LE MESPRIS D'UNE VIEILLE FILLE DU LANGUEDOC
Satyre V/f (i)
Si l'on me parle d'avantag^e De ce pourry et vieil ffomage, L'horreur de tous les amoureux, Je veux que le diable m'emporte Si je ne me pends, de la sorte Qu'un Absalon, par les cheveux !
Que je te chang-e, ma Déesse, (2)
Contre ceste vieille diablesse?
Helas, bon Dieu ! n'en parlons plus.
Je veux que le diable me lue
Si de ceste vieille moluë (3)
Je mang-erois, pour mille escus !
(i) L'Espadon, Lyon, lOig et (-ditions successives. — Reproduite ea 1620 dans les Délices Satyriques, et en 1622 : « Contre une vieille KiLLE. Satyre ». Dans la Quintessence Salijriqae. Var. (Lyon, 1626) : « Le mesphis d'une jeune fille du Langueooc. Satyre VII ».
Cette Satire fut écrite sous l'inlluence de Sig:og-ne. On en retrouve non seulement la facture, mais encore des images, des mots typiques, et des vers à peine modifiés.
(2) Texte de la Quint. Sut. Dans la i"^" édition :
Que je te chang'eas, ma Déesse,
(3) Cf. Sigog-ne, Satire contre une Darne Maigre :
Où pensicz-vous, seiche moIûe,
DE CLAUDE d'eSTERNOD 69
Si seulement je la regarde,
Elle prend, comme la moutarde,
Plutost mon né que mes deux yeux ; (4)
Et seulement lors que j'y pense.
Je croy de faire pénitence (5)
De mes péchez nouveaux et vieux.
C'est me juger fol manifeste, Et me croire bien grosse beste, Moy qui fonds aux rais de l'amour, Ne plus ne moins qu'au feu la cire, De penser que je voulus cuire Mon friscandeau dans un tel four I
J'adorerois plustost la fille Ou de Gautier ou de Garguille, Avec un petit de beauté.
Pour le plaisir de mon estrille.
Que tous les doublons de Castille En si grande deformilé.
Sa grosse teste jaune et fauve, (6) Sans chevelure, toute chauve.
Ressemble au tabouret frippé Oui, autour de son écarrure.
Cl) Cf. Sigogne, Desdain :
Mais si de i)rcs l'on vous regarde, Vous prenez comme la moutarde, Par le nez, et non par les yeux.
(5) Var. {Quint. Sal.) :
Je pense à faire pénitence
(0) Var. (Quint. Sat.) :
Sa grosse teste, jeune, fauve.
70 L ESPADON SATYRiyUE
N'a que quatre doig^ts d'embourrure Et trois franges de poin coupé.
Comme un clavier d'une espinette, Sa face sèche et maigrelette, Comme un petit cheval fluet Qui n'a que l'os sur la frontière, Demonstre bien que sa croupière N'est autre qu'un harent soret.
J'ay trop de feu, lu es trop sèche ; Garde qu'ainsi que de la mèche (7) Je ne me brûle en t'approchant.
Ce n'est pas d'os que je m'allume; Va à Paris, c'est la coustume Des (juenaux de sainct Innocent.
Tysiphone sempiternelle, Vous me direz que la mouëlle Est dans les os, non dans la chair ; Sçay-mon, dans ceux de la jeunesse, Mais les vostres n'ont plus de grcsse, Et ne sont pleins sinon de l'air. (8)
(7) yar.{Dél.Sa(.) :
Carde qu'ainsi que de ta mcche
(8) Cf. Sigog-ne, Desdain :
Vos os, sans entrer en dispute, Sont creux tout ainsi qu'une fiuttc ; Oui vous soufleroit dans le cul Vous feroit sonner comme un org:ue
De vostre corps, faicl en siringuc, Ainsi que Pan feist de Syrinçue, On feroit plusieurs challumcuux.
