‹ L'espadon satyrique. Première éd. critique, d'après l'éd. originale de 1619, avec une pref. une bibliographie, un glossaire, des variantes et des notesChapitre 43 sur 54 · LA BELLE MAGDELAINE · texte numérisé non relu

LA BELLE MAGDELAINE

Satyre XII (i)

Devriez-vous pas donc, Madeleine, Ainsi qu'on voit une Panleine (2) Des bécasses serrer les cous, Aussi serrer entre vos cuisses Les cervelats et les saucisses Qui se meurent cent fois pour vous?

Les saucisses, dedans Bolongne, Ne portent point si bonne trong-ne Que fait le zest d'un Cavalier, (3) Et ny les andoiiilles de Troye, Ny l'anguille, ny la lamju'oyc, N'esgalcnt point ce doux gibier.

C'est un Cavalier sans reproche.

Dur au combat comme une roche,

(i) L'Espadon, Lyon, 1G19 et éditions successives. — Reproduite aussi eu partie dans une plaquette intitulée : Z,c Par/aie/ Mnrquercnu suivant la Cour, 1622. Ou y trouve les stances i à 5, — 7 à 11, — 14 à 16, — 18 à 20, — 22 et 23.

(2) Inspiré (lar Sigog-ne : Dialogue de Perrette parlant à la Dirine Maceilc :

Je semble un rat de Guynée,

fne rels qu'on a traînée

Tout le long' d'un grand chemin ;

(3) Var. (Le Parfaict Macquereau) :

Que fait le vit d'un Cavallier,

DE CLAUDE d'eSTERNOD IIQ

Ha ! jel'ay dit, n'en dites mol; Son espee est de bonne trempe.

Son zest ardent comme une lampe, (4) Ou un clieval qui va le trot.

« Je le seay bien, (dites-vous, belle), Qu'il a une bonne alumelle.

Mais je crains que, comme le coq Apres l'avoir fait le publie.

Qu'à tout le monde il ne le die :

Alors, que deviendroit mon noc? » (5)

Vous estes une fine buse;

Son zest n'est pas une liarquebuse (6)

Oui, dcscbarg-eant, meine du bruit;

Il est muet comme une carpe,

Et l'on ne sent presque l'escarpe

De cet esprit qui va de nuit.

Brides à veaux, ce sont lanternes.

Car avant, ces mulets d'Auvergne Tout l'Aristole ex[)li(iueront ; Les j)0urceaux feront la civette, Avant que la bouche discrette (7) Jamais vous faie un tel affront.

(4) Var. {Le /'urfaicl Macquereau) :

Son vil ardent comme une lampe, (.'>) Var. (Le Parfaict Afart/uereau) :

Alors, (iiie deviendroit mon noc? cox.

(ô) Var (Le Parfaict Macquereau) :

Son vit n'est pas une harquebuse I7) Var. (Lyon, 1626) :

Avant que sa bouche discrette

Les bestes, qui ne sont tant belles Que vous, dites, s'en passent elles?

Nenny, par bleu ! les morpions, Et toute autre petite beste.

Comme puces, et poux de teste, (8) Piquent, ainsi que des lions.

Un lévrier (9) sur une levrette, Roidenient tire sa brayette.

Comme Jaqiiet sur Alizon, (10) Et crois que tout pareils nous sommes A ces bestes, fors que nous, hommes, Avons un peu moins de raison.

Jamais beste ne se pollue.

Mais une femme dissolue

Se façonne un gaudemisi

Oui la souille, fouille, farfouille.

Et chatouille, comme l'andouille

D'un homme qui feroit ainsi.

C'est trop nous donner d'eaux bénites : Vous le dites, vous le dédites.

Vous donnez l'assignation ; L'heure venue, on s'y transporte.

(8) Correction. Dans la i" édition :

Comme puces^ et poux de testes,

(9) Ce mot était dissyllabique.

(10) Var. {Le Parfaict Mncquereau) :

Comme Uobert sur Alizon.

DE CLAUDE d'eSTERNOD 121

Mais on ne baise que la porte, Au lieu de vous baiser le con. (ii)

L'autre jour, j'agueltois mon maislre.

Sifflant devant vostre fenestre; Je me pensois : tout en est dit.

