‹ L'Espagne chrétienneChapitre 24 sur 81 · Adv. Judacos · texte numérisé non relu

Adv. Judacos

influé d'une façon si évidente sur la direction prise par la civilisation et par l'expansion chrétienne que nous devons maintenant, laissant à l'œuvre les premiers évangélistes, étudier le pays dans lequel ils s'établissent et qu'ils commencent à parcourir.

L'Espagne présente un caractère nettement insulaire. Il semble que la nature, en rattachant cette terre au continent, ait éprouvé comme un repentir, aussi le point de suture entre la presqu'île ibérique et le corps continental sert de base au formidable obstacle des Pyrénées. Son architecture géologique fait de la péninsule un tout complet et homogène. La structure est massive, peu et mal pénétrée par le système fluvial. L'accumulation de plateaux élevés, dressés au- dessus du littoral en escarpements brusques, contrarie sans cesse la tendance du sol à se dérouler lentement vers la mer. A peine une zone trop étroite a-t-elle été épargnée le long des côtes ; le commerce ne peut s'y développer assez pour prospérer beaucoup et les habitants du plateau éprouvent trop de difficultés à vaincre pour s'obstiner à descendre en plaine chercher leur part exiguë de profit dans le trafic. Ces conditions physiques ont influé gravement sur la destinée du peuple espagnol ^

Mis en possession d'une terre admirablement située, participant au climat de l'Europe et à celui de l'Afrique, séparés par la zone des plateaux sans arbres de l'intérieur, les Ibères n'ont pas su, à aucune époque de l'histoire, créer sur leurs côtes pourvues

i. On trouvera dans La grande encyclopédie, in-4o, Paris, t. XVI (4893), p. 304-321, des faits précis et exacts concernant la superficie, la situation, la géologie, l'hydrographie, l'anthropologie et l'ethnographie préhistorique de l'Espagne, avec des détails dans lesquels nous ne pouvons entrer; on notera à la suite un résumé de ce qui concerne la géographie économique.

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de ports nombreux et sûrs, un mouvement commercial développé et durable.

Pendant l'antiquité, le rivage bordé par la Méditerranée connut une prospérité plus grande que le rivage océanique ; depuis lors, la découverte des grands chemins de l'Océan vers l'Amérique et le cap de Bonne-Espérance a tout changé et, aujourd'hui, la région de plus grande activité est celle que la disposition générale du plateau ibérique a destinée à recevoir le plus grand développement. L'Espagne tourne le dos à l'Orient, elle regarde vers l'ouest. La contrée tout entière s'incline d'une pente graduelle dans la direction de l'Océan et c'est du même côté que s'épanchent les fleuves parallèles, le Mino, le Duero, le Tage, la Guadiana, le Guadalquivir. La ligne de partage des eaux, qui est presque partout la ligne de faîte de l'Ibérie, se développe, d'Algeçiras à Téruel, dans le voisinage immédiat de la Méditerranée. Les bouches de l'Èbre interrompent cette muraille riveraine par une brèche étroite et d'un accès périlleux pour les navires; mais immédiatement au delà recommencent les chaînes du littoral. Presque toute la masse de l'Espagne s'est trouvée ainsi cachée comme par un écran aux regards des navigateurs. La « terre de l'Occident )), car tel est le sens du nom Hespérie, que les Grecs donnèrent à l'Espagne après l'avoir appliqué à l'Italie, est devenue par cela même aussi éloignée des péninsules orientales que si elle avait été transportée de plusieurs degrés plus avant dans l'Atlantique.

