Analecta hymnica, édil. Brèves, l. XXVII, p
3. En ce qui concerne le commentaire de Nahum, l'attribution à Julien de Tolède ne sem.ble pas recevable. Cf. L. Ducliesne,Sam^ Jacques en Galice, p. 156, note 1 ; l'attribution du De ortu et obitu Patrum à saint Isidore, sous sa forme actuelle, n'est plus acceptable, cf. Ibid., p. 156-157.
l'espagne CHUÉTIENNE. 3
sions ne leur ont pas manqué, ils n'ont accueilli la légende naissante; leurs contemporains, saint Hildefonse et les autres, ne lui étaient guère plus bienveillants.
Nulle trace d'un culte spécial fondé sur la mission en Espagne dans la liturgie mozarabique.
Les attestations littéraires de la mission de saint Jacques en Espagne nous ont donc amené à cette constatation qu'avant le ix*' siècle les écrits qui mentionnent cette mission n'ont aucun titre à représenter une tradition quelconque, à plus forte raison une tradition espagnole qui, à l'époque où elle commence à s'insinuer (686), est écartée par saint Julien de Tolède.
Les attestations monumentales n'appartiennent plus au cadre de notre travail. Ce qu'on en peut dire de certain, c'est que vers l'année 830 on découvrit, sur le territoire d'Amala, dans le diocèse épiscopal d'Iria Flavia, un tombeau antique qui, à partir de l'année 1139, fut définitivement considéré comme celui de saint Jacques. Ainsi, de tout ce que l'on raconte sur la prédication de saint Jacques en Espagne^ la translation de ses restes et la découverte de son tombeau, un seul fait subsiste : celui du culte rendu à cet apôtre en Galice à partir du premier tiers du ix® siècle. Vers l'an 860, la légende avait pris corps, puisque Adon enregistrait le culte rendu au tombeau. Depuis cette époque on veilla à se procurer les titres indispensables, un récit de la translation et une lettre d'un certain pape Léon, contemporain de l'apôtre, enfin la tradition se trouva fixée dans VHistoria Compostellanay terminée en 1139.
L'énumération des fantaisies dont pullule l'histoire ecclésiastique de l'Espagne nous a amené à la mis-
sion légendaire de saint Jacques; à son tour la mission nous replonge en pleine fantaisie. « Le 12 octo- « bre de Tannée 38, ou selon d'autres de l'année 39, « raconte Luis Lopez ' , saint Jacques Zébédée étant « le long de FEbre à prier avec ses disciples, s'éloi- « gna d'eux d'environ un jet de pierre. On pouvait « être alors au milieu de la nuit. Tout à coup les « sombres voiles, les nuées épaisses qui couvraient « le ciel se déchirèrent; la lumière la plus écla- « tante remplaça l'obscurité de la nuit. Au milieu de « milliers d'anges, dont la sacrée milice servait de « cortège et de garde à leur reine et souveraine, apc< parut en chair et en âme la princesse du ciel, la « mère de Dieu. Elle reposait sur une colonne ou « pilier de jaspe, que d'autres appellent du marbre « de couleur. Flavius Dexter affirme qu'elle était « accompagnée de saint Jeanl'Evangéliste. A peine « la lumière avait-elle chassé les ténèbres qu'on ence tendit des accords et des voix célestes, accompa- (( gnées par de nombreux instruments. Elles répé- « talent la salutation angélique. La sainte Vierge, « avec un visage radieux et bienveillant, s'abaissa « vers la terre, qui désireuse de tant de gloire, sem- « blait se réjouir au contact de ses pieds divins. Elle « se tourna vers le bienheureux Zébédée, et lui « adressa ces paroles : « C'est ici, Jacques, ô mon fils, « où je dois être honorée ; c'est ici que doit s'élever « un temple à ma gloire, car ce pilier sur lequel tu « me vois placée, mon Fils me l'a envoyé du ciel, « et c'est près de lui que tu construiras un autel. « Dans ce lieu, la vertu du Très-Haut qui a opéré en « moi la plus grande des merveilles, se manifestera
i, Excelencias de Saragoza, fol. 239.
40 L ESPAGNE CIlRÉTlEiNNE.
« par des signes prodigieux à ceux qui viendront « implorer ma faveur et mon secours. Que ce pilier « reste en place jusqu'à la fm du monde; jamais il « n'y manquera de chrétiens pour adorer le nom de « mon fils Jésus-Christ. Saint Jacques construisit « une chapelle, simple dans l'origine, et dont la piété « des fidèles eut bientôt fait un temple magnifique » ; c'est le pèlerinage de Notre-Dame del Pilar, à Saragosse.