J'iiarassois d'aise en ma chemise, Me pensant qu'il vous avoit prise A la pointe de son beau vit.

Il va, il vient, il tourne, il trotte. Mais il ne fit qu'user sa botte; Vousjoûasles un tourdion.

Moy, eslonné de la cassade, Je disois que la bastonnade Devoit venger sa passion.

Par vostre foy, dites, ma belle, Croyez-vous pas esLre pucelle?

Non, voire non; un almanac De l'an mille six cents et quinze M'a dit qu'estiez du tout apprinse En ce qui est du ticque tac.

Vous estes un marie sublime : (12) Gaufridi ne sceut point l'escrime

(n) Var. (Lyon, iC)2C>) :

Au lieu de vous baiser le en.

(Colog-ue, 1680) :

Au lieu de vous baiser le c. . .

(12) Correction. Dans la i" édition Vous estes une marte sublime

122 l'espadon SATYRIOUE

Si bien que vous, ny le latin ; Et plus gros que deux bréviaires Vous avez faict des commentaires Des postures de l'Aretin.

Vous avez, sçavanle professe, (i3) Publiquement, par tout la Bresse, Monstre de arte amandi.

Sous le signe d'une brayette.

Venus, qui fut vostre planette.

Vous fît naistre le vendredi.

Vous le faisiez pour une pomme, Jadis, en Bresse, avec un homme ; Maintenant, vous n'avez égards.

Ma belle, à cinquante pistoles.

Vous qui n'aviez autres paroles Que : « Qui en veut pour deux liards? »

Le cadenat est donc au chose? Hé ! Dieu te gard, la belle rose.

Ne te mocque pas tant de gent : (i4) Picquer pour rien est chose aymable.

Mais ce qui est plus souhaitable.

C'est le plaisir avec l'argent.

(i3) Var. {Le Parfuicl Macqiiereau) :

Vous avez, sc^avanle portefesse.

(i4) Tous les textes donneut : des gent, avec apocope de l's. Cela est inadmissible, de même qu'à l'époque la rime plurielle avec ua singulier. A ces irrég-ularités, l'auteur a certainement préféré l'incorrection granim.iticale; il faudrait : de la gent, c'est-à-dire du monde.

DE CLAUDE d'eSTERNOD 123

Vous sçavez si monsieur en manque, Et si sa bourse est une banque Où vous pouvez, à cent pour cent, Comme les Juifs, faire l'usure :

Vostre noc est de fine bure, (i5) Puisqu'il est tant vendu d'arg:ent.

Pendant que cest hyver nous dure.

Monsieur voudroit, de ceste bure.

Faire à son zest un balandran; (i6) Il lui seroit fort bon, me semble, (17) Car quelquesfois ce beau zest tremble (18) Comme l'ég-uille d'un cadran. (19)

Vostre Noc est doublé d'hermine, {-20)

On en feroit une liong-reline

A son beau zest, ou un robon; (21)

Mais il faudroit que la peluciie

Un peu devant l'on épeluche.

Pour en oster le morpion.

(i5) Var. (Le Parfaict Macquereau) :

Vostre cou est de fine bure, (iG) Var. (Le l'arfaict Marr/aereau) :

Faire à sou vil uu balandran ;

(17) Var. (Lyon, 1G26) :

Il luy feroit fort bon, me semble,

(18) Var. (Le Parfnict Macquereau) :

Car quelquesfois ce beau vit tremble

(19) Cf. Siffogne, Desdain :

Et branlez sur pied, ou assise, Comme l'esguille d'un Cadran.

(20) Var. (Le Parfaict Marquerenii) :

Vostre con est doublé d'hermine,

(21) Var. (Le Parfaict Macquereau) :

A son beau vit, ou un robon,

Ne faisons plus les chatemiles, Car mon brave a trop de mérites, Belle, pour vous desobliger; Monsieur n'est pas une trompette, (22) Il vcsse plustost qu'il ne peUe, Quand il veut son corps décharger.

Ce cavalier a tant d'adresses, D'enchantemens, et de prouesses, Que dans le nid des passereaux Il va besogner la femelle Si finement, qu'il ne resveille Ny le père, ny les oyseaux.