L'aridité est le trait général du climat espagnol, où la pluie est plus rare non seulement qu'en France, mais qu'en Italie et en Grèce ; sous ce rapport, l'Espagne est analogue à la région de l'Atlas. Si, dans

les provinces d'Andalousie, de Murcie et de Valence, le climat devient tout à fait africain, il reste proprement méditerranéen dans la vallée de l'Ebre et océanique à l'ouest et au nord-ouest. Vue d'ensemble, l'Espagne forme trois régions que distinguent les productions du sol. Au nord, de la Catalogne à la Galice, sol âpre et rugueux; au sud, dans l'Andalousie, la Murcie et le Valençais, terre fertile sur laquelle croissent la vigne et l'oranger, le dattier et la canne à sucre ; entre ces deux régions, l'Espagne intermédiaire, l'Espagne typique avec ses sierras et ses steppes. L'ensemble du plateau sec et froid qui s'étend depuis les Pyrénées cantabriques jusqu'à la Sierra Morena rappelle par plusieurs points la Russie, (f Trois mois d'enfer et neuf mois d'hiver. » Une race sèche elle-même vit au milieu de cette sécheresse. L'Espagnol a jusque dans son caractère quelque chose comme la brise de ses sierras, de dur comme son sol, de brûlant comme son soleil^.

Les origines ethnographiques de la population es pagnole ne sont pas encore pleinement éclaircies^. Les fouilles et les découvertes faites dans les cavernes et les sépultures donnent lieu de croire que, dès la plus haute antiquité; les populations berbères ont pu se répandre en Espagne. Ibères et Berbères remplirent la péninsule, débordèrent en Gaule et jusque dans le nord de l'Italie. Phéniciens et Grecs établirent leurs marchés et leurs comptoirs sur la côte d'Andalousie et dans l'intérieur du pays, sur le Guadalquivir. Plus tard, les Celtes pénétrèrent par le

i. A. Fouillée, Le peuple espagnol, clans la Revue des Deux Mondes, F"" OCt. 1899.

2. E. HuEDNER, Monumenta liaguae ibericae, in-i", Berolini, 1893,

p. III-XXX.

nord; Strabon, Pline, Ptolémée distinguent avec soin parmi les tribus espagnoles, les celtiques et les ibériques. Fondues au pied des Pyrénées, elles forment la Celtibérie, puissante et redoutée. Puis l'Espagne devint carthaginoise, subissant ainsi de nouveau l'influence sémitique.

La difficulté des communications entre l'Espagne et la Gaule, leur rareté dans l'intérieur même de l'Espagne, grâce au relief compliqué du sol et à l'absence de fleuves navigables, influèrent puissamment sur le caractère de la race. Doublement isolés, les Ibères se renfermaient volontiers en soi. C'est une des causes, sans doute, qui concentrèrent de plus en plus des tribus déjà farouches et peu communicatives. Les anciens opposaient sans cesse l'Ibère, ami de la solitude, au Celte, amoureux de camaraderie, vivant en société, avide de nouvelles, prodigue de discours, étourdi et mobile, lançant partout ses hordes mouvantes. Les Ibères, dit Strabon, étaient divisés en petites tribus montagnardes qui ne se liguaient guère entre elles, « par l'effet du caractère et aussi d'un orgueil qui leur inspirait un excès de confiance dans leurs forces ». Ils n'avaient ni la sympathie rapide ni le besoin de compagnie qui entraînait leurs voisins gaulois. Leur aspect même, leurs vêtements noirs contrastaient avec les vêtements éclatants et bariolés de la Gaule. Les Ibères étaient d'un génie médiocre, mais laborieux, agriculteurs, mineurs, attachés à la terre pour en tirer les métaux et le blé. Obstinés et indomptables, ils eurent plutôt le courage de la résistance que celui de l'attaque, si familier aux Gaulois : pour les unir entre eux, il fallut la conquête du dehors, la conquête du dedans; et ce sont d'autres races, plus expansives et plus unitaires, qui ont

tout ramené, à grand'peine, sous un même joug.

L'énergie, la trempe de l'âme, éclate dans la défense de l'Espagne contre les Romains, dans ces deux siècles de guerre opiniâtre que le vainqueur dut subir. Les prisonniers embarqués comme esclaves et perçant la cale du navire pour couler dans la mer avec leurs nouveaux maîtres; le pâtre Viriathe, neuf ans invincible, jusqu'à ce que Rome le fit assassiner; les 00.000 légionnaires de Scipion et la famine ne pouvant réduire les 4.000 Numantins, qui aimèrent mieux mourir que de se rendre; Sertorius battant Metellus et Pompée ; César s'étonnant de voir à Munda, pendant une journée entière, la victoire indécise; enfin, sous Auguste même, les gorges des Cantabres et des Asturies toujours remuantes : ce sont là les preuves d'une volonté pleine d'énergie, ramassée sur ellemême jusqu'au moment où, d'une seule détente, elle fait explosion et frappe.

