PREFACE XXI
des écrivains d'un mérite éclatant. Seulement, Claude ne trouvait g-uère à Salins l'occasion de se polir au contact du monde et des gens de lettres. Il n'y rencontrait que des amateurs de poésie, comme les apothicaires associés Touverey et Maginet — ce dernier, auteur d'un poème sur la Thériaqiie; — Pourtier, officier de S. M., et une quinzaine de bons compagnons, qui louèrent en latin, en grec et en français le chefd'œuvre du pharmacien. La Satyre VIII de VEspadon, avec ses récipés de casse et de cannelle et son langage pédantesque, dut faire la joie de Maginet, et sans doute vit-il en ces vers une allusion bouffonne :
Ergo vale, cher fdiole.
Je vay chez le pharmacopole.
11 est probable que Maginet, dont Guillaume Colletet rédigea la Vie, aujourd'hui perdue, recommanda le jeune homme auprès des satyriques, quand il vint à Paris, comme le veut la tradition.
Le premier ouvrage de Claude d'Eslernod, mis au jour en i6i4, n'est pas satirique. Il a trait au mariage de Philippe d'Espagne et d'Elisabeth, sœur de Louis XllI, qui avait été secrètement stipulé, et dont la reine mère communiqua le projet, le 26 janvier i(3i2, au Conseil extraordinaire de la noblesse de France. On sait que cette révélation donna lieu aux plus grands mécontentements et qu'il se forma tout un parti contre la cour, à la télé duquel se trouvaient Condé, Soissons, Bouillon,, Lesdiguièrcs, Mayenne, Nevers et Concini, et que le 9 novembre iGi5, il fal-
XXII l'espadon satyrique
lut des armées pour protéger à Headaye l'échange des princesses (i4) sur la Bidassoa.
Les Désirs Amoureuœ de Dom Philippe, Prince cVEspagne, dédiés à Madame, Sœur du Pioij, parurent donc à Paris en i6i4. Ce poème peut être considéré comme une œuvre de pure propagande politique, malgré l'inclination naturelle que son auteur marque pour la France, et que rien d'ailleurs ne permet de mettre en doute (i5).
Il y vante les avantages que la Chrétienté tirera d'une pareille alliance, et promène les époux royaux à travers le Monde pour leur en faire admirer les sept merveilles, auxquelles il ajoute naïvement la ville de Salins. C'est une occasion pour lui de déployer ses richesses verbales, qu'il fera mieux valoir plus lard dans la Première Satyre de V Espadon Satyrique :
Tous ces barbares Roys des loingtains Hémisphères, Autrefois incognus aux barques de nos Pères, Maldiva, Galicut, Pacen, Gochin, Tanor, Zofala, Zancibar, Ternade^ Zocator, Baheren, Siacan, Monbaza, Pan-Tidore, Prendront le fief de vous avecques Gananor ;
Et de l'autre costé que le soleil se baigne, Ghica, Nicaragua, Ghili, la Neuve-Espagne, Plata, Peru, Brésil, lucatan, Fondura, Paria, Gubaga, Guba, Californie,
(i4) Anne d'Autriche et Elisabeth de France. (i5) On y relève ce vers :
Mais le François sgait tout ce que sçail rcstrauger.