‹ L'Espagne chrétienneChapitre 13 sur 81 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

convertir à tout prix et quand même. Le roi Sisebut va si loin en ce sens qu'un concile sera obligé de revenir en arrière. Les Juifs sont les souffre-douleurs perpétuels et, si peu sympathiques qu'ils puissent être, si coupables qu'ils soient dans plusieurs circonstances, on ne sait comment faire pour ne pas excuser cette race qu'on prend à tâche de pousser aux derniers excès. Les évêques Idace et Ithace et leurs partisans sont les prédécesseurs directs de Morillo et de Deza. Le tempérament national se retrouve identique à dix siècles de distance, tour à tour chevaleresque et féroce. Nous racontons dans ce livre la lamentable histoire dupriscillianisme^ Malgré les documents récemment trouvés elle présente encore quelques lacunes. Rien ne permet d'espérer qu'on puisse les combler jamais, mais à défaut de ces documents on peut se figurer au moyen de querelles plus récentes l'attitude des adversaires. Sans doute, il se mêle à ces procédés de reconstitution quelques conjectures, mais quand même ces conjectures seraient fausses en quelques points, elles nous font comprendre, avec une suffisante exactitude, l'ensemble. Un trait immuable, c'est l'habitude de piétiner l'adversaire renversé. Ariens, Lucifériens, Priscillianistes, Origénistes, ne sont pas traités autrement par les conciles que les hétérodoxes le seront par rinquisition. Les uns et les autres doivent périr. Si on retrouve quelque jour les carnets qu'ont pu tenir Idace ou ses confrères, on lira sans doute des choses très curieuses et très peu charitables dans le genre

1. Dans ce chapitre du Priscillianisme nous avons fait de larges extraits d'un travail peu connu et peu accessible de M. Aimé Puecli. Pour Prudence et Paul Orosc nous avons emprunté différents passages aux études de M. Gaston Boissier. Le lecteur en sera, croyons-nous, bien aise.

INTRODUCTION. xxxv

des invectives du moine Valère à l'égard d'un conl'rère qu'il appelle : « barbare, paillard, vilaine bête, faux prêtre » . C'est encore la littérature courante au temps des grandes batailles entre thomistes et molinistes. Le mentiris impudentissime court de l'un à l'autre.

On n'a rien souhaité de plus que d'indiquer trois aspects principaux qui sollicitent l'esprit lorsqu'il s'arrête à considérer l'histoire de l'Espagne chrétienne. Si les réflexions que cette histoire inspire au lecteur sont contradictoires à celles de l'auteur, il restera au moins à celui-ci le mérite d'avoir réuni les faits et de les avoir présentés avec sincérité. Mais puisque ce n'est plus là un mérite au jugement de tous, ce n'est pas non plus sans un léger frisson d'inquiétude qu'on laisse ce livre aller à sa destinée.

Aethereas, dilecte, cupis volitare per auras, I, fuge, sed poteras tutior esse domi.

5 mai 1905.

St-Michael's Abbey, Farnborough.

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