Les colons phéniciens, africains, asiates et massiliotes quoique établis en Espagne ne s'éloignaient guère du littoral et n'avaient que peu de prise sur le noyau de la population indigène. Il n'en fut pas de même des colons latins qui, à la suite des légionnaires victorieux et sous leur protection, s'établirent dans l'intérieur du pays, rayonnant alentour de chaque ville, de chaque poste fortifié. La culture italienne se répandit de proche en proche, du littoral et de la vallée du Bétis, aujourd'hui le Guadalquivir, jusque dans les replis les moins fréquentés des plateaux et, sauf dans les montagnes de la Cantabrie habitées de nos jours par les Basques, la langue des conquérants devint celle des vaincus*. La part des

i. Tacite, Annales, I. IV, c. 45, noie ce l'ait que le meurtrier de L. Pison parla « dans la langue du pays ».

Romains est grande dans la formation du peuple espagnol : quoique ibère et celte d'origine, il n'en est pas moins devenu l'une des nations latines par son idiome et le moule de sa pensée.

Les anciens paraissent avoir assez mal connu l'Espagne. Pour la période qui précède l'ère chrétienne on ne rencontre que des mentions aussi rares que superficielles ^ Strabon, Pline, Pomponius Mêla enregistrent des indications nouvelles plus précises et surtout des observations personnelles^. Ce fut grâce à l'occupation romaine que l'intérieur du pays fut exploré méthodiquement. Au commencement de l'Empire, le nord-ouest de la Tarraconaise était occupé militairement. La soumission de la Cantabrie et de l'Asturie n'eut lieu que sous Auguste^ et les intentions des habitants paraissaient si peu rassurantes qu'on crut nécessaire d'y garder longtemps un corps d'occupation sur pied de guerre et d'entretenir une légion chez les Cantabres et deux autres chez les Asturiens ''. Le quartier général était situé entre l'ancienne métropole de l'Asturie, Lancia, et la colonie romaine Asturica Augusta. La legio septima Gemina y tint garnison, depuis le temps de Domitien, pendant deux siècles. Ainsi qu'il arriva presque partout, son campement provoqua la formation d'une agglomération civile devenue le noyau d'une popu-

\. Elles ont été recueillies par E. Huebner, La Arqueologia de Espana, in-8», Barcelona, 1888, p. 1-27.

2. Detlefsen, Die Géographie der Provinz Boetica bei Plinius, Hist. nat.,III, 6-17; Der tarraconensischen Provinzbei Plinius, hist. nat., III, 18-30, 7G-79; IV, 110-113; Der Provinz Lusitanien bei Plinius, Hist. nat., IV, ilS-H8, dans Philologus, iSlO, U XXX, p. 265-310; 1872, t. XXXII, p. 600-G68; 1877, t. XXXVI, p. 111-128.

3. D. AuRELiANo Fernandez Gueriîa, Cuntabria, dans Boletin de la Sociedad geographica de Madrid, 1878, t. IV.

ft. MoMMSEN, iîômù'c/je Geschichte, t. V, 1885, p. 59.

lalion dont le nombre s'accrut peu à peu et devint une ville. A partir du début du iii*^ siècle, lorsque le mariage fut permis aux légionnaires, les campements s'étendirent et la population s'accrut encore, mais devint plus recommandable et plus stable. Une fois libérés du service, les vétérans se fixaient volontiers dans ces lieux où ils avaient toutes leurs habitudes et tous leurs souvenirs. La ville de Léon [Legio] se forma de la sorte. Dès le milieu du m® siècle, elle renfermait des chrétiens en assez grand nombre pour qu'on leur donnât un évêque dont la juridiction s'étendait en même temps sur Asturica Augusta.

