‹ L'Espagne chrétienneChapitre 22 sur 81 · L. DuciiESNE, Saint Jacques en Galice, p. lo · texte numérisé non relu

L. DuciiESNE, Saint Jacques en Galice, p. lo

scripturaires, où il montrait que les prophéties s'étaient accomplies en Jésus-Christ : longo tractu testimoniorum dwinorum docuit, ea omnia quae praedixera \ii\ t in Domino nostro Jesu Christo fuisse compléta. Ouvrons maintenant Abdias ^ à l'article de saint Jacques le Majeur ; nous y trouverons une vingtaine de textes prophétiques allégués aux Juifs par Tapôtre, qui en montre ensuite l'accomplissement. En tête de cette seconde partie se présentent ces mots : Haec omnia in Domino nostro Jesu Christo et impleta sunt partim quae praedicta, etc., que Julien reproduit presque littéralement. Ainsi, l'évêque avait sous les yeux le recueil d'Abdias, où saint Jacques est représenté comme l'apôtre non de l'Espagne, mais de la Palestine ; d'autre part, il avait sous les yeux le catalogue byzantin latinisé où cet apôtre est dit avoir évangélisé l'Espagne. Il ne dit mot de cette prédication espagnole, et cela dans un livre adressé au roi d'Espagne Erwige, et dans un morceau consacré à l'analyse des enseignements distribués par chacun des apôtres à ceux auxquels ils ont prêché ou sont censés avoir prêché.

« Ce silence est l'équivalent d'une condamnation. Le chef de l'église d'Espagne a connu l'attribution de saint Jacques à son pays; il l'a répudiée. Et ceci est d'autant plus grave que Julien est au-dessus de tout soupçon de critique excessive. Un homme qui accepte la légende de saint Jacques telle qu'elle figure dans le recueil d'Abdias, un homme qui a pu se fier assez au catalogue byzantin pour parler de la prédication de saint Matthieu en Macédoine est assurément peu difficile. Il n'a pas hésité pour saint Mat-

\. Fadricius, Codex apocr, N. T., p. 522 sq

thieu, bien que le faux Abdias en fasse l'apôtre de l'Ethiopie; mais c'est qu'il n'était pas en situation de se prononcer. La Macédoine et l'Ethiopie étaient trop loin pour qu'il en pût apprécier les traditions. Il a pris la première venue. Pour l'Espagne, il n'en était pas ainsi. Julien savait ce que Ton disait, ou ne disait pas des origines apostoliques de son pays. Entre les deux prétendues traditions, il a éliminé celle qui eût été glorieuse pour les Espagnols, évidemment parce qu'il la savait dépourvue de toute attache dans l'opinion locale. »

Le catalogue byzantin retouché était, somme toute, entré en Espagne. Dès lors on peuts'attendre à retrouver les traces de son influence dans la littérature du pays à partir de la fin du vu*' siècle. Julien ne s'est que partiellement tenu en garde, d'autres se montreront moins circonspects que lui. Le livre intitulé De ortu et obitu Pairum attribué à saint Isidore, le commentaire sur Nahum attribué à Julien de Tolède, et le commentaire de Beatus sur l'Apocalypse ^ (fin du viii^ siècle), enfin une hymne contemporaine du roi asturien Maurecat (783-788) ^ ont subi l'influence du catalogue. L'attribution à Isidore et à Julien n'est guère soutenable pour des raisons critiques qui ont été fort bien déduites ^; ainsi les deux prélats les plus signalés de l'Espagne à la fin du vu® siècle sont d'accord à repousser la « tradition » qui commence à s'infiltrer sous leurs yeux. Nulle part, et les occa-

1. s. Beati in Apocalypsin commentaria, in-8°, Matrili, 1770, p. 97.

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