Vous avez moins qu'une escabelle
De l'humidité menstruelle
Que les femmes ont tous les mois,
Et je croy que vostre nature
Est si eslroilte à l'embouchure
Qu'on n'y pourroit mettre deux dois. (9)
Ce nez, qui sçait l'art de Grimoire, Est diapré et plein d'histoire, Comme un hast d'asne, un macaron, Une garde dasmasquinee, (10) Et noir comme la cheminée Ou bien le cul d'un chauderon.
Vos tetins, longs comme des gaules,
Prests à jetter sur les espaules.
Pour apprendre à nager sont bons.
Car les ayant sous les aisselles.
Je ne sçay vessies plus belles
Pour empescher d'aller au fonds. (11)
N'ayez pas peur d'eslre ravie De Jupiter, vieille Momie,
(9) Texte des Dél. Sat. Dans la i" ('-(lition :
Qu'on y pourroit mettre deux dois.
(10) Var. [Quint. Sat.]:
l/ne garde de masqulnce,
(11) Cf. Sigog-ne, Desdain :
Et qui vous auroit sous raisselle Ne doit craindre d'aller sous Teau.
Vostrc panse, toujours farcie De vent, ainsi (ju'unc vessie Pourroit bien servir au besoin Ou de ballon ou de nageoire Pour passer la Seine ou la Loire,
Pliilon mourroit pour ce sujet, Car vous avez si laide mine Que tout ainsi que Proserpine Vous luy pouvez servir d'objet.
Si vous aviez de l'éloquence, L'on prendroit tout en patience, Mais vous parlez Suisse, ou Valon, Ou François du pays do Lieg-e, Et croy qu'ainsi, durant son siège, Parloit Godefroy de Buillon.
Vous estes si laide et horrible Que vous traiclez de l'impossible En m'adorant ; j'ay trop d'effroy Quand je vous sens, tousjours je gronde. Et le monde faudroit au monde S'il n'y avoit que vous et moy. (12)
A un Chrestien joindre un Marane !
Acoupler la jument à l'asne, Encor, c'est pour faire un mulet :
Mais contraire si fort vous m'estes, Que les hommes deviendront bestes Quand je seray vostre valet.
Mettre la main sur vostre gorge,
Et vous baiser, ventre sainct George 1
{12) Sigogne, stances sur les grands C... Le monde s'en iroit grand erre, Si j'estois tout seul sur la terre Et qu'il n'y eusl que de grands Gons.
DE CLAUDE d'eSTERNOD 78
Je deviendrois Maçon entier, Au lieu que je suis Gentilhomme :
Car, vous baisant, vieille fantosme.
Ne broiray-je pas le mortier? (i3)
Je vous flatte : vous estes noire De beaucoup plus que n'est l'Ivoire, Mais vous estes plus blanche aussi Que l'ebeine, par ironie :
Vous estes de ce que l'on crie Pour les soliers, noir à noirci.
La Salemandre ne m'agrée ;
Je ne boy point en eau troublée.
Comme un chameau ; dans les brasiers
Je ne vy point, en pyralide ;
Mais j'imite la cantharide.
Qui n'ayme que les beaux rosiers. (i4)
N'en parlons-plus, fi ! trefve, trefve ; Je sens le cœur c[ui me sousleve.
Je vomiray tout mon disné.
Que si d'en parler il me fasche.
Je croy qu'en baisant ceste vache Il faudroit bien boucher mon né.
De son cul la cloaque sale Est de quelque mer glaciale
(i3) Var. [Quint. Saf.) :
Ne boiray je pas le mortier ?
(i4) Var. (Quini. Sat.) :
Qui n'ayme que des beaux l'osier.
Et de l'hiver la région ; Et croy qu'en sa froide nature, Pour les excès de sa froidure, One elle n'eusl un morpion.
Sa robe mal faicte et mal mise, Ne plus ne moins qu'une valise Sur la croupe d'un postillon, Luy fait aussi mauvaise niorg-ue, Que ces mounins qui sont à l'orgue, Qui vont beelant au carillon.