Le premier épisode de l'histoire du christianisme espagnol se rapporte à la persécution de Dèce, en 250. La tactique suivie contre les chrétiens s'explique par leur nombre croissant. Dèce, qui possédait les plus hautes qualités d'un homme de gouvernement, répugnait à appauvrir l'Empire de la valeur que représentaient les chrétiens au point de vue économique. Quoique la génération contemporaine de ces années du milieu du iii*^ siècle fût fort relâchée des vertus austères de l'Eglise primitive, elle gardait encore quelques-unes des qualités solides qu'un homme d'Etat apprécie le plus. Bien loin de pousser au martyre, Dèce y répugnait profondément, par calcul et peut-être un peu par délicatesse. Ses agents obtinrent dans plusieurs contrées, notamment en Afrique, des apostasies en si grand nombre que bientôt les lapsi (c'est le nom qu'on leur donna) jetèrent les églises auxquelles ils avaient appartenu et dans lesquelles ils voulaient rentrer dans les plus graves embarras.

L'apostasie avait ses degrés. Les uns cédaient à la torture, d'autres à la simple menace. Le nombre des

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clirétiens étant considérable, on opérait avec ordre, « administrativement ». De manière à ce que personne, parmi les fidèles, ne pût éviter la formalité, des listes de tous les chrétiens avérés ou suspects avaient été dressées. Chacun devait répondre à l'appel de son nom et sacrifier aux dieux à moins qu'il ne présentât un certificat de sacrifice. Pour deux classes d'individus, nombreux à toutes les époques, ces certificats ou lihelli devinrent un sujet de tentation. Les uns souhaitaient vendre, les autres souhaitaient acheter un certifîcçit d'apostasie. Beaucoup de magistrats et beaucoup de chrétiens se livrèrent à ce trafic, moyennant lequel les uns témoignaient de leur zèle et les autres de leur orthodoxie. Les porteurs de certificats ne pouvant être qualifiés sacrificateurs, on se contenta de les appeler: libellatiqucs(//^e//(2^/67).Deux évêques espagnols méritèrent ce titre, c'était Basilide de Léon et Martial de Mérida (= Emerita Augusta, au sud de laLusitanie). Leur faiblesse a eu pour contre-coup d'attirer fattention sur l'Eglise d'Espagne et de nous aider aujourd'hui à en connaître l'état.

Basilide n'était probablement qu'un poltron; mais dans la suite il s'aperçut qu'on faisait quelque attention à sa personne, — il n'y comptait guère sans doute, — et cette importance le fit sortir de son tempérament, il devint obstiné; quant à l'évêque Martial, c'était un pauvre homme, poltron lui aussi, mais, avec cela, dissolu.

Saint Cyprien fa fort malmené et, quoiqu'il ne faille pas le suivre aveuglément dans toutes ses querelles, il paraît, dans celle-ci, avoir eu toutes les raisons de son côté. Quoi qu'il en soit, les deux tristes personnages sortaient de la persécution assez amoindris pour qu'ils n'eussent, semble-

t-il, d'autre conduite à tenir que de se cacher. Ils n'en firent rien. Soit inconscience, soit perversité, voyant la persécution apaisée, ils voulurent reprendre le gouvernement de leurs communautés. C'était le moment où la discussion sur le traitement à faire aux lapsi était dans sa plus grande vivacité. Les Églises de Cartilage et Rome négociaient une solution également applicable partout. Au printemps de l'année 251, un concile africain se réunit à Carthage, régla la discipline à suivre à l'égard des lapsi et, dans l'automne de la même année, un concile tenu à Rome adopta ces décisions. Une entente analogue s'était faite entre les Églises des diverses provinces d'Orient. Ce n'était toutefois qu'une décision provisoire. En mai 252, un nouveau concile africain reprit la question et accorda l'absolution à tous les renégats qui se seraient soumis à la discipline de la pénitence. On établit cependant une exception pour les membres du clergé : à tout apostat, on interdit le sacerdoce. En conséquence, vers 253, les fidèles d' Assuras furent invités à déposer leur évêque, Fortunatianus, un apostat rentré en possession de son siège.

