‹ L'espadon satyrique. Première éd. critique, d'après l'éd. originale de 1619, avec une pref. une bibliographie, un glossaire, des variantes et des notesChapitre 41 sur 54 · LE DIVORCE DU MARIAGE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE DU MARIAGE

Satyre X {i)

Geste cruelle me mesprise, Se mutine, se formalise, Avec un insolent caquet; Et croy que la Reyne Gilette Auroit aussi-tost d'amourette Prié jadis le fol Hrusquet.

J'auray plustost cinq cents pistoles Dans les garnisons Espagnoles, Pour l'entretien de mon estât, Qu'une seule bonne parole De caste vieille et morne idole, Qui ne vaut pas demy ducat.

Toutes les fureurs de Megere, Qui mirent Medee en colère Contre son parjure Jason Qui la quiltoit pour sa Creuse, Alecton, Gorgone, Méduse, Sont avec elle en ma maison.

(i) V Espadon, Lyon, 1619 et cdilioDs suivantes. — Iicpioduile en i6ao par les Délices Satyriques.

As-tu donné la femme à l'iiomme, Amour, à fin qu'il se consomme, La besognant incessamment ?

Quand ell' est jeune encore, passe.

Mais n'ayant plus que la carcasse^ Qui aymeroit telle jument?

Si la servante je reg^arde.

Elle luy dit soudain : « Paillarde, Troussez bag-ag-e, et délogé ; Allez ailleurs faire l'offence! »

Bien que je n'aye, en conscience, A ce forfaict jamais song-é.

Las! si, d'hasard, elle me parle.

Je m'en tiens fier comme un Roy Gharle

En housse sur son cheval gris,

Ou comme Pierre de Provence,

Quand Maguelonne, en une dance.

Il conduisoit dedans Paris.

Tout aussi-tost que je l'aborde, Elle me dit, pour tout exorde :

« Va au diable, gros Rufien ! »

Lors, tout penaud, baissant la veuë.

Je fuis, sans rien dire, la queue Entre les jambes, comme un chien.

Je prise bien plus ma fortune Que d'eslrc Roy de Pampclune,

DE CLAUDE D ESTERXOD lOI

Si elle donne un bon propos, Car recevant tel privileg:c Je suis ayse, comme au colleg'e Les escoliers qui ont campos.

Permellant que ma main je frotle Un petit peu contre sa coite, Je m'en tiens fier mille fois plus Que ne faisoit l'Indois barbare, Du temps de François de Pisare, D'un miroir de trois carolus.

Si contre moy elle se fasche,

Je deviens froid comme une vache

En travail d'avorter un veau ;

Je me condamne comme un diable,

Et croy pour chose verital)le

Que je suis un damné nouveau.

Je tremble comme un joiieur d'harpe Lequel reçoit la rouge escliar[)e De la main d'un messer bourreau ; Je deviens froid comme Lazare, (2) Ou un paillard, sans dire g^are, Que le Serg-ent prend au bourdeau.

La maison pleine d'adultcrc, Monseigneur, jamais ne prospère,

(2) Var. {Dél. Sat.) :

Je deviens froid coinrac un Lazare,

I02 l'espadon satyrique

Il est bien vray; mais, mon Seigneur, Doniié-moy une autre bourrelle Que ma femme, car ell' est telle Que sans seconde est sa rig-ueur.

De David tu punis la teste,

Parla guerre, famine, et peste; (3)

Au moins, ainsi chastre mes maux, (4)

Car ma partie est si félonne

Que les tourments qu'elle me donne

Sont plus cruels que ces trois fléaux. (5j

Car ne sont rien que controverses :

« Vous avez mille amours diverses! »

Me dit-elle. Je luy respond :

« Pardonné, ma mie, à Guillaume ; Il n'est si bon joueur de paume Oui ne fasse quelque faux-bond.

« Vous me dites que sur une autre

Que vous, souvent mon corps se veaulre ;

(3) Cf. Sig-og'ne, Songe :

Alors que l'AriErc rigoureux Contre le l'rophelc amoureux Porta la vang'eancc céleste, 11 luy laissa ce triste choix, Pour sa peine : une de ers trois, La guerre, la faim ou la peste.

Dieu vous veuille à l'heure envoyer, Puis qu'on voit en vous déployer De ces trois la charge inhumaloe.

Au ventre la faim et l'horreur, Aux yeux, la guerre et la fureur.

Et la peste à la chaude halleine !

(4) Var. (Dél. Sat.) :

Au moins, ainsi cliastie mes maux!

(5) Ce mot était monosyllabique.

DE CLAUDE d'eSTERNOD Io3

Mais, qui n'a beu que d'un seul vin Ne sçait de l'autre la puissance, Et qui tousjours est en Provence Ne sçait qu'on fait en Limosin ! »

Elle repart : « C'est de la sorte;

Il n'y a femme qui comporte

Si largement comme j'ay laict. »

Je luy respond : « Fussiez-vous morte 1

Car toute femme qui con porte (6)

Si largement, n'est pas mon faict. »

— Fusse-je morte? respond-elle.

Fusse-je morte donc pucelle?

— Vous dites bien, chapeau pointu ; Il vous démange sur le cliouse.