Dans une si belle voie on ne s'arrête plus. Vers le milieu du xvi° siècle, des gens de Biscaye découvrirent une pierre tombale dont la formule très simple devait faire sécher de jalousie tous les voisins; on lisait' :
HIC lACET CORPVS BILELLiE SEKV^ lESV CHRISTI OBIIT ERA CXV.
« Ici repose Bilela, servante de Jésus-Christ, elle mourut en l'année 77. » Il ne s'agissait de rien moins, d'après les explications qui furent données, que de la femme de ménage de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mariana lui-même trouva la plaisanterie un peu forte et déclara l'inscription fausse.
Les Espagnols du xvi*^ siècle avaient entendu raconter quelque chose de l'importance nouvelle de l'histoire et des monuments depuis que la polémique luthérienne avait ramené l'attention sur tout un ordre d'arguments à peu près complètement délaissé et c'était leur manière à eux de concourir à la défense des institutions du catholicisme que d'improviser des preuves irréfutables en réponse à toutes les objections. En 1588, don Juan dellorozco y Covarruvias publiait
4. E. Hled^er, Inscript, christ. Hisjjan., in-4°, Berolini, 1871, n. Ob*.
DES ORIGliNp:S A LA PAIX DE L'EGLISE. 41
son traité sur les véritables et les fausses prophéties ' ; guide précieux pour ceux qui se livraient à la fabrication des monuments et à l'adaptation des légendes d'après les nécessités de l'heure présente. L'année suivante, 1589, un des livres les plus populaires, la Crônica del Rey Don Rodrigo con la destruycion de Espanay se transformait par les soins de Miguel de Luna en La verdadera hystoria del rey Don Rodrigo -. On tenait beaucoup à cette apparence de vérité, bien qu'on se contentât del'apparence, néanmoins on y apportait autant et plus de passion qu'ailleurs pour la réalité. Unjésuite de Tolède, Jérônimo Romande la Higuera, s'acquit alors une durable célébrité. Comme il ne manquait pas de talent, il voulut en faire profiter son pays et se fit faussaire. Les ouvrages anciens traitant des antiquités de l'Eglise espagnole ne sortaient de ses mains que complétés et accommodés de telle sorte qu'on finit par s'apercevoir des manipulations qu'ils avaient subies. Cependant Tolétains et Galiciens continuaient à se disputer au sujet delà tradition du voyage de saint Jacques. Leurs combats retentissaient jusqu'à Rome à propos de la revision du bréviaire. Dans l'édition de Pie V on avait pu lire que Jacques avait « parcouru l'Espagne et y avait prêché l'Évangile, puis était revenu à Jérusalem ». Lors de la revision de Clément VQI, le cardinal Bellarmin réclama la suppression de cette phrase qui ne reposait sur aucun fondement. Baronius passa outre et écrivit : « Jacques arriva bientôt en Espagne et fit des conversions suivant la tradition
1. Tratado de la verdadera y falsa prophecia, Hecho por Don Ji'AN DE HoRozco Y CovARRUviAS, arcediano de Cuellar en la santa Yiilesia de Segovia. Con privilegio. En Segovia. 1588, 4".
± Imprimée seulement en 1592.
des Eglises de ce pays. » Là-dessus réclamations de tous les Tolétains, instances, pourparlers, finalement on SdLCriûdiVEcclesiai'iun illius proçinciœ tradido^.
De ces ardents conflits et de ces impostures il reste un épisode instructif pour l'histoire psychologique du pays où ils se sont produits et un chef-d'œuvre critique, r///5/orz<2 critlca de los falsos Cronicones. Il est temps, après avoir jeté un coup d'œil sur ce fourmillement légendaire, de revenir à l'objet de notre travail, l'histoire.
Dès la dernière moitié du second siècle nous rencontrons une allusion aux Églises d'Espagne. Saint Irénée atteste que la doctrine chrétienne s'y confesse et s'y transmet intacte ainsi qu'en Germanie, en Egypte et en Orient^. Quelques années plus tard, au début du iii<^ siècle, Tertullien dit que la foi chrétienne est répandue sur toutes les frontières d'Espagne^. Néanmoins il faut attendre le milieu du iii^ siècle pour rencontrer un épisode d'histoire religieuse dans la péninsule. Les sources ordinaires de renseignements pour l'époque primitive du christianisme ne sont pas même représentées. Nous ne possédons ni une inscription, ni les actes de quelqu'un des martyrs qui auront peut-être souffert dans l'une ou l'autre des persécutions de Domitien, de Trajan, de Marc-Aurèle, de Septime Sévère. Cependant les paroles de Tertullien ne laissent guère de doute sur l'expansion silencieuse du christianisme pendant les deux premiers siècles de son existence en Espagne.
La configuration physique du sol de l'Espagne a
1. p. Datiffol, Hisloiredu bréviaire romain, in-l:2, Paris, 1893, p. 2.-)7.