Quand elle trépigne et sautelle, (i5) Tousjours son chien court après elle, Suivant partout son pelisson ; Mais de cela je ne m'estonne, Car, si de près il la talonne.
Il sent la vieille venaison.
Mathusalé n'a pas tant d'âge ; Elle estoit ja au mariage D'une tierce fille d'Adam, (i6) Et, long temps devant le Messie,
(i5) Cf. Sig-og'ne, Desdain :
Baston à faire la chandelle
El mouche «jui toujours sautelle,
(i6) Var. (Dél. Sat.) :
Elle servoit chez Abraham,
Cf. Sig'Og'ne, Satyre contre la Vieille Corneille Geste vieille et noire corneille, Des ans la honte et la merveille, Des vits l'horreur et le degoust.
Qui, di'sjà froide, sèche et blesiiie, Porloit la salière au haptesme De la sybille de Panzoust.
DE CLAUDE d'eSTERNOD ']5
D'où les Juifs attendent la vie, Elle servit chez Abraham.
Elle est difforme comme un Sing-e, Et si je croy que sous le ling-e Elle a plus de gales au sein, De malandres, et d'escroûelles, De coslig-ues, et de gratelles, Que tous les ladres de sainct Main.
Elle est blesme comme pommade ; (i 7) Et puis, d'autant qu'ell' est malade.
Pour luy coroborer les flancs.
Pour drogues, juliets, et racines.
Et pour docteurs en médecines.
Faut-il pas ja ving-t mille francs?
Je me rirois de telle histoire Si quelqu'un alloit faire croire A ma maistresse tout le cas ; Ma maistresse, par Irop crédule, Croiroit que j'aime ceste nmle Que j'hay plus que le trespas. (18)
(17) Cf. Sigog-ne, Pour une vieille Courtisane
Quand je voy son front de malade, Sophistiqué par la pommade,
(18) Proi'oncer haï (dissyllabique) Var. I Quint. Sat.) :
Que je liay plus que le trespas.
Cf. Sigoprne, Desdain :
Maintenant, il faut que j'escrive Encontre une femme chetive Que je hais plus que le trespas.
Elle a le né de fessepinte,
Et la bouche de coloquinte,
L'haleine de diamerdis,
Les dents de corne de lanterne,
Et son discours le plus moderne
C'est Mel usine et Amadis. (19)
Si quelquefois je la révère, C'est comme si à ma grand mère Je tirois, d'hazard, mon chapeau ; (20) Je porte honneur à sa moustache, Comme autour d'une vieille vache L'on voit sauter un jeune veau.
Si j'honore ceste vielle, C'est comme une g-rosse escarcelle Qui cache l'or dedans ses flancs.
Ou tout ainsi comme le cofre De quelque avare lifre lofre.
Oui recelé cent mille francs.
C'est aller du galop à l'amble :
Avant que nous couchions ensemble.
Les loups baiseront les brebis.
Et la vapeur de vostre aisselle
(ig) Cf. Sig-ogne, Satyre (p. 21 de noire éd.) Je n'entens point vostre lang'age, Vous parlez plus vieux qu'Amadis.
(20) Var. (Quint. Sat.) :
Je tirois un coup de chappeau ;
DE CLAUDE d'ESTERNOD 77
Resentira, Madamoiselle,
Et la civette, et l'ambre gris. (21)
Tout ce qu'un mary peut prétendre De vos beaux yeux, vieille cassandre, Et du ressort de vostre eu, C'est que vous estes si sotte oye Ou'encor bien qu'il vous mette en proye Il ne sera jamais cocu.
Mais vostre busqué plus ne bande :
Pour caroler la Sarabande, Vous tendez-trop, dit-on, le eu, Et rien ne vaut vostre hacquenée, Que pour la dance macabrée, {22) Car vous avez ja trop vescu.
Priez donc Dieu, sempiternelle ;
Dittes, dittes vos Kyrielle,
Et ne pensez-plus aux amours.
