'un Turlupin; Moy, au contraire, je me pense Que l'Antéchrist prendra naissance D'une cousine et d'un cousin.
(9) Texte de la Quint. Saf. Dans la i«" édition :
Que nos livres non point d'histoires
(10) Var. (Quint. Sat.) :
Uans une caque de barens ?
4o l'espadon SATYRIOUR
La douleur tue ma parole,
Mais le démon qui me console,
Parmy la rage et le despit,
C'est qu'un jour, estant misérable, (i i)
Vous vous direz : « De par le diable, (12)
La Satyre l'avoit bien dit I »
(11) Il faudrait, nonobstant la triple rô;<ctition de nir\E :
Dit qu'un jour, estant misérable, Mais on peut, en conservant le texte original, prendre cette tournure comme une anacoluthe hardie, Alors, il faut les deux points après despit.
(12) Var. (Dél. Sut.) :
Vous nous direz : « De par le diable,
DE CLAT^DE D'eSTERNOD l^I