Car ne fussiez esté jalouse

Si vous n'eussiez jamais foutu. (7)

— Je suis dame, ma foy! dit-elle, D'une aussi bonne parentellc

(6) Var. (De/. Sal.) :

Car toute femme qui comporte (Lyon, 1626) :

Car toute femme qui r.n porte (Cologne, 1680) :

Car toute femme qui c. . porte

(7) Texte des Sal. Am., 1721. Dans la r* édition

Si vous n'eussiez jamais contu. • Var. (D^/. .S'a/.) ;

SI vous n'eussiez jamais . .lu. »

I04 l'espadon SATYniQUE

Que la vosirc, loiiang-e à Dieu !

— Je n'en sçay rien, vieille chevêche; (8) Mais une terre aride et sèche

Comme la vostre, est-ce bon lieu?

— Mais vous avez de ma jeunesse Mangé la chair, si qu'en détresse Ronger les os il vous convient.

— Rong-er les os, jà ne m'advienne 1 Madame, si vous estes chienne,

Ne croyez pas que je sois chien I

— Un chien auroit plus de pitié Qu'il n'en eust plus de la moitié. (9)

— Le fin diantre le feroit bien, Car un chien a mille maistresses,

Et pour mouvoir cent fois les fesses.

Jamais un chien ne paye rien.

— Sainct Jaques n'a tant de coquilles : Vous avez dix mille chevilles

Pour me bouscher autant de trous. (lo)

(8) Imag-e prise à Sig-og^ne. Cf. Pour une Vieille courtisane :

Je pense voir une chevêche (g) Tous les textes reproduisent cette faute de prosodie de la \" édition : trois rimes masculines succédant à une rime du même g-enre.

(lo) Ces vers paraissent avoir été quelque pou inspirés par une stance de la pièce de Sigog-ne sur les Grands G... (p. i6i de notre éd.) :

Je hais ces baveuses rloacques, Où les gros bourdons de S. Jacques Ne trouvent ny rive ny fond.

D'Esternod a déjà dit, 5 stances plus haut : Car toute femme qui con porte Si largement, n'est pas mon falot.

DE CLAUDE d'ESTERNOD Io5

— Si j'eusse dit ma palenotre Quand il fallut bouscher le vostre, Je me dirois quitte de vous.

Mais quoy! que tout cela se passe; Permettez que je vous embrasse, Mon cœur, je vous crie mercy.

Doit-on pas pardonner l'ofFence Lors que l'on a la repcntance.

Et qu'on ne veut plus faire ainsi ?

Tout va au change et au rechang-e, Mesme à cbang-er le ciel se range :

Apres la nuict vient le beau jour; Et celuy a peu de Science Oui ne sçait pas que l'inconstance Règne aux maisons comme en la cour.

Ne le trouvez donc pas estrange, Puisque chacun se plaist au change ; Le changement tousjours est doux.

Aujourd'hui vent et demain bise; Et, pour ne changer de chemise, C'est ce qui fait aux gueux les poux.

Tousjours de perdris, iiy de traînes.

Les friands n'enflent leurs bedaines.

Car d'appétit ils n'auroyent plus; Et en la Cour j'ay veu un Prince

io6 l'espadon satyrique

Pluslost au lard jeller la pince

Qu'à ces bouillons faicls d'os moulus, (i i)

Le dieu Jupin, au dard de foudre, Las du Nectar, et de recoudre La chemise de sa Junon, Venoit ça bas changer de couche, Et, plus rusé que maistre Mouche, De Latonne gratter le con. (12)

Je suis menu, petit, et mince, Et je ne suis ny Dieu ny Prince, Mais je ne trouve point mauvais De changer par fois de monture.

Car tout homme, de sa nature.

Honore fort le beurre frais.

Ce trou est creu comme un heaume; (i3)

Que dis-je? comme un jeu de paume,

Et mille advocals rioteux

Y entreroyent avec leur juge, (i4)

Ou, comme en l'arche du déluge.

Au moins de toutes bestes deux.

(n) Texte de Lyon, 1626. Dans la i" édition Qu'à ces bouillons faicts d'ors moulus.

(12) Var. (Lyon, 1626) :

De LaUmne gralrer le en.

{Cologne, 1680) :

De Latonne gratrer le c. . .

(i3) Prononcer : heaume.

(i4) Var. (Dél. Saf.) :

Y entreront avec leur juge,

DE CLAUDE d'ESTERNOD IO7

Mais li quanti pote barette

Non forono jamai estrclte :

C'est bien parler moralement.

Mais quand, trop large, il ne peut joindre,

S'accommoder avec un moindre,

C'est le meilleur du compliment.

Un long- estoc, faict en Tolède, Un semblable fourreau possède ; Mais au fourreau d'un espadon Un barbier mettre la lancette, C'est coupler à une levrette L'eng-in viril de Cupidon.

Quand vous sortiez d'estre pucelle.

Il faisoit bon sur vostre selle :

Vous faisiez-bien cosi cosi ; Mais à présent, vieille litharg-e !

Si je vous dis qu'il est trop larg-e.

Dites, sans honte : Messor, si !

Alecliez mon hoirmie de chambre.

Car il porte un assez beau membre Pour bien sangler vostre mulet.

Je suis trop las, je ne peux rire ; Cherchez quelqu'un qui vous retire : (i5) Je ne suis pas vostre valet!

(i5) Ce vers manque dans l'édition de Lyon, 1626.

io8 l'espadon satyrique

Que si le noc tant vous démange, (iG) Eschang-ez celuy qui vous chang-e; Mais je sçay bien que le cocu N'y viendra point pour paillardise, ]\Iais plustost pour la convoitise De g-aig-ner un couple d'escu.

(i6) Var. (Dél. Sat.) :

Que si le C. tant vous démange,

DE CLAUDE D ESTERNOD lOQ

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