Car tout espoir est déplorable (28)
D'avoir mary, si quelque diable
Ne vous baise, l'un de ces jours. (2/1)
(21) Cf. Sig-o;?ne, Desdain :
Mais, au lieu de civette et d'ambre, Vous sentez comme un pot de cliambre,
(22) Var. (Quint. Sat.) :
Et rien ne veut vostre haquenee, Que pour la pance mal cabrée,
(23) Var. {Qainl. Sal.) :
Car tout exploict est déplorable.
(24) C'est le sujet de la Satyre contre une Dame Sorcière qui frayoit avec le Diable, pnr Sigogne.
78 l'espadon satyrioue
LA CHAUDEPISSE Satyre VI/l (i)
Sur mon lict, emplasiré d'ordure, (2) Je ronfle comme un Epicure, Ou le porceau sur son estron, Sentant couler dessus ma cuisse (3) Une certaine chaudepisse Aussi jaune que le citron.
Et n'estoit que, pendant ma vie.
Geste maudite maladie
(i) L'Espadon, Lyon, i6ig et éditions successives. — Reproduite en 1620 dans les Délices Sdtyriques et (en partie) en iCa2, dans Le Parfaict Macquereaa suivant la Cour : « Complaincte sur le succès de l'histoire dont est question. » Stances 7 à 16, — 21 à 26, — 29, 3i et 34.
Cette Satyre est une réplique à l'Ode sur la ch"* de Mathuria Reg-nier et à la Satyre Contre une dame Sale, de Sig-ogne. Ang^ot l'Esperonnièrc a imité les trois auteurs dans la satire des Exercices de ce temps intitulée : Le Débauché.
(2) Cf. Z. Blenet, dit le Capitaine Bel-Air, Muse Folastre, i6o3, II» Livre, Le Testament :
Renversé sur le lict tout cmplastré d'ordure,
(3) Cf. Sig-ogne :
Ce n'estoit que boue amassée, Dessus sa cuisse hérissée, Angot l'Esperonnière a directement imité d'Esternod, transformant ses octosyllabes en alexandrins :
J'en ressens les elTecls, car, au long rie ma cuisse Dégoutte lentement une orde chaude-pissc.
DE CLAUDE d'ESTERNOD 79
M'a desja pris deux ou trois fois, Je vous donne toute asseurance Que je perdrois la patience, Et qu'enrag:é je me turois.
D'avoir ce mal c'est ma coustumc, Comme fraper sur une enclume Est cousLumier au mareschal.
Quand Proserpine sera rousse.
Et que les chiens iront en housse, Je n'auray plus ce maudit mal.
La chasse n'est point si certaine D'un lapereau dans la garene.
Gomme je suis tousjours certain De r'emporter la chaudepisse.
Si je descends dessus la lice Pour besog-ner quelque putain.
Je n'y veux plus coucher mon reste :
Devant l'amour je le proteste.
J'y endure trop d'inlerests;
Ils le feroyent, vos seigneuries.
Mais les taureaux mis en furies
En leurs foui^ues n'ont point d'arrests.
Quoy que chacun me die : « Claude, Ne touche point ceste ribaude, Ou autrement lu y mourras ; Tu y mourras, je fe l'asseure! »
8o l'espadon satyrioue
J'aymerois mieux mourir à l'iieure Que de ne la besogner pas.
Hé Dieu, helas ! hé Dieu ! que l'homme, Pour avoir mangé d'une pomme, Porte de maux dessus les reins 1 Tout comme nous picquent les bestes, Et n'ont jamais véroles, pestes, Chaudepisse, chancres, poulains. (4)
J'ay veu des chiens plus de dix mille, Lesquels fretaillent, file à file, D'une seule chienne le Noc, (5) Mais pour cinq cents mille estocades Ils n'en furent jamais malades, Et tousjours droit est leur estoc. (6)
Encor, les chiens ont Tadvantag-e Qu'entrant dedans leur bordelag^e Ils n'y payent pas un douzain ; Nous autres donnons la pistole, Et n'en avons que la vérole, Souventes-fois, pour nostre gain!
(4) Var. {Le Parfaict Maquereau) :
Chaudepisses, chancres et poulins.
