‹ L'Espagne chrétienneChapitre 11 sur 81 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

discrédit légitime qui atteignait l'interprétation qu'ils lui donnaient, interprétation inspirée souvent par leurs intérêts politiques ou par leurs opinions personnelles.

Nous n'aborderons pas ici la question toujours délicate des rapports et des droits respectifs de l'Église et de l'État au sujet de laquelle il nous suffira de rappeler comme très satisfaisante et très claire la doctrine récente de l'encyclique Immortale Dei\ La « concorde du sacerdoce et de l'empire » n'est nullement la fusion de l'un dans l'autre ayant trop souvent pour résultat l'absorption — comme en Russie, en Allemagne, en Angleterre — de Tune par l'autre. La religion devient alors la chose de l'État parce qu'elle est morte, ou peu s'en faut; tandis que, tant qu'elle est vivante, elle ne doit pas être confondue, mais associée avec l'État ; et cette grande distinction entre le spirituel et le temporel, qui a tant passionné les modernes, l'antiquité l'a parfaitement connue, avec la tendance du temporel à absorber le spirituel en lui ou à le tuer quand il ne se laissait pas absorber.

Vers le début de l'ère chrétienne, l'État annexait successivement toutes les patries provinciales et inscrivait les religions municipales au catalogue du Panthéon romain. Tout ce que les vieux cultes avaient conservé de poésie s'évanouit au contact administratif. Si le christianisme ne s'était trouvé là pour accueillir les transfuges, l'Occident, de dégoût, se fût

\. Quidquidigilur est inrebus humants quoquo modo sacrum, quidquid ad salutem animorum cuUumve Dei perlinet, sive taie illud sit natura sua, sive rursus taie intclligatur pr opter causam adquam refertur, id est omni in x>otestate arbitrioque Ecclesiœ : cetera vero qucc civile et politictim genus complectitur, rectum est civili auctoritate subjecta, cum Jésus Christus jusserit, quse Csesaris sint,reddi Cœsari, quse Dei, Deo.

INTRODUCTION. xxxi

fait mithriaste. La leçon était bonne, elle servit peu; en Espagne, moins qu'ailleurs. L'Espag-ne avait inventé la religion d'État. Le premier autel élevé à la divinité des empereurs fut consacré à Tarragone et le développement du culte impérial ne dépassa nulle part — pour la ferveur sinon pour la servilité — ce qui se vit en Espagne. A l'époque où l'Empire devint chrétien, Osius de Cordoue jouait le rôle de conseiller intime, et un peu de directeur de conscience, de Constantin pendant la période de 313 à 325 qui décida de l'orientation définitive du gouvernement impérial dans les affaires religieuses. Cette influence d'Osius s'exerça dans le sens de l'union de l'État et de l'Église pour le plus grand profit de l'État. Un autre espagnol, Théodose, consacra la séparation naguère proclamée entre l'Etat et le culte païen par l'intime alliance de l'Empire et de l'Église. Au système d'équilibre introduit par Constantin , Théodose substitue une conception nouvelle. Il met l'autorité impériale, sans aucune arrière-pensée, sans restriction aucune, au service de la Religion; désormais l'Empire ne reconnaît d'autre religion que le christianisme, et la société prise en masse, par les institutions, par les lois, par les mœurs, est chrétienne. La conception de Théodose sera celle que feront prévaloir les conciles de Tolède.

La religion d'Etat, telle qu'ils l'entendirent, eut pour l'Espagne de graves conséquences. Sans doute, la religion catholique est catholique, elle est universelle; cependant elle ne laisse pas d'être en un sens espagnole en Espagne ou italienne en Italie. Une religion, même cosmopolite en son institution, est tenue, dans chaque pays, d'avoir un caractère et un esprit national, d'abord parce que ses ministres

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