Vostre con a une languette, (28) Et cependant ell' est muette ; Monsieur est tel que vostre con, (24) Car bien qu'il aye une braguette, (25) Ce n'est pour estre la trompette De l'affaire de question.

Voire, quand l'on sçauroit l'affaire, Que seroit-ce? Qu'un exemplaire, (26)

(22) Cf. Motin, Les Muses Gaillardes, 1609, Epigrajnme :

Car pour moy je ne semble poinl A quelque Irompelte ('clataiile Qu'on fait sonner avant ce choq.

(23) Var. (Lyon, 1626) :

Vostre en a une languette,

(24) Var. (Lyon, 1626) :

Monsieur est tel que vostre en, (20) Correction. Tous les textes :

Car bien qu'il aye une languette, (26) Correction. Tous les textes donnent ce vers faux :

Que seroit-ce? Un exemplaire.

DE CLAUDE d'eSTERNOD 125

Aux pauvres filles de ce temps.

De caresser un genliliiomme Pour gaigrier une bonne somme :

Sans le plaisir, que vaut l'argent?

Vous deviendriez un jour Baronne, Vous en auriez plustost l'aumosne Quand vous ne pourriez plus filer; Car nostre cœur rien tant ne blesse Qu'une pauvre vieille Noblesse Qui ne peut plus se travailler.

Sans y penser vieillesse arrive ; Ne plus ne moins qu'à une grive, Sans y penser la mort advient ; Et puis, quand vous avez des rides, Vous estes des vieux mords de brides Qui pour chevaux ne valent rien.

Toi qui fais tant de la fascheuse, Malandreuse, poussive, hargneuse, Je te verray, l'un de ces jours.

Maugréer ces vieilles prestresses Qui te cadenassent les fesses Pour ne jouyr de tes amours.

Les Arlequins dessus ta face Se dresseront à la grimasse; Sur ton museau l'on moulera Les masques de Zani Cornette,

l'iO l'espadon satyrique

Car Ion visage maladelle (27) Un vieux singe resemblera.

Quand l'on voudra peindre le diable De sainct Michel, sur une table, Les imagers dessus ton né (28) Viendront tirer leur tablature, Car tu seras la pourlraicture De Belzebut ou d'Asmodé.

Tu ne gaigneras plus ta vie Qu'en estrillant la ladrerie Des pauvres haires malandrez, Cliancres, poulains, chiragre, ulcère.

Et tu seras comme la mère Des ladres et pesti ferez.

Un autre office de diablesse Pourroit soulager ta vieillesse :

C'est que, portant un vieil cabat, AfTublée d'une couverte, Tn vendras la chandelle verte Aux sorcières, dans le sabat.

Traisnant ta chetive carcasse.

Ayant la ride sur ta face, (29)

(27) Correction. Dans les textes :

Les masques de zani cornette, Car ton visage maladelto

(28) Texte des Sat. Am., 1721. Dans la r» édition :

Les imagers dessus ton nez

(29) Var. (Lyon, 1626) :

Ayant la ride sur la face,

Comme un vieil rouli parchemin; (30) Criant les os, comme un chat traistre, Lequel, tombé d'une fenestre, Meurt errené sur le chemin. (3i)

Tu tiendras ces mesmes paroles :

« Où sont les cinquante pisloles Que jadis on me presentoit?

Las! où sont ces roses vermeilles?

Que n'ay-je pris par les oreilles Le loup, alors qu'il s'arrestoil?

<r J'ay imité donc les cigales Qui se dupoyent, sans intervales, Voyant travailler les formis.

Ha ! qu'il n'y a telle finesse Que d'ac(|uerir pour sa vieillesse Un peu de bien et des amis ! »

Pensons-donc aux choses futures :

Quand nos corps, glacez de froidure.

Seront courbes et tout chenus.

Nous serons des vieux commissaires Qui n'entendront plus les affaires, Car nous serons sols et perclus.

(3o) Cf. Sigognc, Pour une vieille Courlisanc :

OiTun chaud brandon caché luy ridf

(-ionime le feu le parchemin.

Voir aussi, du même, la Satyre contre une vieille veusve :

De vieilles Chartres surannées,

Parchemins rôtis sur le g-ril

(3i) Correction. Tous les textes :

Meurt erroné sur le chemin.

Cf. Glossaire.

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