(5) Var. {Le Parfaict Macquerean) :
Lesquels foulaillcnt, file à file, D'une seule chienne le con,
(6) Var. [Le Parfaict Macquereau) :
Tant qu'ils le trouve tousjours bon.
DE CLAUDE d'ESTERNOD 8i
Marchant qui pert n'ayme pas rire.
Vieii-çà, laquay, et va t'en dire
A Soufletruse, médecin (7),
Qu'il vienne voir mon pauvre zeste (8)
Oui ne peut plus lever la teste,
Tant il est rempli de farcin (9).
Je sens déjà monter mon asne, Sang-lé d'une vieille soutasne, L'housse de l'Evesque Turpin, Et dont les bords, bordez de fanges, Faisoyent traîner dix mille franges (10) Oui pandilloyent sur l'escarpin.
Un grand chapeau de Jésuite, Gressé du suc de la marmite, Couvroit son Pericranium, (11)
(7) Ce Médecin est aussi dans Aagot TEspcronnière
Je retourne à Paris chercher un médecin,
Car mon mal me faisoit appréhender sa tin,
De crainte que j'avois que l'humeur mordicante,
Comme d'un alambic par le bout dislilanle,
N'enracinast l'uIcere envieillif au dedans,
Qui me pourroit causer de fascheux accidens.
Je treuvé Machimi^rde, expert en médecine.
Qui juçea bien mon mal, voyant ma triste mine.
« De l'encre et du papier, ([u'on me fasse donner,
Me dit-il aussitost, etc
(8) Var. (Le Parfaict Macquereau) :
A soufreleux, ce Médecin,
Qu'il vienne voir mon pauvre vil,
(9) Var. {Le Parfaict Macquereau) :
Tant à présent il est maudit.
(10) Var. (Le Parfaict Macquereau] :
Pensoient trouver dix mil françes,
(11) Var. (Le Parfaict Macquereau) :
Couvroit son percoranium,
82 l'espadon satyrioue
DorloLlant une longue barbe, Dont le parfum est de rubarbe, De coloquinte, et d'opium.
Sa langue de suppositoire.
Plus aig-uë qu'une lardoire,
« Dieu soit céans! » disoit alors;
Ce né, ronge comme Ecrevisse :
« Dieu soit céans! » — « La cliaudepisse,
Tout bas disois-je, et vous dehors! »
Que je meure pas de la corde
Si j'entendois point son exorde,
Moins encor sa narration ;
Car ce docteur en Médecine
Escorche la langue latine
Comme un boucher fait un mouton.
Il se hausse, et puis il se guindé.
Ne plus ne moins qu'un grand coq d'Inde,
Et jugeriez parfaictement
Que, finissant les destinées,
11 vient tenir ses grands journées, (12)
Quand il parle du jugement :
(( Ergo juro, par la Savate Et la crepidc d'IIipocratc !
Je le cognosce, il est certain, A ceste jaune subucule.
(12) Var. {Le Parfaicl Marquereaii) :
Que faussant les destinées, Il veut tenir les grands journées,
DE CLAUDE d'ESTERNOD 83
Qu'avez planté voslre menlule Dans les clunes d'une putain. (i3)
» Dedans le vase spermatique D'une merelrice impudique, Tu planlasti l'eng-in viril :
Intell ii^e mon idiome. »
Moy, lors, au mot de ce fantôme, Je dis : « Amen, ainsi soit-il ! »
— Amen, amen, tu le confesse !
Excusabo ceste jeunesse
Qui, lors, vexoit tuum inguen; Vocanms, en langue Galisse, Islud malum la chaudepisse. »
Il entendoit le tu auteni.