C'était pour les évoques de Léon-Astorga et de Mérida une condamnation formelle. Bien que, en ce qui les concerne, nous n'ayons pas de date certaine, il est probable que le conflit se rapporte aux années 252-254. Profitant du trouble qui suivit la persécution, tous deux avaient donc repris le gouvernement de leurs Églises. Les Espagnols s'adressèrent tantôt à l'épiscopat africain, tantôt au pape Etienne, mais leur réclamation échoua et le pape maintint sur leur siège les deux apostats. Il est assez probable que le Pape Etienne, froissé par l'éclatante situation qu'occupait Cyprien chez les catholiques, avait

été bien aise de trouver une occasion de lui faire sentir que, hors de la province d'Afrique, les décisions des conciles de Cartilage n'étaient rien. Toutefois, les fidèles d'Espagne avaient d'autres préoccupations et voulaient des évéques Ihonorables. Battus à Rome, ils s'adressèrent à Carlhage et l'épiscopat africain, réuni en concile en 254, dé posa Basilide et Martial.

Les négociateurs avaient été deux évêques espagnols, Félix et Sabinus, nantis de la procuration de leur collègue Félix de Saragosse que saint Cyprien, qui s'y connaissait, qualifie de fidei cultor ac defensor. Les uns et les autres étaient bien aises assurément de tirer parti de la circonstance pour débarrasser lEglise d'Espagne de deux misérables. Basilide, outre son apostasie, était convaincu de blasphème. Martial était sociétaire de corporations païennes dont « il avait fréquenté longtemps les honteux et dégradants festins » ; allant plus loin encore, il avait fait enterrer son fils, comme membre d'un collège païen, dans le cimetière de la corporation : infraction grave à la discipline chrétienne ^ .

Ces divers épisodes donneraient une fâcheuse idée de l'état des églises espagnoles au milieu du iii^ siècle, si le martyre de saint Fructueux, évêque de Tarragone, n'était venu, à quelques années de là, montrer qu'il y avait, parmi les chrétiens de la péninsule, des âmes héroïques dignes des plus beaux temps du christianisme. Les actes de saint Fructueux et de ses compagnons sont à peu près contemporains des faits qu'ils racontent '^. Certaines expressions, comme

i. s. CYPiiiEN, Epist. LXWII.

± Pr.UDENCE, Péri Stephanôn, Vf, les a utilisés et S. Augustin les a cités dans deux sermons, 6'erm. CCXIH, 2 et CCLXXin, 3.

fraternitas pour désigner l'ensemble des chrétiens, in mente hahere, pour « se souvenir », dénotent le III® siècle de préférence à tout autre. Ces actes sont le premier document de l'Eglise d'Espagne, ils mériteraient à ce seul titre quelques instants d'attention. La persécution de Valérien adopta une tactique différente de celle qui, sous Dèce, avait échoué. Au lieu de s'attaquer à la multitude des chrétiens et d'exiger d'eux une abjuration, elle s'attacha aux seuls membres du clergé. Par un premier édit, rendu en l'année 257, les évêques et les clercs qui refuseraient d'adorer les dieux furent déclarés passibles de l'exil; les fidèles qui tiendraient des assemblées furent passibles de mort. Un second édit, en 258, prononça contre le clergé la mort au lieu de l'exil, et menaça de la dégradation, de la confiscation des biens et de la peine capitale les fidèles d'un rang élevé, passant sous silence le peuple, ou plutôt l'abandonnant à l'arbitraire des magistrats. Parmi les évêques menacés par l'édit de 258, celui de Tarragone, capitale de l'Espagne citérieure, ne pouvait guère échapper aux poursuites. Tarragone était une grande cité florissante et bigote où les habitants faisaient parade d'un attachement extrême aux lois, aux mœurs et aux dieux de l'empire. C'était à Tarragone, dans un jour de grande ferveur, qu'avait pris naissance le culte d'Auguste et la ville était demeurée le centre de ce culte pour toute l'Espagne*. La réunion annuelle des députés de la province entretenait la dévotion municipale et devenait pour la population une source abondante de plaisirs et de profits. Nous ignorons l'importance de la communauté chrétienne, mais si

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