— Recipe, un bolus de casse (i4), Comme fient que le porceau casse, (i5)
(i3) Var. {Le Parfaict Macqucreau) :
Dedans le con d'une putain, (l'i) Imité par Ang-ot de l'Esporonnière : Recipe un l)olus de casse trcs-amcre Pour vnidcr vos liumeurs par le trou du derrière, Ce genre de pièce farcie fui très en honneur. En voici une attribuée à Théophile de Viau (ms. 8127, Bibl. Am. ci Quintessence Salyr. 1622I :
UEMEDE APPROUVlî l'OLIV LES FILLES
Recipe virgam homlnls,
Cuni duobiis testlculls,
Gros, durs et lonçs et pleins d'humeur,
Pris dans le souspirail du cœur,
Virga rigide Jlfjatur,
El si le uial non sanalur.
Deux ou trois fois Itcralur
Soir et matin f/uolldle.
(i5) Var. {Dél. Sat.) :
Comme fient qu'un pourceau casse,
84 l'espadon satyriqub
Ad tollendum illi le pus (iG) Oui manatde la chaudepisse; Qu'il ne comede, point d'espisse, Ponal de l'eau dans son polus. (17)
» Ad refrig-endum, sa poictrine, Carpet de la tberebanline, Pour loller l'inflamation ; Et si inlus est quelque ulcère, D'une seringue on pourra faire Persjepius l'injection. (18)
« Erg-o vale, cher filiole, Je vay chez le pharmacopole. »
Moy, qui estois importuné Plus de sa sotte pedantise Que du mal qui me martyrise, Je dis adieu à Domine.
Mes boyaux ronflent de colère, Je sens déjà la casse amere
(16) Cf. Ang-ot de l'Esperonnière :
Car il ne faut si tost du pus lollir le cours ;
(17) Var. (Lyon, 1626) :
Ponant de l'eau dans son potus.
(18) Cf. Ang-ot de l'Esperonnière :
Si cela ne sufnt, ferons injection
Dans votre priapus d'une décoction ;
Puis prendrez quelque-fois de la Iherebenlinc
Ainsi nous guérirons ce mal en peu de temps, Adoucissant l'ulcère escorché au dedans. »
Joiicr de l'espce à deux mains; Gare le coup d'estoc, de tailles, (19) Pour débouler jusqu'aux entrailles Mille sortes d'humeurs vilains. (20)
Tant plus je pousse, moins il entre ; Tout coule, lout roule du ventre, Vuidant ma cause sans appel ; Lors je faisois une grimace, (21) Comme un démon ([ue l'on terrasse Dessous les pieds d'un sainct Michel. (22)
Jamais, jamais je n'y retorne, (28) Je le proteste sur la corne Du plus g-rand cocu de Paris !
Car le renard, finet et sage,
(19) Var. (Le Parfaicl Mucquereau) :
Garde le coup d'estoc, de tailles,
(20) Cf. Ang-ot de l'Esperonnière :
Mais, las! le loncr du jour, je sens mainte colique f)ui tranche mes boyaux d'une espée à deux mains ; Je jette mille humeurs et sales et, vilains. Hombiuant du derrière et d'estoc et de tailles, Je crois faire corps neuf et vuider mes entrailles;
(21) Cf. Régnier :
Et fait aussi laide grimace
(22) Ançot de l'Esperonnière prend à la fois à Régnier et à d'Estcrnod, ou du moins, plagiant celui-ci, imitant celui-là, il se trouve déljitcur de tous les deux :
Je fais, me refroignanl, bien plus laide grimace Oue ne fait le dœmon que saint Micliel tcrrace.
(28) Même remarque. Sigogne avait écrit en deux endroits de sa satire :
Jamais |)lus je ne m'y rcjig-age.
Si jamais j'y retourne plus !
Augot de l'Esperonnière reprend :
Dieu me fasse mourir si jamais j'y retourne !
Pris deux fois au mesme passage, Au troisiesme n'est jamais pris.
Une putain, qui pour ce tiltre A mille fois porté la mitre Par tous les lieux, aux carrefours.
Me la donna pour son episse :
N'estois-je pas un vray jocrisse De contenter là mes amours?
Cependant, ceste putain sale Faisoit de sa vierg-e vestale, (24) Et a plus brinbalé de coups Que tous les g-ueux de l'Alemag-ne, De France, Italie, et d'Espagne, A l'hospital n'ont pris de poux.
Son corps a plus soustenu d'homme (25) Que toutes les putains de Romme, Et plus mutilé de coiiillons Que Venise n'a de pistoles, Et a donné plus de véroles Que l'Océan n'a de sablons.
Elle donne plus de practiques, Chirurg-iens, à vos boutiques,
(2/,) Var. (Dél. Sai.) :
Faisoit de sa verge vestale,
(20) Texte du Parfaici Macquereau. Dans L'Espadon. 1619 Son corps a plus soustenu d'iiomincs
DE CLAUDE d'eSTERNOD 87
Que les cours et les Parlements N'ont de practiques en la France, En décidant tant de sentence, Tant d'arresls, et d'appointements.
Dedans la grotte de Tolède, Un grand diable qui la possède.
Dit l'histoire, faisoit leçon ; Ainsi, je croy que la vérole Et le chancre tiennent escole Dans la caverne de ce con. (26)
0 trou remplit de chaudepisse !
Tu es le trou de sainct Patrice, (27^ Qu'Irlande tient en ses confins. Car tu as, pour les misérables, (28) Dix mille légions de diables.
Pleine de peste et de venins.
(2G) Var (Lyon, 162O) :
Dans la caverne de ce en.
{Del. Sat.) :
Dans la caverne de ce G...
(27) Var. (Cologne, 1680) :
Tu es le Irou de P... S...
[Sut. A m. 1721) :
Tu es le trou de ... Patrice,
Cf. SiVoi^ne, Stances (notre éd. 223) :
Et toy, grand trou de Sainct-Patricc, Tu p.'iruis, sans lever la cuisse, HesTrongné comnie un vieux Maçot, Voir comme un cornet d'escritoire !
Je le liens pour le purgatoire, Kl veux devenir huguenot.
(28) Correction. Dans les textes :
Car tu as, par les misérables, Var. {Le l'nrfaicl Macqiiereau) :
Car tu as pour lieux misérables.
l'espadon SATYRigUE
Que maudite soit la carongne Qui m'a taillé telle besong-ne !
Qu'elle aye les estraingui lions, Qu'une lèpre, mais des plus fines, Hideusement, dès les narines.
Couvre son corps jusqu'aux talons! (ag)
Que tes paillards les plus lubriques, Ayent leur zest long- comme piques, (3o) D'un fin acier, trenchant, aigu.
Transperçant comme des aiguilles.
Pour te rompre les spopondrilles, Et les nerfs qui bandent ton eu !
Que quatre cent mille hommes d'armes Prennent ce trou rempli de charmes; Mais, avant que sortir du lieu, Qu'ils tirent tous comme le foudre.
Et si quelqu'un n'a point de poudre, Qu'il la flanque d'un coup d'espieu !
Si de toy reste de la cendre, Que Belzebut la vienne prendre,
(29) Angot de l'Esperonnière a pris ici la matière de ces deux derniers vers, et la forme dans Marot et Montg-aillard :
Aux jambes puisscs-lu log'er tousjours des loups ! Que ton cul soit farcy de galles et de clous !
(30) Var. (Dél. Sai.) :
Ayent leur V. lonj? comme piques, {Le Parfaict Macquereau] :
Ayent leur vit long' comme picqucs, (Lyon, 1626) :
Ayant leur zcsl long' comme de picques,
DE CLAUDE d'eSTERNOD 89
Car Belzebiit de tout se ser, Pour en poudrer la chevelure De Proserpine, ou l'escriture Du secrétaire à Lucifer I
Mes beaux souhaits ne seroyent fables, Mais je sçay bien que tous les diables De l'emporter font du refu, Craignant d'avoir la chaudepisse, Disant qu'ils ont, sans ce supplice.
Assez de feux aux poils du eu. (3i)
(3i) Var. (Le Parfaicl Macquereau) :
Disant qu'ils ont, sans le surplus, Assez de feuz au poil du eu.
go l'espadon satyrique